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Trente-neuf pour cent des Français déclarent avoir concrètement contribué à un enjeu de société, contre 20 % en 2016. La deuxième édition du Baromètre du pouvoir d’agir, réalisée par le cabinet d’études Occurrence pour l’association Ticket for Change, montre qu’une majorité reste toutefois au stade de l’intention, freinée davantage par le manque de temps et de confiance en soi que par l’argent.
Dix ans plus tôt, une première mesure avait fait apparaître un écart massif entre les intentions et les actes : 94 % des Français se disaient alors désireux d’agir, 20 % seulement franchissaient le pas. Aujourd’hui, la proportion de ceux qui déclarent être passés à l’action pour contribuer à un enjeu de société atteint 39 %, soit deux Français sur cinq. Une majorité reste donc à distance de l’action. Le pouvoir d’agir est ici défini comme la capacité réelle d’une personne ou d’un groupe à transformer ses envies et ses idées en actions concrètes au service de la société. L’exercice intervient à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, dans un contexte marqué par les crises démocratiques, sociales, climatiques et géopolitiques.
Quatre profils, dont un bloc majoritaire resté à l’écart
Le baromètre mesure trois choses : l’envie d’agir pour un enjeu de société, le fait d’avoir déjà eu une idée pour y contribuer, et le fait d’être passé ou non à l’action. En croisant les deux dernières, quatre catégories apparaissent. Ces proportions ne portent pas sur l’ensemble de l’échantillon, mais uniquement sur les Français ayant déclaré qu’au moins un enjeu de société leur tenait à cœur.
Les « Engagés » (28 %) ont eu une idée et l’ont mise en œuvre. Les « Intentionnistes » (13 %) ont une idée mais n’ont pas encore franchi le pas. Les « Participants » (14 %) s’engagent concrètement sans avoir eu d’idée propre, le plus souvent au sein d’initiatives déjà existantes. Les « En retrait » (45 %) se disent concernés mais ne sont pas passés à l’action.
À lirePatrick Bruel face à trente accusatrices : un dossier hors normesCette répartition déplace la ligne de partage habituelle : l’engagement ne se lit pas comme une opposition binaire entre ceux qui agissent et ceux qui s’abstiennent, mais comme une succession de degrés d’implication.
La santé devant la sécurité, l’emploi en net recul
La hiérarchie des préoccupations a bougé en dix ans. La santé reste en tête, citée par 64 % des Français parmi les sujets qui leur tiennent le plus à cœur, devant la sécurité (56 %). La paix, proposée pour la première fois dans le questionnaire en 2026, se hisse d’emblée en troisième position (53 %). Le principal décrochage concerne l’emploi : 29 %, contre 49 % en 2016, soit vingt points de moins.
Les sujets qui préoccupent ne sont pas nécessairement ceux qui donnent envie d’agir. L’environnement fait exception : près de deux personnes sur trois à qui le sujet tient à cœur déclarent aussi vouloir agir en sa faveur.
Le temps et la confiance en soi, des deux côtés de l’équation
Reste le passage à l’acte. Interrogés sur ce qui les retient, ceux qui ne sont pas passés à l’action citent d’abord le temps (42 %) et la confiance en soi (40 %), devant le financement (36 %). Interrogés sur ce qui les a aidés, ceux qui ont franchi le pas citent les deux mêmes facteurs, mais en positif : la confiance en soi (36 %) et le temps disponible (35 %), aux côtés du fait d’être au « bon moment » dans sa vie (31 %).
Autrement dit, ce sont les mêmes variables qui bloquent lorsqu’elles manquent et qui déclenchent lorsqu’elles sont réunies. Le financement, lui, obéit à une logique différente : souvent cité comme obstacle par ceux qui n’ont pas agi, il ne figure pas parmi les premiers leviers de ceux qui ont agi. Il est aussi moins souvent mentionné comme frein qu’en 2016, tandis que les dimensions psychologiques et relationnelles occupent davantage de place dans les réponses.
« Il y a dix ans, nous parlions de « gâchis de talents » pour décrire l’écart entre l’envie d’agir et le passage à l’action », rappelle Joséphine Bouchez, cofondatrice et directrice générale de Ticket for Change. « Dix ans plus tard, les Français sont plus nombreux à franchir le pas, mais notre conviction reste la même : avoir envie d’agir ne suffit pas. »
Les moins de 28 ans, plus enclins à l’entrepreneuriat social
La tranche des moins de 28 ans se détache nettement. Ils sont 52 % à déclarer avoir déjà eu une idée pour contribuer à résoudre un enjeu de société et 51 % à être passés à l’action, contre 39 % dans les deux cas chez les plus de 28 ans. Leurs préoccupations diffèrent aussi : santé mentale (50 %, contre 30 % chez leurs aînés), emploi (41 % contre 27 %), réseaux sociaux et désinformation (27 % contre 17 %).
Chez eux, la confiance en soi arrive en tête des leviers du passage à l’action (41 %), devant le temps disponible (36 %) et le soutien des proches (26 %). Parmi ceux qui n’ont pas encore agi, le financement domine les freins (46 %), suivi du manque de temps (44 %) et du manque de confiance en soi (38 %). Enfin, 54 % des moins de 28 ans se disent prêts à créer une structure de l’économie sociale et solidaire (ESS), contre 27 % des plus de 28 ans.
À lireCe sénateur qui veut filmer les français avec des algorithmes de surveillanceL’étude a été menée auprès d’un échantillon de 1 501 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogé en ligne du 17 au 23 avril 2026. Association à but non lucratif fondée en 2014 par Matthieu Dardaillon, Joséphine Bouchez, Madeleine Ceyrac, Jonas Guyot et Adèle Galey, Ticket for Change indique avoir accompagné 180 000 personnes, lancé plus de 1 000 entreprises sociales et créé plus de 3 000 emplois en dix ans.
