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Hakimi : le silence honteux des médias et des féministes

Renvoyé en procès pour viol par trois magistrats, Hakimi joue le Mondial. Personne ne pose la question. Ce silence a des responsables.

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Trois magistrats ont renvoyé Achraf Hakimi en procès pour viol. Pourtant, les rédactions sportives ont continué de couvrir ses matchs comme si de rien n’était. Les collectifs féministes se sont tus. Les chaînes de télévision ont retransmis ses matchs du Mondial sans une question. Chacun, séparément, a trouvé une bonne raison de ne rien dire. Pourquoi ?

Le lendemain matin, tout le monde jouait le jeu

Le 19 juin 2026 au soir, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles a confirmé le renvoi d’Achraf Hakimi devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine. Troisième décision judiciaire en trois ans dans le même sens : les charges sont suffisantes pour que le défenseur du PSG soit jugé pour viol. La cour criminelle départementale est la juridiction qui juge les crimes les plus graves du droit français, ceux pour lesquels le code pénal prévoit entre quinze et vingt ans de réclusion.

Quelques heures après la décision, Hakimi entrait en jeu au Gillette Stadium de Boston, titulaire et capitaine du Maroc contre l’Écosse. Le sélectionneur Mohamed Ouahbi a déclaré en conférence de presse : « C’est le meilleur arrière droit au monde, et il le prouvera lors de ce tournoi. Il est très serein. » La décision de la cour d’appel n’a pas figuré dans son propos. Aucun journaliste présent ne l’a mentionnée. Le Maroc a gagné 1-0. Les commentateurs ont commenté.

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Ce n’est pas un oubli. C’est le fonctionnement ordinaire d’un système de protection qui n’a pas besoin de se concerter pour opérer.

Les rédactions sportives ferment les yeux

Fabien Touati, journaliste à L’Équipe qui couvre les violences sexuelles dans le football depuis plusieurs années, a décrit ce qu’il observe dans les rédactions : « Le foot, c’est le rêve et les paillettes, pas les scandales. À chaque fois on me disait : on savait, tout le monde était au courant, mais tout le monde fermait les yeux. » Dans les rédactions, le dossier circule des journalistes sportifs vers les généralistes, et retour. Personne ne s’en empare. La responsabilité se dilue jusqu’à disparaître.

Le 4 mars 2026, les journalistes Mejdaline Mhiri et Clothilde Le Coz publiaient La Zone d’impunité, enquête sur le traitement médiatique des violences sexistes dans le sport professionnel. Leurs conclusions documentent ce que Touati décrit : mots absents ou édulcorés, parole systématiquement accordée à l’accusé, formulations qui minimisent la gravité des faits. Ces choix rédactionnels ont des effets mesurables. Lors d’une intervention dans une classe après l’affaire Hakimi, Mejdaline Mhiri a rapporté les réactions des élèves : « Tous m’ont dit : mais il n’a rien fait, elle fait ça pour l’argent ! » Elle a ajouté que ces réactions étaient « une conséquence directe du vocabulaire utilisé dans certains articles ». Ces adolescents n’ont pas inventé cette conviction. Les rédactions sportives la leur ont transmise.

Les clubs et les instances : personne ne bouge

Le 25 février 2026, des ultras du Parc des Princes déployaient une banderole « Achraf total soutien » dans l’enceinte du PSG. Le club n’a pas sanctionné. N’a pas communiqué. La Fédération royale marocaine de football a maintenu Hakimi capitaine pour le Mondial sans que cette décision ne suscite la moindre question publique de la FIFA ou de l’UEFA.

Me Rachel-Flore Pardo, avocate de la plaignante, a déclaré que « porter plainte pour des faits de viol contre une personne influente est une lourde épreuve » et que la lutte contre les violences sexuelles « n’a pas encore trouvé sa place dans le football masculin ». Aucune instance du football professionnel n’a jugé utile d’en tenir compte. Le silence des clubs et des fédérations n’est pas une position neutre. C’est un choix.

Les féministes choisissent de ne pas voir

La réaction des milieux féministes à trois années de procédure judiciaire contre le capitaine du Maroc tient en un communiqué. En février 2026, après la banderole des ultras, Céline Piqués, porte-parole d’Osez le féminisme, a dénoncé « une complaisance vis-à-vis des personnalités accusées de viol ». Me Rachel-Flore Pardo a qualifié le geste d’« insulte aux victimes de viol ». Deux déclarations. Aucun rassemblement devant le Parc des Princes. Aucune pétition. Aucune interpellation de la FIFA. Pour Depardieu, en décembre 2023, une contre-tribune réunissait 8 000 signatures en quarante-huit heures et des rassemblements s’organisaient dans trente villes françaises. Pour Hakimi, renvoyé en procès par trois juges successifs : un communiqué.

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Le raisonnement tenu en privé dans ces milieux est connu. Une partie des féministes français, notamment ceux qui défendent ce qu’on appelle le féminisme intersectionnel, c’est-à-dire une approche attentive aux discriminations croisées de genre et d’origine, perçoit toute mise en cause véhémente d’Hakimi comme susceptible d’être récupérée par l’extrême droite ou assimilée à de l’islamophobie. Cette crainte n’est pas sans histoire : dans les années 2000, des affaires de viols collectifs commis dans des cités avaient été surexposées dans les médias d’une façon qui ciblait les auteurs en raison de leur origine, avant d’être récupérées par des courants identitaires. CNews a effectivement relayé des militants identitaires selon qui « au nom de la non-islamophobie, on accepte des choses inacceptables », confirmant que la récupération redoutée a bien eu lieu.

Mais ce calcul produit l’inverse de ce qu’il prétend éviter. Laisser l’extrême droite décider, par la seule menace de la récupération, quelles victimes méritent d’être défendues publiquement, c’est lui accorder un droit de veto que personne ne lui a voté. Le féminisme intersectionnel a été construit pour articuler les oppressions, pas pour en effacer une au nom d’une autre. Se taire sur les violences alléguées contre Hakimi pour ne pas donner prise à l’islamophobie, c’est reproduire envers cette plaignante le mécanisme que le féminisme combat partout ailleurs : décider que certaines victimes comptent moins que d’autres. Le faire discrètement, sans l’assumer, est plus grave encore : cela prive la victime même de la visibilité d’un débat.

Une impunité sans coupable déclaré

Personne n’a signé un pacte de protection autour d’Achraf Hakimi. Chacun a fait son choix séparément, pour sa propre raison. Aucun de ces choix n’est scandaleux pris isolément. Additionnés, ils le deviennent. Me Rachel-Flore Pardo a indiqué que dans le football masculin, les violences sexuelles sont « souvent minimisées, considérées comme des manigances ». Trois juges ont estimé le contraire. La plaignante attend le printemps 2027. Elle attend seule. Des acteurs identifiés, par leurs actes et par leurs silences, ont choisi de lui laisser cet espace vide.



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