Les revenus des ophtalmologues libéraux ont franchi 210 000 euros nets. À l’hôpital, le même praticien touche trois à cinq fois moins.
En 2025, le revenu net d’activité indépendante moyen d’un ophtalmologiste libéral a atteint 210 776 euros, en hausse de 5,41% par rapport à 2024, selon les données publiées par la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF). L’ophtalmologie figure ainsi parmi les cinq spécialités médicales les mieux rémunérées de France, derrière les radiothérapeutes, les médecins nucléaires et les radiologues.
Ce revenu est net de cotisations sociales mais reste soumis à l’impôt sur le revenu : il constitue une base imposable, non un revenu disponible. Ni la CARMF ni la DREES ne publient de données après impôt. La CARMF a indiqué que cette hausse « doit être mise en perspective avec l’inflation depuis 2017, date de la précédente mise à niveau de la valeur des actes ».
Entre 2012 et 2022, le nombre d’actes réalisés par la spécialité est passé de 22 à 45 millions par an, un doublement en dix ans, sans doublement du nombre de praticiens. Ce volume d’actes a progressé grâce au déploiement du travail aidé par les orthoptistes et les assistants médicaux.
À l’hôpital, une autre arithmétique
Un ophtalmologue qui rejoint la fonction publique hospitalière avec le statut de praticien hospitalier (PH) démarre sa carrière à 4 634 euros brut par mois. C’est la grille indiciaire en vigueur depuis les décrets issus du Ségur de la Santé de 2020. Elle comporte treize échelons. Au dernier, atteint environ vingt-six ans après la nomination, soit vers 59 ans pour un praticien nommé à 33 ans, le brut mensuel est de 9 368 euros, soit environ 7 200 euros net.
Cette grille est uniforme : elle ne tient compte ni de la spécialité ni de la pénibilité propre à chaque discipline. Un ophtalmologue PH gagne exactement autant qu’un interniste ou un psychiatre hospitalier placé au même échelon.
Des primes viennent compléter ce socle. L’Indemnité d’engagement de service public exclusif (IESPE), versée aux PH qui renoncent à toute activité libérale parallèle, représente 1 010 euros brut par mois. Les indemnités de gardes oscillent entre 70 et 280 euros par nuit. Avec l’ensemble de ces compléments, astreintes, temps de travail additionnel et prime territoriale, la rémunération totale peut progresser de 15 000 à 30 000 euros brut par an au-dessus du salaire de grille, portant le revenu annuel brut maximal à environ 100 000 euros, soit deux fois moins que le revenu net moyen d’un libéral.
Douze ans de formation avant le premier vrai salaire
Avant d’exercer dans l’un ou l’autre de ces cadres, l’ophtalmologue aura passé douze à treize ans en études et en services hospitaliers : six ans de médecine, puis cinq ans d’internat en ophtalmologie après réussite aux examens classants. Les Épreuves classantes nationales ont été remplacées depuis 2024 par les ECOS, Examens cliniques objectifs et structurés.
Pendant ces cinq années d’internat, la rémunération est fixée par arrêté interministériel. En première année, un interne perçoit 1 617 euros brut par mois. En cinquième et dernière année, il atteint 2 370 euros brut. S’y ajoutent une indemnité de sujétion de 435 euros par mois pour les quatre premiers semestres et une indemnité compensatrice logement-nourriture de 84 euros mensuels. En phase de « docteur junior », la dernière étape avant l’installation, une prime d’autonomie supervisée de 5 000 à 6 000 euros annuels s’y ajoute.
À l’issue de ces douze ans, 87% des jeunes ophtalmologues de moins de 40 ans optent pour un exercice en cabinet de groupe plutôt qu’à l’hôpital, contre 53% des 55-65 ans, selon les données de la DREES portant sur 2021.
Secteur 2, OPTAM, dépassements : les règles du jeu libéral
En ophtalmologie, 66% des praticiens libéraux exercent en secteur 2, qui autorise des honoraires libres au-delà du tarif opposable, selon les données DREES portant sur 2021. La consultation de référence en secteur 1 est fixée à 30 euros depuis les revalorisations de la convention médicale 2024-2029.
En secteur 2, le praticien fixe ses honoraires au-delà de ce tarif, dans le respect du principe de « tact et de mesure ». Selon le rapport DREES de décembre 2024, les ophtalmologistes de secteur 2 déclaraient un revenu d’activité annuel moyen de 213 600 euros en 2021, contre 150 200 euros pour leurs confrères de secteur 1, soit un écart de 42%.
L’OPTAM (Option pratique tarifaire maîtrisée) permet aux praticiens de secteur 2 qui y adhèrent de bénéficier d’une prise en charge par l’Assurance maladie de 14,4% de leurs honoraires au titre des cotisations sociales, en échange d’un encadrement de leurs dépassements. La convention médicale 2024-2029, signée le 4 juin 2024 par cinq des six syndicats représentatifs, représente un investissement total de 1,6 milliard d’euros sur cinq ans selon l’Assurance maladie. Les premières revalorisations tarifaires sont entrées en vigueur le 22 décembre 2024. Elle intervient après une période d’érosion documentée : entre 2017 et 2021, les revenus réels des ophtalmologues libéraux exerçant en secteur 2 avaient reculé de 1,5% par an en euros constants, selon le rapport DREES.
L’orthoptiste qui change tout
84,7% des ophtalmologues libéraux travaillent avec au moins un orthoptiste ou un assistant médical. Chez les moins de 40 ans, ce taux monte à 97,6%. Ce modèle, documenté par la DREES sous l’expression « travail aidé », a transformé l’organisation des cabinets d’ophtalmologie en moins d’une décennie.
L’orthoptiste réalise les mesures préalables à la consultation, réfraction, champ visuel, tonométrie, libérant le temps médical pour les actes cliniques. Entre 2012 et 2022, le volume d’actes de la spécialité a doublé, de 22 à 45 millions par an, sans que les effectifs de praticiens progressent à proportion.
Ce modèle a aussi redessiné les modes d’installation. L’équipement d’un cabinet moderne, OCT, topographe cornéen, laser YAG, représente plusieurs centaines de milliers d’euros. Mutualisé entre trois ou quatre associés au sein d’une SEL (société d’exercice libéral), le coût individuel est réduit.
La géographie comme variable de revenu
Au 1er janvier 2025, la France comptait 5 981 ophtalmologistes en activité selon la DREES, pour une densité nationale de 8,72 praticiens pour 100 000 habitants, le niveau le plus élevé depuis dix ans. Le Conseil national de l’Ordre des médecins calcule pour sa part 55 départements en sous-démographie ophtalmologique à la même date, dont 22 avec moins de 4 praticiens pour 100 000 habitants.
Dans les zones sous-dotées, où la demande excède l’offre et la concurrence est faible, les revenus libéraux en secteur 2 peuvent dépasser 200 000 euros brut annuels. Dans les grandes villes de province, la fourchette établie par la DREES s’établit entre 120 000 et 160 000 euros.
Le 25 avril 2025, le Premier ministre François Bayrou a présenté un pacte de lutte contre les déserts médicaux prévoyant notamment que plus de 3 700 internes de quatrième année de médecine générale exerceront sur l’ensemble du territoire à compter de la rentrée 2026, avec des incitations à l’installation en zone sous-dense. Le nombre d’ophtalmologistes a lui-même progressé de 2,6% en un an entre début 2024 et début 2025, passant de 5 825 à 5 981.
2 967 euros de retraite pour 210 000 de revenus
En juin 2025, la retraite mensuelle moyenne versée par la CARMF aux 95 519 médecins libéraux retraités s’établissait à 2 967 euros, en hausse de 1,44% sur un an, en deçà de l’inflation enregistrée en 2024. Ce montant se décompose en trois régimes : le régime de base (668 euros, 23% du total), le régime complémentaire dit RCV (1 339 euros, 45%) et les allocations supplémentaires de vieillesse (960 euros, 32%).
Rapporté au revenu d’activité d’un ophtalmologue libéral, 210 776 euros nets de cotisations en 2024, ce niveau de pension représente environ 14% du revenu annuel d’exercice. Pour maintenir leur niveau de vie, les praticiens libéraux recourent aux contrats Madelin, dispositif d’épargne retraite dont les primes sont déductibles du bénéfice non commercial.
Les praticiens hospitaliers relèvent d’un régime distinct, la CNRACL (Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales). Leur pension est calculée sur la base des six derniers mois de traitement indiciaire, un mécanisme favorable à ceux qui ont atteint les échelons supérieurs de la grille PH, mais dont le montant reste mécaniquement inférieur à celui d’un libéral bien installé, faute d’une base salariale comparable en fin de carrière.

