Un aide-soignant débutant dans la fonction publique hospitalière perçoit 1 836 euros bruts par mois, soit environ 1 550 euros nets avant primes. Six ans après le Ségur de la Santé, la valeur du point d’indice est gelée pour la troisième année consécutive.
Au 1er janvier 2026, un aide-soignant recruté en classe normale, premier échelon, de la fonction publique hospitalière touche 1 836,20 euros bruts mensuels. Après prélèvement des cotisations salariales, environ 22 à 24% dans le public, le salaire net de base se situe entre 1 432 et 1 550 euros. À ce montant s’ajoute obligatoirement la prime Ségur : 183 euros nets par mois pour tous les agents de la FPH, quel que soit l’échelon ou la région d’exercice. La rémunération nette réelle d’entrée de carrière tourne donc autour de 1 615 à 1 733 euros par mois.
Ce chiffre se mesure au SMIC 2026, revalorisé de 1,18% au 1er janvier et fixé à 1 823,03 euros bruts, soit 1 443 euros nets. En brut, le salaire indiciaire de base d’un aide-soignant débutant dépasse le SMIC de 13 euros, mais en net, il lui est inférieur de 11 euros avant versement de la prime Ségur. Dans le secteur privé, le départ s’établit entre 1 750 et 1 900 euros bruts, soit 1 350 à 1 500 euros nets, selon la convention collective applicable.
La nuit et le dimanche, deux fois le salaire de base
Le salaire indiciaire ne reflète qu’une partie de ce que perçoit réellement un aide-soignant. Dans la fonction publique hospitalière, chaque nuit de dix heures ouvre droit à une majoration de 25% du traitement brut, soit environ 40,9 euros par vacation. Travailler un dimanche ou un jour férié génère une indemnité forfaitaire de 60 euros bruts, quel que soit le grade. Dans les établissements régis par la convention collective nationale 66, la majoration de nuit est fixée à 25% ; elle est de 22% sous la CCN 51 (FEHAP).
Un aide-soignant de nuit en EHPAD, avec un planning incluant des week-ends réguliers, peut ainsi accumuler jusqu’à 8 000 euros de primes annuelles, soit 667 euros mensuels en moyenne, une majoration de 40% par rapport à son salaire de base. Ce même profil, en début de carrière, peut toucher entre 1 800 et 2 100 euros nets mensuels, soit de 300 à 500 euros de plus qu’un collègue à horaires de jour, à grade identique.
Public, privé, associatif : trois fiches de paie différentes
Dans la fonction publique hospitalière, la grille est nationale et l’avancement automatique : après dix ans de carrière, le salaire brut atteint environ 2 186 euros en classe normale, et peut dépasser 2 545 euros en fin de grille au même grade. Dans le secteur privé lucratif, le salaire brut à cinq ans d’expérience s’établit autour de 2 179 euros, légèrement supérieur au public à ancienneté équivalente, mais la prime Ségur n’y est versée qu’à 160 euros nets environ, et seulement si un accord d’établissement l’a prévu.
Sous la CCN 1966 ou la CCN 51 (FEHAP), la valeur du point de convention est de 3,82 euros, contre 4,92278 euros pour le point FPH, fixé par l’arrêté du 25 juillet 2023. La prime grand âge, versée dans les structures gérontologiques, s’élève à 118 euros bruts mensuels dans la FPH mais seulement à 70 euros bruts sous la convention FEHAP. En contrepartie, certains établissements privés proposent un 13e mois, une mutuelle avantageuse ou une prime d’intéressement qui ne figurent pas dans le salaire brut affiché.
De Lille à Paris, 700 euros d’écart
Un aide-soignant des Hauts-de-France perçoit un salaire médian brut de 1 858 euros par mois. Son homologue d’Île-de-France, à expérience et secteur comparables, peut en toucher entre 2 300 et 2 500 euros, selon les plateformes d’emploi agrégant les déclarations de salaires. Cet écart supérieur à 700 euros tient au tissu d’établissements, davantage de CHU et de cliniques spécialisées en Île-de-France, et aux politiques de rémunération locale. En zones de revitalisation rurale, certains établissements versent une prime annuelle d’attractivité de 1 200 euros bruts pour fidéliser leurs équipes.
Dans les DOM, la majoration de traitement liée au coût de la vie, jusqu’à 40%, porte le salaire brut moyen des aides-soignants à 2 601 euros, selon les données compilées par Indeed en mars 2026. Cette majoration ne compense toutefois pas intégralement le surcoût de la vie locale, notamment en Guyane et à Mayotte.
Ségur : 228 euros de plus, mais un point gelé depuis 2023
Avant le Ségur de la Santé de 2020, un aide-soignant débutant percevait 1 532 euros nets mensuels. La revalorisation a représenté 228 euros nets supplémentaires par mois et s’est accompagnée du passage de la catégorie C à la catégorie B de la fonction publique.
Depuis juillet 2023, la valeur du point d’indice est gelée à 4,92278 euros. En décembre 2025, le ministre délégué chargé de la Fonction publique, David Amiel, a confirmé que ce gel serait maintenu en 2026, la troisième année consécutive sans revalorisation. « Tout le monde connaît la contrainte budgétaire dans laquelle on est », a-t-il déclaré. Depuis le début de ce gel, l’inflation cumulée sur deux ans (2024-2025) a atteint 3,3%, selon les calculs de la CFDT. La garantie individuelle de pouvoir d’achat (GIPA), qui permettait de compenser partiellement cette érosion, n’a pas été versée en 2024 ni en 2025.
Une mesure ciblée est néanmoins entrée en vigueur en février 2026 : l’avenant 70 de la branche de l’aide à domicile, signé le 9 juillet 2025 par la CFDT, FO et la CGT, puis agréé par arrêté en décembre 2025, a reclassifié les aides-soignantes à domicile dans la catégorie des techniciens et agents de maîtrise. « Le savoir-faire professionnel, les compétences spécifiques ainsi que la réalité des tâches et missions qu’exercent au quotidien ces professionnelles sont désormais reconnus à leur juste valeur », a déclaré Stephan Garrec, secrétaire fédéral de la CFDT Santé-Sociaux. Les 7 600 aides-soignantes concernées ont vu leur rémunération augmenter de 115 euros bruts par mois à compter du 23 février 2026.
Infirmier en deux ans : une porte ouverte depuis 2024
Depuis 2024, un aide-soignant justifiant d’au moins trois ans d’expérience à temps plein sur les cinq dernières années peut intégrer directement la deuxième année d’un Institut de formation en soins infirmiers (IFSI), après un parcours préparatoire de trois mois. Ce dispositif, issu de l’arrêté du 3 juillet 2023, réduit la durée de formation à environ deux ans au lieu de trois et ouvre l’accès à une profession dont le salaire net de départ dépasse celui d’un aide-soignant senior de 300 à 600 euros mensuels.
L’accès à la classe supérieure, dont la grille s’étend de 1 905 à 2 756 euros bruts, passe par un examen professionnel dont le taux de promotion est fixé à 12% par an. Pour les agents qui ne franchissent pas ce seuil, la progression se résume à l’avancement automatique par ancienneté, sur une durée totale de 25 à 30 ans. Des spécialisations permettent des compléments ciblés : la formation d’assistant de soins en gérontologie (ASG) ouvre droit à environ 90 euros bruts supplémentaires par mois ; les postes en réanimation ou aux urgences peuvent générer de 50 à 200 euros de majoration selon les établissements.
La DREES recense 423 500 aides-soignants en activité en France en 2021, un chiffre en hausse de 6,5% depuis 2013. Selon les données de l’IFAS du CHU de Clermont-Ferrand publiées en mars 2026, 93,6% des diplômés aides-soignants exercent le métier peu de temps après l’obtention de leur diplôme, et la DREES indique que 80% d’entre eux trouvent un premier emploi en moins d’un mois. En décembre 2025, la CGT Finances publiques a réclamé dans un document de travail une revalorisation immédiate du point d’indice et son indexation automatique sur l’inflation, deux demandes partagées par l’ensemble des fédérations syndicales de la fonction publique hospitalière.

