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Le 250e anniversaire des États-Unis devait être une célébration nationale. Il s’annonce comme un meeting de plus. Mercredi 25 juin, Donald Trump prendra la parole sur le National Mall de Washington dans le cadre des festivités du semiquincentennial, transformant la commémoration de la Déclaration d’indépendance en acte de campagne permanente. Le président a promis que ce serait « le meilleur meeting de tous les temps ».
Des désistements d’artistes qui ont tout déclenché
L’événement du 24 juin au soir était à l’origine conçu comme un concert inaugural, prélude à l’ouverture le lendemain de la Grande Foire nationale américaine sur le Mall. Une fête gratuite, ouverte pendant seize jours aux délégations des 50 États et des six territoires associés. Mais les artistes invités, tous de second rang, ont commencé à se retirer les uns après les autres. Lorsqu’il est apparu que seuls deux rappeurs restaient à l’affiche, Flo Rida et Vanilla Ice, Trump a tranché : la soirée deviendrait un événement politique avec lui en vedette.
Ces désistements n’étaient pas anodins. Ils constituaient une protestation explicite contre la confiscation de l’anniversaire par l’administration républicaine. Car la préparation du semiquincentennial avait débuté il y a dix ans avec la création d’une commission apartisane, America 250. Les scandales du premier mandat Trump, la pandémie et les turbulences de la présidence Biden avaient ralenti ses travaux sans jamais les arrêter.
À lireB Lab France muscle ses compétences linguistiques avec le Cercle des LanguesTout a changé avec l’arrivée d’une commission concurrente. Freedom 250 est née d’un décret présidentiel instituant un « Groupe de travail Salute to America 250 ». Sa mission officielle : « inspirer un amour renouvelé pour l’histoire des États-Unis », « éveiller un esprit d’aventure et d’innovation » et « inviter les Américains à prier » pour le pays, « à se réaffirmer comme une seule nation soumise aux desseins de Dieu ».
Un programme de foire qui ne cache pas ses couleurs
Son organisation table sur « entre 100 000 et 150 000 visiteurs par jour » à la foire de Washington. Le programme parle de lui-même : deux journées entières consacrées aux idéaux Make America Healthy Again promus par Robert F. Kennedy Jr., secrétaire à la Santé, côtoient un rodéo, une course IndyCar et des « jeux patriotiques » pour athlètes étudiants, assortis de bourses universitaires de 250 000 dollars. Six camions baptisés « de la liberté » sillonnent le pays. Boeing a prêté un avion, lui aussi « de la liberté », pour transporter dans tout le pays les documents fondateurs de la nation, qui quittent pour la première fois les Archives nationales. Deux projets architecturaux signés Trump pourraient laisser une trace durable dans la capitale : un arc de triomphe et un Jardin national des héros américains, si les tribunaux ne s’y opposent pas.
Nixon avait essayé, l’opinion l’avait arrêté
Instrumentaliser un anniversaire national à des fins partisanes n’est pas une invention trumpiste. Les présidents américains ont de tout temps utilisé ces commémorations pour incarner les valeurs fondatrices de la république et en tirer un bénéfice politique. La différence, cette fois, tient à l’ampleur de la mainmise et à la radicalité de l’identification entre la fête nationale et un mouvement partisan.
Richard Nixon avait tenté la même manoeuvre pour le bicentenaire de 1976, cherchant à organiser une célébration « très patriotique » taillée pour ses partisans. La résistance de l’opinion publique l’avait stoppé net. Finalement conduite par Gerald Ford dans un contexte politique chaotique, la commémoration s’était muée en vaste redistribution d’argent fédéral vers des institutions locales et associatives. Les projets qui avaient le mieux fonctionné étaient précisément ceux ancrés dans les territoires, portés par des citoyens qui s’appropriaient leur propre histoire plutôt que de la recevoir d’en haut.
Ce qui résiste, loin du vacarme présidentiel
Le pays arrive à ce 250e anniversaire dans un état d’esprit sombre, traversé par les protestations contre les dérives autoritaires de son président. Mais Donald Trump ne s’en soucie guère. Le 4 juillet s’annonce sur le même registre : un nouveau meeting Trump, un défilé, des démonstrations militaires et un feu d’artifice annoncé comme record de durée. Qu’un pays aussi profondément divisé puisse trouver dans ces festivités une raison de se retrouver reste, pour l’heure, une question sans réponse.
