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Prix Nobel 2026 : la mécanique secrète qui désigne les lauréats

Physique, médecine, littérature, paix : chaque annonce Nobel clôt un an de sélection confidentielle. Comment fonctionne le mécanisme qui désigne les lauréats ?

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Cinq personnalités élues par le Storting, le Parlement norvégien, choisiront seules, parmi 287 candidats, le lauréat du prix Nobel de la paix, annoncé vendredi 9 octobre à Oslo. Pour les cinq autres récompenses, la sélection a commencé à l’automne 2025 auprès de nominateurs, les personnes habilitées à proposer un candidat, que les institutions choisissent elles-mêmes. Elle s’achève dans des académies qui votent à huis clos. Les noms des candidats, les rapports des experts et le détail des votes resteront scellés jusqu’en 2076 au moins.

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Lundi 5 octobre, à partir de 11 h 30, l’Institut Karolinska, l’université de médecine de Stockholm, annoncera le prix Nobel de physiologie ou médecine 2026. Ce nom sortira d’un vote des cinquante professeurs qui composent son Assemblée Nobel. Le comité Nobel de médecine, présidé par Per Svenningsson, aura seulement préparé ce choix. Jusqu’au 12 octobre, cinq autres annonces suivront à Stockholm et à Oslo. Au 4 octobre, aucune institution n’avait encore rendu public le moindre lauréat.

Ce partage des rôles remonte au testament d’Alfred Nobel. Dans ce texte de 1895, l’inventeur suédois fixait un principe : récompenser ceux qui ont apporté « le plus grand bénéfice à l’humanité ». Il énumérait cinq catégories (physique, chimie, physiologie ou médecine, littérature et paix) et désignait, pour chacune, l’institution chargée de l’attribuer. La Fondation Nobel, qui fixe aujourd’hui les statuts des prix et leur dotation, ne choisit aucun lauréat. Aucun vote public ni aucun jury international n’intervient davantage.

Dans les catégories suédoises, deux instances se succèdent. Un comité Nobel instruit d’abord. Il compte cinq membres titulaires, parfois épaulés par des membres cooptés, désignés par le comité lui-même pour renforcer ses travaux. Ce comité trie les candidatures, sollicite des experts, rédige des dossiers et propose des noms. L’institution attributaire, celle qui décerne le prix, vote ensuite selon ses propres règles. C’est elle qui désigne le lauréat.

La carte des décideurs se dessine ainsi. En médecine, les cinquante professeurs du Karolinska ont le dernier mot. En littérature, les membres de l’Académie suédoise élisent eux-mêmes l’écrivain distingué. En physique comme en chimie, l’Académie royale des sciences de Suède tranche, sur proposition de deux comités distincts.

À cette liste s’ajoute un sixième prix, absent du testament. La Sveriges Riksbank, la banque centrale suédoise, l’a créé et le fait attribuer depuis 1969. Son intitulé exact, « Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel », dit sa filiation ; l’usage l’a raccourci en « Nobel d’économie ». L’Académie royale des sciences le décerne, selon des règles largement calquées sur celles des prix historiques.

Le décompte est vite fait. L’Académie royale des sciences attribue trois des six prix annoncés cette semaine : physique, chimie et économie, dont le seul qu’Alfred Nobel n’avait pas prévu. Une institution tient à elle seule la moitié du palmarès 2026.

Un seul prix échappe à ce partage des rôles. Le Comité Nobel norvégien, qui annoncera vendredi 9 octobre, à 11 heures, le lauréat de la paix, reçoit les propositions, les analyse et choisit lui-même.

À Oslo, un comité de cinq membres

Ce Comité doit sa composition au Storting, qui en élit les cinq membres selon une répartition reflétant globalement les rapports de force politiques en Norvège. En 2026, Jørgen Watne Frydnes le préside, Asle Toje en est le vice-président, et Anne Enger, Kristin Clemet et Gry Larsen y siègent. Kristian Berg Harpviken en assure le secrétariat. Il dirige aussi l’Institut Nobel norvégien, l’organisme qui fournit au Comité ses analyses.

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Pour cette édition, le Comité a enregistré 287 candidats : 208 personnes et 79 organisations. Chacun n’y figure qu’une fois, même lorsque plusieurs nominateurs ont avancé son nom. Sur ce total, les cinq membres établissent une liste courte, une sélection resserrée, puis commandent des évaluations à l’Institut et à des experts indépendants. Ils cherchent l’unanimité et, à défaut, votent à la majorité simple. D’après la présentation qu’en fait le Comité, la décision est généralement arrêtée lors de sa dernière réunion avant l’annonce d’octobre.

Désignés d’après l’équilibre des bancs du Storting, les cinq membres délibèrent sans les partis ni le gouvernement norvégiens, assure le Comité. Aucun observateur ne pourra le vérifier avant l’ouverture de ses archives. Pour la paix, le cercle de décision tient donc en cinq personnes. Leur seul chiffre public, 287, ne renseigne sur les chances d’aucun prétendant.

Les nominateurs, un cercle tracé d’avance

Pour les autres prix, la liste des candidats s’est constituée un an plus tôt. À l’automne 2025, les institutions Nobel ont adressé des demandes de propositions à des milliers de personnes habilitées : membres d’académies, anciens lauréats, universitaires, spécialistes reconnus des disciplines concernées. Les dossiers devaient leur parvenir avant le 31 janvier 2026. Avant tout examen, les institutions avaient ainsi décidé qui aurait le droit de proposer un nom.

En physique, en chimie, en médecine et en économie, seules les personnes formellement invitées peuvent soumettre un candidat. Les comités rejettent les envois spontanés comme les auto-nominations, c’est-à-dire les candidatures qu’un chercheur présenterait pour lui-même.

L’Académie suédoise ouvre un peu plus le cercle pour la littérature. Peuvent proposer un écrivain ses propres membres et ceux d’institutions comparables, des professeurs de littérature et de linguistique, d’anciens lauréats et les présidents d’organisations d’écrivains représentatives. Personne, là non plus, ne peut se proposer soi-même.

Le Comité norvégien, lui, n’envoie aucune invitation préalable. Toute personne appartenant à une catégorie habilitée peut lui adresser un nom : parlementaires, membres de gouvernement, certaines personnalités d’organisations internationales, universitaires, anciens lauréats ou anciens membres du Comité. Un député de n’importe quelle assemblée nationale peut donc avancer un candidat à la paix de sa propre initiative. Un physicien, pour proposer un collègue, doit attendre la lettre de l’Académie royale des sciences.

Expertises, lectures et votes à huis clos

Entre la clôture du 31 janvier et les annonces d’octobre, les comités travaillent un peu plus de huit mois. Ils vérifient d’abord la recevabilité de chaque nomination, autrement dit sa conformité aux règles, puis regroupent celles qui désignent la même personne ou la même organisation. Ils réduisent ensuite la liste par étapes successives.

En sciences, les comités transmettent les dossiers restants à des experts, souvent étrangers. Ces experts doivent établir l’originalité des travaux, leur importance et leur solidité. Ils doivent aussi répartir le crédit, la paternité de la découverte, entre les chercheurs qui y ont contribué.

Cette exigence de solidité pousse les comités vers des résultats éprouvés, et les statuts les y autorisent. Ces textes admettent qu’un prix couronne une découverte ou une invention dont l’importance n’est apparue pleinement qu’avec le temps. Le lauréat de lundi peut ainsi être récompensé pour des travaux menés bien avant l’année écoulée. De l’invitation au vote, le cycle dure près de treize mois.

La littérature suit le même resserrement, ponctué de lectures. Le comité Nobel, présidé par Anders Olsson, réduit progressivement sa liste et transmet ses propositions à l’Académie suédoise. Les académiciens lisent alors les œuvres retenues et en débattent. Ils élisent le lauréat à la majorité absolue : l’écrivain distingué doit recueillir plus de la moitié des suffrages exprimés.

Cinquante ans de secret

De ces lectures, de ces expertises et de ces votes, rien ne sort. Les institutions Nobel gardent sous scellés, pendant au moins cinquante ans, les noms des candidats et de ceux qui les ont proposés, ainsi que les lettres de nomination. Les rapports d’expertise, les avis internes et les délibérations restent fermés pour la même durée. Leurs décisions sont définitives, et aucun candidat écarté ne peut les contester.

Chaque automne, pourtant, des listes de « nominés », de « candidats officiels » ou de « favoris » circulent. Aucune institution Nobel ne peut les authentifier. Un parlementaire, un universitaire ou un ancien lauréat peut faire savoir qu’il a proposé tel nom. Son annonce reste alors sa seule parole, car l’organisme concerné ne confirmera ni la réception du dossier, ni sa validité, ni l’examen du candidat.

Grâce à ce verrou, les experts rendent leurs rapports et les académiciens délibèrent à l’abri des pressions extérieures. Pendant un demi-siècle, personne ne peut en revanche vérifier l’étendue réelle du vivier, les motifs d’une exclusion ou les désaccords qui ont précédé un vote.

Le Comité norvégien publie le nombre de ses candidats et garde leurs noms pour lui. Les archives liées aux décisions de 2026 pourront s’ouvrir au plus tôt en 2076, selon les règles propres à chaque institution attributaire.

Trois lauréats au maximum

Avant même le vote, la Fondation Nobel a inscrit dans ses statuts des limites qu’aucune académie ne peut franchir. Un prix peut être partagé entre deux travaux distincts. Lorsqu’un même travail a plusieurs auteurs, deux ou trois lauréats peuvent être récompensés ensemble. La dotation n’est jamais divisée entre plus de trois personnes.

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Les institutions ne peuvent pas non plus retenir un travail dont l’auteur est déjà mort. Elles maintiennent en revanche le prix d’un lauréat qui meurt après la décision mais avant la cérémonie. Elles gardent enfin la faculté de ne rien décerner lorsqu’aucune contribution ne leur paraît atteindre le niveau requis.

Ces règles écartent des candidats avant même le jugement des experts. Le quatrième auteur d’une découverte décisive en fait partie, comme le chercheur mort avant le vote.

Science collective, récompense individuelle

Cette limite de trois lauréats essuie des critiques récurrentes. En physique, en biologie ou en recherche médicale, des consortiums internationaux, ces regroupements de laboratoires de plusieurs pays, et des équipes de plusieurs centaines de chercheurs signent désormais une large part des avancées déterminantes. En couronnant trois personnes au plus, les académies perpétuent une figure individuelle de la découverte, que la pratique de la recherche a largement délaissée.

Le profil des lauréats nourrit une seconde critique, qui remonte jusqu’aux nominations. La revue Science a relayé des travaux montrant une sous-représentation des femmes dès ce stade dans les disciplines scientifiques. Les institutions Nobel cherchent depuis à diversifier les cercles de personnes invitées à proposer des candidats, en tenant compte du genre, de la géographie et de la discipline.

Cet effort vise justement l’étape que le secret ferme pour cinquante ans. Aucune institution ne publie la part des femmes parmi les candidats de 2026, ni celle des nominateurs nouvellement invités. Les académies conserveront jusqu’en 2076 les propositions reçues avant le 31 janvier 2026, seules pièces capables de dire si le cercle des nominateurs s’est réellement ouvert.

Le calendrier des annonces (heure de Paris)

  • Physiologie ou médecine : lundi 5 octobre, à partir de 11 h 30.
  • Physique : mardi 6 octobre, à partir de 11 h 45.
  • Chimie : mercredi 7 octobre, à partir de 11 h 45.
  • Littérature : jeudi 8 octobre, à partir de 13 heures.
  • Paix : vendredi 9 octobre, à 11 heures.
  • Sciences économiques : lundi 12 octobre, à partir de 11 h 45.

La dotation. Chaque prix complet vaut 12 millions de couronnes suédoises en 2026, après une hausse d’un million de couronnes décidée par la Fondation Nobel.

Les cérémonies. Les prix seront remis le 10 décembre, jour anniversaire de la mort d’Alfred Nobel. La physique, la chimie, la médecine, la littérature et l’économie seront remises à Stockholm, la paix à Oslo.

Les comités suédois 2026, qui instruisent sans voter :

  • Médecine : Per Svenningsson (président), Sten Linnarsson, Abdel El Manira, Rickard Sandberg, Marie Wahren-Herlenius ; Thomas Perlmann, secrétaire général.
  • Physique : Mark Pearce (président), Olle Eriksson, Göran Johansson, Stefan Kröll, Eva Lindroth.
  • Chimie : Heiner Linke (président), Andrei Chabes, Peter Somfai, Emma Sparr, Xiaodong Zou.
  • Littérature : Anders Olsson (président), Ellen Mattson, Steve Sem-Sandberg, Anne Swärd, Anna-Karin Palm.
  • Sciences économiques : John Hassler (président), Tommy Andersson, Anna Dreber Almenberg, Peter Fredriksson, Per Strömberg.



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