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Un dermatologue gagne entre 3 000 et 40 000 € par mois

Quatre départements français n’ont plus aucun dermatologue. Ailleurs, les revenus vont de 3 000 à 40 000 € nets par mois selon le mode d’exercice choisi.

Entre 3 000 et 40 000 euros nets par mois : derrière l’unité apparente d’une spécialité médicale se cache l’un des plus grands écarts de revenus de toute la médecine française. Pendant ce temps, la France ne compte plus que 2 928 dermatologues en activité.

Trois mille euros nets par mois pour un dermatologue fraîchement nommé à l’hôpital public. Quarante mille, parfois davantage, pour son confrère installé dans un centre laser privé avec dix ans d’expérience et une patientèle esthétique constituée. Un écart de un à treize au sein d’une même spécialité, sans équivalent dans la médecine française.

Ce fossé tient à deux variables. La première : le mode d’exercice, public ou libéral. La seconde, et de loin la plus déterminante pour les revenus les plus élevés : l’orientation vers les actes esthétiques non remboursés par l’Assurance maladie. Entre les deux, la majorité des dermatologues libéraux en activité occupe une position intermédiaire : cabinet conventionné, secteur 1 ou 2, sans plateau technique laser. Leur revenu net d’activité indépendante (RNAI) s’est établi en moyenne à 103 751 euros en 2023, puis à 107 139 euros en 2024, selon les données publiées par la Caisse autonome de retraite des médecins de France (CARMF) respectivement en novembre 2025 et janvier 2026. La hausse de 6,1% enregistrée en 2023 par rapport à 2022 est l’une des plus fortes toutes spécialités confondues cette année-là. En 2024, le revenu net moyen de l’ensemble des médecins libéraux a progressé de 5,33%, à 127 859 euros, mais la hausse pour les seuls spécialistes s’est limitée à 3,08%.

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La grille à treize échelons

À l’hôpital public, la rémunération d’un dermatologue ne dépend pas de sa spécialité. Elle suit la grille indiciaire unique des praticiens hospitaliers (PH), issue du décret n° 2020-1182 du 28 septembre 2020, applicable à l’ensemble des médecins spécialistes du secteur public.

Cette grille comporte treize échelons. Au premier, un PH titulaire perçoit 4 633,98 euros bruts par mois, valeur du point de la fonction publique hospitalière fixée à 4,92278 euros au 1er janvier 2024, soit environ 3 000 à 3 500 euros nets. Au treizième échelon, accessible après environ vingt-cinq ans de carrière, le traitement atteint 9 368 euros bruts mensuels, soit 7 200 à 8 000 euros nets. À dix ans d’ancienneté, un praticien se situe autour de 6 000 à 6 400 euros bruts, soit 4 500 à 5 000 euros nets.

Ce traitement de base ne constitue pas la totalité du revenu hospitalier. L’indemnité d’engagement de service public exclusif (IESPE), versée aux PH s’engageant à ne pas exercer en parallèle une activité libérale, représente 1 010 euros bruts supplémentaires par mois. Une nuit ou un dimanche travaillé génère une indemnité de sujétion de 422 euros. Les astreintes sont rémunérées entre 70 et 280 euros par nuit depuis la réforme du 1er novembre 2025. Dans les zones médicalement sous-dotées désignées par l’Agence Régionale de Santé (ARS), une prime d’engagement de carrière hospitalière peut atteindre 20 000 euros en une seule fois. Pour les praticiens contractuels, le plafond peut ainsi monter jusqu’à 9 927 euros bruts par mois en zone sous-dotée. En cumulant traitement et primes régulières, un PH expérimenté atteint en pratique entre 6 000 et 7 500 euros bruts mensuels.

Secteur 1 ou secteur 2 : 24% d’écart dès l’installation

Un dermatologue libéral encaisse des honoraires, desquels il soustrait ses charges professionnelles, estimées entre 40 et 50% du chiffre d’affaires brut. Les cotisations sociales (URSSAF et CARMF) absorbent à elles seules 35 à 45% du bénéfice net. En secteur 1, les tarifs sont fixés par l’Assurance maladie : une consultation de dermatologue vaut 30 euros, remboursée à 70% par la Sécurité sociale. Le bénéfice non commercial (BNC) moyen des dermatologues-vénérologues de secteur 1 s’établissait à 75 407 euros annuels en 2022, selon les données CARMF. En secteur 2, le praticien applique des dépassements d’honoraires modérés : une consultation oscille en moyenne entre 40 et 70 euros. Le BNC moyen y atteignait 93 277 euros en 2022, soit 24% de plus qu’en secteur 1. En secteur 3, le non-conventionnement, les honoraires sont entièrement libres, le remboursement Sécurité sociale quasi nul, et la clientèle limitée aux patients les mieux assurés.

Le loyer du cabinet pèse également sur le revenu réel : il varie de 300 à 800 euros par mois en province, contre 900 à 1 800 euros à Paris. Certains praticiens exercent via une Société d’Exercice Libéral (SEL ou SELARL), qui permet de répartir la rémunération entre salaire et dividendes pour optimiser la charge sociale. Un arrêt de la Cour de cassation en 2023 et la réforme de l’assiette sociale ont toutefois complexifié les règles applicables aux dividendes, exposant les praticiens concernés à une fiscalité plus lourde qu’anticipée.

Botox, laser : les honoraires sans plafond

Une séance d’injection de Botox pratiquée par un dermatologue se facture entre 300 et 500 euros. Un traitement à l’acide hyaluronique entre 300 et 600 euros. Aucun de ces actes n’est remboursé par l’Assurance maladie ; les honoraires sont entièrement libres. La marge sur les injectables atteint couramment 70%.

C’est ce segment, la dermatologie esthétique, qui creuse l’essentiel de l’écart de revenus au sommet de la spécialité. Un dermatologue consacrant 80% de son activité à l’esthétique perçoit, en début de carrière, entre 8 000 et 12 000 euros nets par mois. Après dix ans d’exercice, avec une patientèle installée et un équipement laser, ce revenu monte à 18 000 à 28 000 euros. Les praticiens les plus référencés dans ce segment, opérant dans des centres spécialisés en zone à fort pouvoir d’achat, peuvent dépasser 40 000 euros nets mensuels.

La constitution d’une patientèle esthétique fidèle prend en général cinq à dix ans minimum après l’installation. Les lasers fractionnels de dernière génération représentent par ailleurs des investissements initiaux de plusieurs dizaines de milliers d’euros, dont l’amortissement pèse sur les premières années d’exercice.

Déserts médicaux : quatre départements sans aucun dermatologue

Un dermatologue libéral installé en Île-de-France perçoit un salaire annuel brut médian de 135 700 euros, soit 18% au-dessus de la moyenne nationale de 115 000 euros. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce chiffre atteint 126 500 euros. En Occitanie, il tombe à 105 800 euros. En Bretagne, à 87 000 euros.

Dans quatre départements ruraux, Lozère, Creuse, Indre et Nièvre, il n’existe plus aucun dermatologue en activité, selon le communiqué de presse de la SFD du 21 février 2025. Les praticiens des zones limitrophes y font face à une demande non satisfaite qui génère un volume de consultations supérieur à la moyenne nationale. L’ARS peut accorder des primes spécifiques à l’installation dans ces zones, cumulables avec les primes hospitalières. Le loyer de cabinet parisien, deux à quatre fois plus élevé qu’en province, réduit en parallèle l’avantage net des praticiens installés en Île-de-France.

694 praticiens en moins depuis 2014

La France ne compte plus que 2 928 dermatologues en activité, selon le communiqué de presse de la SFD de février 2025. De 2014 à 2022, leur nombre est passé de 3 135 à 2 441, soit 694 praticiens en moins, une baisse de 22,1% en huit ans, selon les données du réseau Prosanté. La densité nationale est tombée à 3,26 dermatologues pour 100 000 habitants, contre un seuil fonctionnel estimé entre 5 et 6 par les sociétés savantes.

Seuls 104 internes ont été formés en 2024, selon la SFD, qui estime qu’il faudrait en former au moins 150 par an pour endiguer la pénurie. Les projections de la SFD prévoient une réduction des effectifs de 20 à 30% supplémentaires d’ici 2030. En décembre 2025, une sénatrice a adressé une question au gouvernement sur la pénurie de dermatologues. La réponse du ministère de la Santé n’avait pas encore été publiée au moment de la rédaction de cet article.

Le nombre de nouveaux cas de mélanomes diagnostiqués chaque année en France dépasse 17 000, selon l’Institut national du cancer (INCa), une demande qui croît avec le vieillissement de la population, pendant que l’offre de praticiens se contracte.

Ce que l’IA ne fera pas à la place du dermatologue

Selon le rapport Anthropic 2026, les dermatologues présentent un niveau d’exposition aux outils d’intelligence artificielle de 40%, mais un risque d’automatisation complète estimé à seulement 15%. La biopsie cutanée, la chirurgie de Mohs, les injections et les traitements laser nécessitent une présence physique et un geste médical que les modèles actuels ne reproduisent pas.

Les outils déjà déployés, comme DermAssist de Google ou SkinVision, analysent des images de lésions cutanées et orientent les décisions cliniques, mais leur utilisation requiert une validation médicale à chaque étape. Leur adoption augmente le nombre de dossiers traités par journée de consultation, sans réduire la nécessité d’une consultation physique pour les actes techniques.

La téléconsultation en dermatologie modifie déjà la géographie des revenus : elle élargit la patientèle accessible sans installation physique dans une zone sous-dotée. Elle peut aussi exercer, à terme, une pression à la baisse sur les honoraires de consultation simple, en mettant en concurrence nationale des praticiens jusqu’ici protégés par leur bassin géographique.

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