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Football : Zidane attendu comme le messie

La France éliminée de la Coupe du monde mais tout un pays attend déjà Zidane. Retour sur l'accord avec la FFF, cinq ans d'attente et le poids d'une espérance hors norme.

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Jamais un sélectionneur de l’équipe de France n’a été appelé de la sorte. À peine son nom prononcé, on prête déjà à Zinédine Zidane le pouvoir de tout réparer, comme si un seul homme pouvait relever un football national tout entier. La ferveur qui l’accompagne tient de la dévotion. Elle pourrait devenir son premier adversaire.

Le 14 juillet, à l’AT&T Stadium d’Arlington, en banlieue de Dallas, l’équipe de France s’est inclinée 2-0 face à l’Espagne en demi-finale de la Coupe du monde. Mikel Oyarzabal a ouvert le score sur penalty à la 22e minute, Pedro Porro a doublé la mise à la 58e d’une frappe croisée, après un échange rapide avec Dani Olmo que la défense française n’a pas su couper. Les Bleus échouent à une marche de la finale, deux ans après avoir perdu celle de 2022 contre l’Argentine. L’écart de deux buts flatte presque les Français, tant l’Espagne a dominé la rencontre. L’élimination est tombée le jour de la fête nationale.

Lucas Digne a concédé le penalty à l’entrée de la surface, en fauchant à la cuisse l’Espagnol Lamine Yamal alors qu’il tentait de dégager un ballon. L’arbitre salvadorien Ivan Barton l’a accordé sans hésiter, et l’assistance vidéo, la VAR, ces arbitres qui revoient les actions litigieuses sur écran, l’a confirmé. Les Bleus ont réclamé une faute de main préalable de l’ailier du FC Barcelone ; son bras étant collé au corps au moment du contact, la vidéo n’a pas retenu l’argument, une lecture que les anciens arbitres internationaux Saïd Ennjimi et Bruno Derrien ont jugée conforme aux règles.

À la 29e minute, William Saliba s’est effondré seul sur la pelouse, rattrapé par un mal de dos chronique qu’il traînait depuis la finale de la Ligue des champions, et a cédé sa place à Maxence Lacroix. La France a tenté de réagir en seconde période par Kylian Mbappé et Rayan Cherki, sans jamais trouver la faille. Mbappé a tout de même porté son total à vingt buts en trois Coupes du monde, à égalité avec l’Argentin Lionel Messi.

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« La seule équipe qui nous a battus, c’est nous-mêmes », a déclaré Rayan Cherki dans les vestiaires d’Arlington. Kylian Mbappé, capitaine et auteur de huit buts dans cette édition, a dit sa résignation : « On s’est laissé dicter le tempo. L’Espagne a respecté son plan. » Didier Deschamps a de son côté interrogé la désignation de l’arbitre : « Est-ce que l’arbitre avait le niveau pour arbitrer une demi-finale de Coupe du monde ? »

Dans quelques jours, après quatorze années à la tête des Bleus, Didier Deschamps rangera le sifflet. France Télévisions recensait, au 7 janvier 2025, 105 victoires, 34 nuls et 26 défaites sous sa direction, un bilan encore enrichi par le parcours de 2026. Un titre mondial en 2018, une Ligue des nations en 2021, une finale de Coupe du monde en 2022, une finale d’Euro en 2016. Deschamps quitte le banc avec un palmarès que ses successeurs peineront à approcher.

« Oui, je connais son nom »

En mars 2026, le journaliste Fabrizio Romano a fait état d’un accord verbal entre Zinédine Zidane et la Fédération française de football (FFF) pour succéder à Didier Deschamps après le Mondial. Le Parisien et le quotidien espagnol AS ont confirmé l’information de façon indépendante. Romano a précisé qu’aucun contrat n’était encore signé, mais que Zidane restait attendu comme prochain sélectionneur une fois la compétition terminée. Aucun élément public n’a démenti ce scénario depuis.

Interrogé par Le Figaro, le président de la FFF Philippe Diallo a répondu par une formule devenue célèbre dans le football français : « Oui, je connais son nom. » Il a fixé l’annonce officielle autour du 19 juillet 2026, jour de la finale du Mondial au MetLife Stadium de New York.

Christophe Dugarry avait devancé l’officialisation. « À partir du moment où Zizou était candidat, il devenait l’élu. Tout simplement », a déclaré l’ancien international, ami de longue date de Zidane, sur RMC Sport en octobre 2025. Deschamps lui-même avait adoubé la piste dans L’Équipe en février 2025 : « Zizou est un très bon candidat, naturel et j’ajouterai attendu. » Les entraîneurs de Ligue 1 Franck Haise et Antoine Kombouaré avaient tenu des propos convergents sur l’évidence de sa nomination en 2026.

Cinq ans à dire non à l’Europe entière

Zidane a quitté le Real Madrid pour la deuxième fois en mai 2021, à 48 ans ; il en a 53 aujourd’hui. Le Paris Saint-Germain, la Juventus Turin, Manchester United, le Bayern Munich et les fédérations brésilienne et portugaise ont, depuis, sollicité son entourage. Il a décliné chaque offre.

Zidane a durci son discours au fil de ses sorties publiques. « J’ai envie de boucler la boucle avec l’équipe de France. Si l’opportunité se présente, alors je serai là », déclarait-il à L’Équipe en juin 2022. En mai 2025, lors d’un événement Adidas à Paris, il est allé plus loin : « Je me sens légitime en équipe de France, où j’ai joué et passé pratiquement 12, 13 ou 14 ans comme joueur. C’est un rêve, j’ai hâte. » Au Festival dello Sport, en Italie, en octobre 2025, il a été plus direct encore : « L’un de mes objectifs est d’entraîner l’équipe de France. On verra bien. »

Le palmarès qu’on oublie derrière le joueur

Zidane a dirigé le Real Madrid au cours de deux mandats. Lors du premier, entre janvier 2016 et mai 2018, il a remporté 104 de ses 149 matches, soit 70 % de réussite, avec 71 % de succès en championnat d’Espagne et 66 % en Ligue des champions. Il a ajouté 131 rencontres lors du second, entre mars 2019 et mai 2021. Il totalise 280 matches, 183 victoires, 60 nuls et 37 défaites.

Aucun autre entraîneur n’a remporté trois Ligues des champions de suite. Zidane l’a fait en 2016, 2017 et 2018, sans être éliminé de l’épreuve durant son premier mandat. Son palmarès de technicien compte dix-huit titres, dont trois de ces Coupes d’Europe, trois Coupes du monde des clubs et le championnat d’Espagne 2017.

Zidane a aussi tenu un vestiaire réunissant Cristiano Ronaldo, Sergio Ramos, Gareth Bale et Luka Modrić, et en a maintenu la cohésion trois saisons durant, dans les matches à élimination directe de la Ligue des champions. Beaucoup y ont vu, autant que dans les trophées, la preuve qu’il était l’homme du poste.

Les trois angles morts d’une nomination

Zidane n’a plus dirigé d’équipe depuis mai 2021. Le jeu a évolué depuis, avec un pressing plus intense et un recours croissant aux statistiques dans la préparation des matches. « Cinq ans sans diriger une équipe, c’est une éternité dans le football », écrivait Le Point en novembre 2025. Un sélectionneur n’entraîne toutefois pas au quotidien : il ne réunit ses joueurs que quelques jours par mois, pour les matches internationaux, un rythme allégé pour lequel Zidane s’est justement réservé en écartant les clubs.

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Zidane n’a par ailleurs jamais entraîné de sélection nationale. Ces courts rassemblements imposent une autre gestion, et les cadres y supportent mal de ne pas jouer alors qu’ils sont titulaires chaque semaine en club. Deschamps avait dirigé Monaco puis Marseille avant de prendre les Bleus en 2012 ; Zidane passera directement du Real Madrid au banc de l’équipe de France, un saut qu’il n’a encore jamais opéré.

Reste ce qu’il représente aux yeux du pays. Fils d’immigrés algériens né à Marseille, Zidane est devenu une icône nationale lors du sacre de 1998, associé au souvenir d’une France plurielle réunie sous un même maillot. Des analystes le notaient dès 2025 : quel que soit son travail sur le banc, il aura du mal à égaler le joueur au statut quasi divin qu’il a acquis. Les supporters qui l’attendent comme un sauveur pourraient être les premiers à lui reprocher de ne pas l’être.

Deschamps la rigueur, Zidane la grâce

Deschamps et Zidane ont soulevé la même Coupe du monde, le 12 juillet 1998 au Stade de France. Deschamps en était le capitaine ; il a repris les Bleus en 2012, après Laurent Blanc. Zidane, auteur de deux buts de la tête lors de la finale remportée 3-0 contre le Brésil ce soir-là, lui succédera en 2026. Les champions de 1998 se transmettent le banc de l’équipe de France.

Deschamps a bâti ses équipes sur le collectif et la solidité défensive. Zidane reste associé, dans la mémoire des supporters, au jeu porté vers l’avant et à la créativité. La critique la plus récurrente de l’ère Deschamps visait le manque de spectacle proposé par les Bleus en dehors des grands tournois. Ses supporters attendent de Zidane une équipe plus offensive ; il devra trouver son style sans sacrifier l’efficacité, la seule qui fait gagner les titres.

L’Italie, à Saint-Denis, vingt ans après Berlin

Les Bleus disputeront d’abord le match pour la troisième place, le 18 juillet à Miami, face au perdant de l’autre demi-finale. Zidane, lui, prendra ses fonctions en septembre 2026, avec quatre matches en deux semaines dans la Ligue des nations, la compétition entre sélections européennes. La France affrontera la Turquie à Bordeaux le 25 septembre, la Belgique trois jours plus tard, recevra l’Italie au Stade de France le 2 octobre, puis retrouvera la Belgique le 5.

Zidane retrouvera l’Italie à domicile, la nation contre laquelle il avait mis fin à sa carrière de joueur, exclu de la finale du Mondial 2006 à Berlin après un coup de tête sur Marco Materazzi. Vingt ans plus tard, il l’affrontera de nouveau, cette fois depuis le banc. Ces quatre rencontres pèseront sur le tirage au sort des qualifications de l’Euro 2028, organisé au Royaume-Uni et en Irlande : de bons résultats placeraient la France parmi les équipes favorisées, et lui éviteraient les adversaires les plus relevés d’entrée. Ce sera le premier grand rendez-vous de son mandat.



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