Des documents judiciaires américains montrent que Jack Lang n’était pas un simple contact d’Epstein.
Mars 2019, cour Napoléon. Le soleil tape sur les pavés du Louvre. Devant la pyramide de verre, un cliché ressurgit, comme un fantôme mal rangé. Jack Lang sourit, bras légèrement en arrière. À ses côtés, Jeffrey Epstein, lunettes sombres, mains croisées. L’image paraît banale. Elle devient embarrassante. Elle réapparaît au fil des millions de documents rendus publics par la justice américaine. Un déluge d’e-mails, photos, carnets de rendez-vous. Les noms s’accumulent. Des puissants, des célèbres, des discrets. En France, on fouille, on trie, on repère. Le nom de Jack Lang revient 685 fois. Ce n’est pas rien.
Un dîner, des e-mails, et l’ombre d’une condamnation
Des courriels surtout, souvent anodins. Des messages pour organiser des rendez-vous, des dîners, des séjours parisiens. Rien de compromettant en soi. Sauf que l’homme avec qui Lang échange, c’est Epstein. Le financier arrêté quelques mois plus tard pour trafic sexuel de mineures, mort en prison dans des circonstances troubles. L’ancien ministre dit qu’il l’a rencontré il y a une quinzaine d’années. Un dîner, une présentation par Woody Allen. Rien de plus. Et pourtant, une condamnation existe bien, antérieure à cette rencontre : 2008. Jeffrey Epstein a déjà purgé une peine pour avoir sollicité des prostituées mineures. Jack Lang assure qu’il ne le savait pas. Il plaide la naïveté ou l’habitude : “Je ne demande pas leur casier judiciaire aux gens que je rencontre.
Mais les documents montrent plus que des e-mails de courtoisie. Un riad à Marrakech, d’abord. Mis en vente. Estimé à 5,4 millions d’euros. “Offshore”, précise un message. Lang intervient. Il dit aujourd’hui n’avoir jamais vu la maison, ni lu le courriel. Puis il y a ce virement de 50 000 euros, effectué à la demande de Lang. Officiellement pour un projet de film. Serge Moati, le réalisateur, veut raconter son parcours. Epstein devait financer. Le film ne verra jamais le jour.
Caroline Lang au cœur d’un réseau trouble
L’affaire déborde aussi sur sa fille, Caroline Lang. Elle crée, en 2016, une société offshore avec Epstein aux Îles Vierges américaines. Objectif : acheter des œuvres d’art. Elle détient 50 % des parts. Elle nie avoir touché un centime. Elle séjourne aussi à Miami, avec ses deux filles, dans une maison appartenant à Epstein. Et puis ce testament : deux jours avant sa mort, Epstein lui lègue cinq millions de dollars. Elle affirme n’avoir rien su.
L’affaire enfle. À Paris, les téléphones chauffent. Une convocation au Quai d’Orsay. Des appels à la démission. Ségolène Royal, droite dans ses bottes. Olivier Faure, plus prudent, mais ferme. À l’Élysée, on glisse que Lang devrait songer à l’intérêt de l’Institut du monde arabe, qu’il préside depuis plus de dix ans. Jack Lang, lui, refuse de plier. “Blanc comme neige”, dit-il.

