Zéphyr & Borée mise sur des cargos à voile hybride pour séduire les industriels du fret lourd et décarboner le transport maritime longue distance.
Ils n’ont rien des doux rêveurs qui bricolent des voiliers cargo dans un coin de port. Les fondateurs de Zéphyr & Borée, anciens officiers de la marine marchande, ont une obsession : parler aux industriels. Pas à ceux qui transportent trois sacs de cacao et des savons bio. Non, ceux qui expédient des conteneurs, des fusées et des milliers de tonnes de marchandises à l’échelle planétaire.
Mais pour parler aux grands, encore faut-il être audible. Et là, le premier mur s’appelle CAPEX. Construire un navire à propulsion vélique moderne coûte en moyenne 30 % de plus qu’un cargo classique de même gabarit. Trop cher, trop risqué ? Zéphyr & Borée répond par une stratégie en deux volets : sécuriser l’investissement, et garantir la régularité.
Sécuriser l’investissement : la force du contrat
Dans le monde maritime, les rêves ne prennent forme qu’avec des garanties. Chez Zéphyr & Borée, le contrat vient avant la quille. C’est même le cœur du modèle économique. La priorité : obtenir un affrètement de long terme. Sans cette visibilité, aucun banquier ne débloque les fonds nécessaires pour lancer un navire aussi innovant.
C’est cette logique qui a rendu possible la construction du Canopée. Le contrat signé avec ArianeGroup pour transporter le lanceur Ariane 6 a apporté la stabilité financière indispensable au projet. Pas de contrat, pas de navire. Le marché spot ne couvre pas les surcoûts technologiques.
Pour aller plus loin dans la sécurisation, l’armateur ne s’aventure jamais seul, ou presque. Il préfère partager la charge. Canopée ? Une co-entreprise, Alizés, avec Jifmar Offshore Services. Capital partagé, expertise technique mutualisée. Même logique pour Windcoop, projet plus militant entre Marseille et Madagascar : ici, les chargeurs eux-mêmes — comme Arcadie (épices) ou Enercoop — prennent part au capital pour financer le navire. On transforme le client en co-investisseur, on fige les flux, on sécurise les volumes.
Garantir la régularité : la technique au service de l’industriel
Un logisticien n’aime ni l’incertitude ni les caprices d’Éole. Pour séduire les grands noms du fret, il faut leur parler vitesse commerciale et taux de disponibilité. Le vent ? Oui, mais comme force industrielle, pas comme aléa romantique.
Zéphyr & Borée ne mise pas sur la voile pure. L’approche est hybride. Le Canopée est équipé de moteurs dual fuel (diesel/GNL), capables de maintenir 16,5 nœuds, une vitesse essentielle pour respecter les fenêtres de tir vers l’espace. En fonction des conditions, la consommation baisse de 20 à 50 %.
Les ailes rigides Oceanwings, cœur du dispositif vélique, sont totalement automatisées. Pas besoin de voilier ni d’équipage spécialisé. Elles tournent seules sur 360 degrés, optimisent leur angle, se fondent dans les opérations classiques du maritime. Deux ans après leur mise en service, elles affichent 99,6 % de disponibilité technique. Le logiciel, couplé au routage météo, affine encore l’efficacité. Sur l’Atlantique, on économise jusqu’à 2,2 tonnes de carburant par jour et par aile.
Penser grand, viser loin
La voile, oui. Mais pas pour faire du cabotage entre Lorient et Brest. Trop cher, trop peu efficient. Zéphyr & Borée a fait les calculs pour la Région Bretagne : sur cette liaison courte, le surcoût est de +1 800 % par rapport à la route. Et le bilan carbone est même dégradé, à cause des ruptures de charge et des trajets en camionnettes.
En revanche, sur longue distance, tout change. Exemple : entre Brest et Gijón, un porte-conteneurs de 100 EVP réduit l’écart de coût avec la route à 13 %, tout en divisant les émissions par 4,5. Résultat : Zéphyr & Borée mise désormais sur des lignes transatlantiques avec des navires de 600 EVP et des rotations hebdomadaires. L’équation devient industrielle. L’échelle devient la clef.

