3 600 euros nets pour un praticien hospitalier débutant, 40 000 euros pour un cardiologue interventionnel libéral expérimenté : la même spécialité, la même thèse, un fossé salarial de un à onze. La convention médicale 2024-2029, dont la seconde vague est entrée en vigueur le 1er janvier 2026 pour un coût de 340 millions d’euros, n’a pas inscrit la cardiologie parmi ses spécialités revalorisées.
4 633 euros ou 35 000 euros : même diplôme
L’UNASA, union des associations de gestion agréées, relève un revenu annuel brut moyen de 186 828 euros toutes pratiques confondues pour les cardiologues, soit environ 15 569 euros bruts par mois. Ce chiffre, tiré vers le haut par les hauts revenus libéraux, ne correspond à la réalité d’aucun profil type. À un extrême, un PH à son premier échelon perçoit 4 633 euros bruts par mois ; à l’autre, un cardiologue interventionnel en secteur 2 dégage jusqu’à 35 000 euros nets après charges.
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La grille PH : +10% en vingt ans, inflation +33%
La grille officielle des PH compte 13 échelons, à raison de deux ans par échelon pour la plupart d’entre eux. Elle démarre à 4 633 euros bruts à l’échelon 1, passe à 5 547 euros à l’échelon 4, puis à 7 545 euros à l’échelon 9. Un chef de service en fin de parcours atteint environ 11 900 euros nets gardes comprises ; un professeur des universités-praticien hospitalier (PU-PH) dépasse rarement 13 700 euros nets.
La grille des PH n’a progressé que de 10% en vingt ans, pendant que l’inflation cumulée atteignait 33% et le SMIC progressait de 63% sur la même période. Le Ségur de la Santé, en 2021, a ajouté trois échelons à la grille (11, 12 et 13) et porté l’indemnité d’engagement de service public exclusif (IESPE) à 1 010 euros bruts mensuels. Sur la même période, l’hôpital public affichait un taux de vacance statutaire des postes de PH d’environ 30% à temps plein.
Les gardes constituent le principal correcteur. Depuis l’arrêté du 22 décembre 2023, une garde de nuit, de dimanche ou de jour férié est rémunérée 755,81 euros, et une garde de jour 337,61 euros. Un planning chargé peut ainsi injecter entre 500 et 3 000 euros supplémentaires par mois selon l’ancienneté.
Le libéral, un chiffre d’affaires à diviser par deux
Un cardiologue libéral dégage en moyenne un chiffre d’affaires de 260 000 euros bruts par an. Les charges professionnelles (cotisations URSSAF, CARMF, loyer de cabinet, matériel, secrétariat) absorbent entre 40 et 60% de cette somme. Le revenu net annuel moyen s’établit à environ 130 000 euros, soit 10 830 euros nets par mois, avant impôt sur le revenu.
En début d’installation, les deux premières années, le revenu net mensuel tombe à 4 000-7 000 euros : patientèle à construire, charges fixes déjà présentes, équipements à amortir. Un cardiologue libéral débutant gagne donc souvent moins qu’un PH confirmé. L’écart s’inverse à partir de la troisième ou quatrième année d’exercice.
Le tarif d’une consultation cardiologue en secteur 1 est fixé à 52,50 euros, inchangé en 2026. En secteur 2, les dépassements d’honoraires portent la même consultation à 80-120 euros. C’est là que se creuse l’essentiel de l’écart entre praticiens.
Rythmologue ou généraliste : 94% d’écart, même spécialité
Un cardiologue généraliste libéral perçoit environ 18 000 euros nets par mois ; un rythmologue 28 000 euros ; un interventionnel 35 000 euros, soit 94% de plus que son confrère généraliste. La logique est tarifaire : une ablation pour trouble du rythme est facturée entre 2 500 et 4 000 euros, une coronarographie entre 800 et 1 200 euros, une angioplastie avec pose de stent entre 1 500 et 2 500 euros. Une matinée de salle de cathétérisme rapporte davantage qu’une semaine de consultations en secteur 1.
En 2024, la DREES a pour la première fois intégré les surspécialisations dans ses nomenclatures, recensant notamment 24 nouveaux cardiologues interventionnels et 37 nouveaux spécialistes en imagerie d’expertise dans ses données annuelles. La filière interventionnelle reste sous tension : les postes ouverts en DES ne couvrent pas les besoins projetés à l’horizon 2030.
Paris paie 32% de plus que Lyon pour le même poste
À Paris, le revenu annuel moyen d’un cardiologue toutes pratiques confondues est estimé à 148 781 euros, soit 32% au-dessus de la moyenne nationale ; à Lyon, 112 455 euros ; à Toulouse, 101 250 euros ; à Montpellier, 98 213 euros, soit 13% en dessous. La densité de cardiologues atteint 23,3 pour 100 000 habitants à Paris, contre 2,1 dans le Gers et 1,3 en Lozère, selon les données du CNOM publiées en 2025. Le rapport est de 1 à 17 entre les deux extrêmes.
Dans les départements sous-dotés, un libéral s’installe sans concurrence directe et avec une patientèle captive. Les aides à l’installation ont toutefois été profondément réformées au 1er janvier 2026. Le Contrat d’Aide à l’Installation des Médecins (CAIM), qui pouvait atteindre 50 000 euros, a pris fin le 31 décembre 2025 : il est remplacé par une aide ponctuelle plafonnée à 10 000 euros pour une primo-installation en Zone d’Intervention Prioritaire (ZIP) et à 5 000 euros en Zone d’Action Complémentaire (ZAC). Dans un rapport de novembre 2025, la Cour des comptes avait pointé un « effet d’aubaine » du dispositif précédent, relevant que 0,012% des médecins libéraux en activité concentraient 60% du total des aides versées par la CNAM.
300 départs par an, 200 postes formés
La France comptait 6 348 cardiologues actifs au dernier bilan du CNOM, répartis en 2 815 libéraux, 1 534 en exercice mixte et 1 993 salariés. Parmi eux, 1 508 ont plus de 65 ans, ce qui représente une moyenne de 301 départs à la retraite par an. Le nombre de postes ouverts au Diplôme d’Études Spécialisées (DES) de cardiologie est de 200 par an : le déficit annuel est de 101 postes.
En mars 2025, Santé Publique France a publié un rapport établissant que les hospitalisations pour maladies cardio-neuro-vasculaires étaient 30% plus élevées dans les communes défavorisées, et 60% plus élevées pour la seule insuffisance cardiaque. « Le déficit de médecins reste préoccupant », a déclaré Christophe Leclerc, cardiologue au CHU de Rennes, lors des JESFC 2025.
La seconde vague de la convention médicale 2024-2029, entrée en vigueur le 1er janvier 2026, a ciblé la pédiatrie, la psychiatrie, la médecine physique et de réadaptation et la gériatrie. La Fédération des médecins de France (FMF) a indiqué en décembre 2025 que le tarif de la consultation cardiologique en secteur 1 restait fixé à 52,50 euros pour 2026, sans revalorisation prévue à court terme. Le Syndicat National des Cardiologues a adressé en février 2026 un courrier à l’UNCAM pour demander l’ouverture de négociations spécifiques sur la nomenclature des actes cardiologiques.

