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Derrière Galeries Lafayette, les milliards de la famille Moulin-Houzé-Lemoine

La fortune des Moulin-Houzé-Lemoine repose sur les Galeries Lafayette, mais aussi sur Monoprix, Carrefour, La Redoute et l’immobilier parisien.

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Une vente à plus d’un milliard d’euros, des immeubles au cœur de Paris et une part importante du capital de Carrefour : la fortune des actionnaires des Galeries Lafayette s’est construite bien au-delà des grands magasins. Le boulevard Haussmann reste le point d’ancrage du groupe, mais les cessions et les placements ont progressivement déplacé une partie de la valeur. À la tête de cet ensemble, une holding familiale organise la transmission depuis plusieurs générations.

La holding, première clé

En juillet 2025, le magazine Challenges a évalué à 4 milliards d’euros le patrimoine professionnel de la famille Moulin-Houzé-Lemoine, classée au 30e rang des fortunes françaises. Ce montant correspond à la valeur estimée de ses entreprises et de ses participations. Il ne représente pas 4 milliards d’euros déposés sur les comptes personnels de Ginette Moulin, Philippe Houzé, Nicolas Houzé ou Arthur Lemoine.

Challenges estimait à 3,3 milliards d’euros les actifs non cotés de la famille, c’est-à-dire des sociétés dont les actions ne s’achètent pas en Bourse. Le magazine évaluait ses actifs cotés, principalement la participation dans Carrefour, à 707 millions d’euros.

Motier détient 100% du groupe Galeries Lafayette, de La Redoute et une participation dans Carrefour. Cette société familiale sert donc de maison mère aux principaux actifs des Moulin-Houzé-Lemoine. Ginette Moulin a présidé Motier jusqu’en août 2024, avant que Philippe Houzé, son gendre, ne reprenne la présidence de la holding.

Ginette Moulin est morte le 9 février 2025, à l’âge de 98 ans. Son grand-père, Théophile Bader, avait fondé les Galeries Lafayette avec Alphonse Kahn en 1893. Nicolas Houzé, Guillaume Houzé et Arthur Lemoine, les petits-enfants de Ginette Moulin, ont été nommés vice-présidents de Motier en 2024. Aucun document accessible au public ne précise la part exacte du capital détenue par chacun dans la holding.

Haussmann, le moteur historique

Les Galeries Lafayette ont réalisé 3,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, autant qu’en 2024. Le groupe exploitait alors 17 magasins en propre et travaillait avec 38 magasins affiliés en France.

Le magasin Haussmann a généré 2 milliards d’euros de ventes en 2025, en hausse de 4% sur un an. Ce seul établissement a donc représenté près des deux tiers du chiffre d’affaires annuel du groupe. Arthur Lemoine, directeur général des Galeries Lafayette depuis juillet 2025, a indiqué que le site parisien avait accueilli 35 millions de visiteurs en 2025.

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Les 2 milliards d’euros correspondent aux achats effectués dans le magasin. Ce chiffre ne dit pas quelle part reste au groupe après les salaires, les loyers, les achats de marchandises, les impôts et les autres charges. Le groupe ne publie pas le bénéfice réalisé par le magasin Haussmann pris isolément.

Deux magasins situés à Marseille ont fermé avant la publication des résultats de 2025. La direction a attribué la stabilité du chiffre d’affaires annuel à ce périmètre réduit et à l’arrêt d’un contrat d’affiliation avec la Société des grands magasins, l’exploitant du BHV.

Les Galeries Lafayette ont vendu en 2023 le fonds de commerce et la marque BHV à la Société des grands magasins. Le groupe a ensuite annoncé, le 28 janvier 2026, avoir finalisé la vente des murs du BHV Marais, l’immeuble qui abrite le magasin rue de Rivoli, à Paris. Le groupe n’a publié ni le prix de vente ni le nom de l’acquéreur. Plusieurs médias ont indiqué que Brookfield Asset Management avait acquis l’immeuble pour environ 300 millions d’euros.

Monoprix, le chèque fondateur

Casino a annoncé le 29 juin 2012 le rachat des 50% de Monoprix détenus par les Galeries Lafayette pour 1,175 milliard d’euros. L’Autorité de la concurrence a donné son accord le 10 juillet 2013. Casino devait alors céder 55 magasins à Paris pour obtenir l’autorisation.

Avant cette transaction, Casino et les Galeries Lafayette détenaient chacun la moitié de Monoprix. Casino a utilisé une clause prévue par leurs accords pour acheter la part du groupe familial, après un conflit sur le prix. L’accord valorisait Monoprix à environ 2,35 milliards d’euros.

Les Galeries Lafayette ont ainsi échangé leur moitié du capital contre 1,175 milliard d’euros, encaissé par le groupe et non distribué automatiquement aux membres de la famille. Motier a acquis 6,1% du capital de Carrefour en avril 2014. Aucun document public ne permet d’affirmer que l’argent tiré de Monoprix a servi directement à financer cet achat.

Carrefour, la part négociable

Motier a acheté 6,1% du capital de Carrefour le 7 avril 2014. La participation était alors évaluée à près de 1,3 milliard d’euros.

Carrefour a racheté à Galfa, une filiale de Motier, 25 millions de ses propres actions le 26 mars 2024. Carrefour a payé 14,60 euros par action, soit 365 millions d’euros avant le dividende versé au titre de 2023.

Galfa a déclaré à l’Autorité des marchés financiers, le 19 juin 2025, posséder ou pouvoir acquérir 69 624 211 actions Carrefour. Cette déclaration représentait 9,46% du capital et 13,99% des droits de vote. Ce total comprenait 15 millions d’actions liées à des options, c’est-à-dire des contrats qui donnent à Galfa le droit d’acheter ou de vendre des titres à des conditions prévues à l’avance.

Les actions effectivement détenues et les titres pris en compte par l’AMF ne correspondent donc pas exactement. Galfa a prolongé le 15 janvier 2026, jusqu’au 16 avril 2027, un contrat d’options portant notamment sur 10 millions d’actions Carrefour. L’AMF indique que Motier contrôle Galfa et que la famille Moulin contrôle Motier.

Les actions Carrefour se revendent sur le marché boursier, contrairement aux actions de Motier ou des Galeries Lafayette. Leur valeur varie chaque jour avec le cours de Carrefour et avec les opérations menées par Galfa.

La Redoute, un actif sous pression

Les Galeries Lafayette ont acquis 51% de La Redoute en août 2017. Le groupe avait alors annoncé viser l’acquisition de la totalité du capital à terme.

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La Redoute a enregistré 649,6 millions d’euros de chiffre d’affaires net en 2024, contre 723 millions d’euros en 2023. La société a terminé l’exercice avec une perte nette de 21,7 millions d’euros, après une perte de 15,4 millions d’euros un an plus tôt.

Les comptes 2025 de La Redoute n’étaient pas encore déposés à la fin de mai 2026. En mai 2026, l’entreprise a annoncé un plan de transformation pouvant entraîner jusqu’à 171 suppressions de postes.

Challenges inclut également Louis Pion, Mauboussin, Flexico et Motier Ventures dans le périmètre de la famille Moulin-Houzé-Lemoine. Ces sociétés complètent les Galeries Lafayette, l’immobilier et Carrefour dans l’estimation de 4 milliards d’euros publiée en 2025.

La fortune attribuée aux Moulin-Houzé-Lemoine repose d’abord sur la propriété des Galeries Lafayette, transmise depuis Théophile Bader. La vente de Monoprix en 2012, l’investissement dans Carrefour et la cession des murs du BHV en 2026 ont ajouté des liquidités et des actifs financiers à ce patrimoine familial.



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