Faire changer les comportements sans contraintes visibles : c’est la promesse de Luniwave, une start-up française qui utilise le design comportemental pour transformer la gestion de l’eau dans l’hôtellerie.
Son innovation repose sur un dispositif minimaliste, installé dans les douches, qui guide les usages en temps réel par un simple signal lumineux.
C’est un jeu entre amis, lancé pour éviter les chamailleries de vaisselle, qui se retrouve à influencer les décisions d’investissement de groupes hôteliers internationaux. Trois étudiants, une colocation, un système de points attribués aux corvées ménagères, et à la fin du mois, un dîner pour le plus vertueux. De quoi assainir la vie commune. Mais l’idée ne s’est pas arrêtée aux murs de l’appartement. Un père hôtelier, un peu inquiet de voir l’eau couler à flot dans ses établissements, y voit une piste. Et si le jeu pouvait faire baisser les factures ?
Une idée étudiante qui remonte jusqu’aux palaces
Ainsi naît Luniwave. Une start-up française qui part d’un principe simple : le changement ne s’impose pas, il s’incite. Et l’incitation passe par le plaisir, pas par la contrainte. Il fallait alors un outil discret, fiable, autonome. Ce sera LuniShower : un petit boîtier qui, sans fil ni écran, ni même une prise, s’installe sur le tuyau de douche. Il s’alimente avec le flux d’eau et mesure en silence ce qui s’écoule. Trois voyants lumineux. Un, deux, trois paliers. Et puis plus rien si l’on dépasse la limite fixée. Pas de blâme, pas de sermon, juste une absence de lumière.
Le pari, c’est celui du design comportemental. Pas de culpabilisation, mais une invitation à se dépasser. Inspiré du « nudge », ce coup de pouce psychologique qui fait bifurquer les comportements sans les heurter, le dispositif transforme la douche en défi. Rester dans le vert, c’est gagner. Dépasser, c’est perdre le signal. Pas plus. L’utilisateur n’est pas puni, il est gratifié. Une satisfaction discrète, mais qui s’ancre. Et ce geste furtif prend tout son sens dans le cadre d’un séjour, où tout est censé flatter les sens.
Le tourisme durable devient un jeu à récompenses
L’univers du jeu s’étend. Avec GreenMiles, les points s’accumulent au fil des choix responsables. Refuser le ménage, venir en train, prendre une douche courte. Les gestes comptent, s’additionnent, se convertissent en services ou en dons. L’écologie se matérialise, devient tangible, presque ludique. Le touriste n’est plus un spectateur passif de sa propre empreinte, il devient acteur d’une économie circulaire, réversible, valorisante.
Les groupes hôteliers ne s’y trompent pas. Club Med, Accor, B&B, Best Western : tous testent ou déploient. Cinq minutes d’installation, aucune maintenance, zéro énergie. Et des résultats immédiats. Jusqu’à 40 % d’eau économisée, des dizaines d’euros de charge en moins par chambre, des clients plus satisfaits. À la clef, un RevPAR en hausse, symbole discret mais réel d’un tourisme qui ne sacrifie plus l’économie à l’écologie.
L’État observe, labellise, soutient. GreenTech Innovation, France Travel Tech. Un million d’euros levés en 2024 pour accélérer. L’Europe adopte, le Moyen-Orient regarde. À Riyad, au One Water Summit, Luniwave fait partie de la délégation française. Le sujet n’est plus anecdotique. L’eau devient géopolitique. Et le boîtier, un outil diplomatique.
Prochaine étape : un Passeport Vert, pensé avec Atout France. L’idée : créer une continuité écologique dans le parcours touristique. Cumuler des points ici, les utiliser ailleurs. Dans un musée, une visite, un hôtel d’un autre continent. Instaurer une interopérabilité de la vertu. Redonner au tourisme sa dimension fluide, mais sans diluer ses responsabilités.

