La France compte 8 500 pédiatres actifs, 22e rang sur 31 pays de l’OCDE. Avec 88 400 euros de revenu moyen en libéral, la spécialité peine à attirer — et les revalorisations 2026 ne comblent pas l’écart.
88 400 euros par an. C’est le revenu moyen d’activité d’un pédiatre libéral en France, selon l’étude publiée par la DREES le 20 décembre 2024. La pédiatrie ferme le classement des spécialités médicales, derrière la rhumatologie (92 200 euros), la psychiatrie (92 800 euros), et loin derrière l’anesthésie-réanimation (191 700 euros), la radiologie (212 700 euros) ou la médecine nucléaire (283 300 euros). En tête, les radiothérapeutes atteignent 417 500 euros.
Les données de la CARMF affinent ce tableau par secteur de conventionnement. Un pédiatre libéral en secteur 1, celui des tarifs opposables sans dépassement, déclarait un bénéfice non commercial moyen de 67 578 euros. En secteur 2, où les dépassements d’honoraires sont autorisés, la moyenne montait à 83 636 euros. Sur les 2 578 pédiatres libéraux recensés par la CARMF cette année-là, environ 50% exerçaient en secteur 1 et 30% en secteur 2 Optam. Ces revenus bruts ne tiennent pas compte des charges professionnelles ni des cotisations sociales personnelles, qui absorbent ensemble entre 40 et 50% du bénéfice déclaré.
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À l’hôpital, un plafond à 28 ans de carrière
Dans la fonction publique hospitalière, un pédiatre perçoit la même rémunération qu’un cardiologue ou qu’un chirurgien au même échelon : la spécialité n’entre pas dans le calcul. La grille des praticiens hospitaliers titulaires fixe le salaire brut mensuel à 4 633 euros à l’échelon 1, 5 179 euros à l’échelon 3 et 5 547 euros à l’échelon 4. La progression s’étale sur 13 échelons et 28 ans de carrière, pour atteindre 112 416 euros brut annuels au dernier échelon.
À ce traitement de base s’ajoutent des indemnités substantielles. La MACSF recense notamment l’indemnité d’engagement de service public exclusif (IESPE) à 1 010 euros brut par mois, versée aux praticiens qui s’engagent à ne pas exercer d’activité libérale, ainsi qu’une indemnité de garde sur place à 335,60 euros par nuit ou week-end. Un pédiatre hospitalier effectuant cinq à huit gardes mensuelles peut ainsi percevoir entre 1 000 et 2 500 euros supplémentaires par mois. Pour les spécialités en tension comme la pédiatrie, la prime d’engagement de carrière hospitalière (PECH) peut atteindre 30 000 euros, versée en deux fois.
Paris paye moins que la Corse
Les données HelloWork compilées sur les offres d’emploi 2025-2026 font apparaître un classement régional inattendu. La Corse affiche la médiane mensuelle brute la plus élevée, à 9 608 euros, suivie de l’Outre-Mer (8 902 euros) et des Pays de la Loire (8 125 euros). L’Île-de-France, avec 5 625 euros par mois, occupe la dernière position.
En Île-de-France, les offres pédiatriques sont majoritairement des postes hospitaliers publics, dont la rémunération est fixée par la grille nationale. Dans les zones sous-dotées, les postes intègrent des primes territoriales et des indemnités de recrutement que la grille nationale ne prévoit pas. La DREES notait dès 2003 que les honoraires des pédiatres libéraux sont inférieurs à la moyenne dans les unités urbaines de 5 000 à 9 999 habitants, là où les densités de professionnels sont les plus faibles. En 2025, les ARS d’Île-de-France ont identifié de nouvelles zones d’intervention prioritaire dans des territoires ruraux ou défavorisés où aucune nouvelle installation n’est intervenue depuis plusieurs années.
8 500 pédiatres pour soigner les enfants de France
La France ne compte que 8 500 médecins pédiatres actifs, selon le chiffre cité dans une question écrite déposée en mars 2025 à l’Assemblée nationale par le député de Loire-Atlantique Jean-Michel Brard, ce qui place le pays au 22e rang sur 31 pays de l’OCDE. La source DREES, au 1er janvier 2023, recensait plus précisément 8 740 pédiatres salariés et libéraux confondus. En 2021, on dénombrait 139 cessations d’activité de pédiatres, contre 115 en 2011, soit une hausse de 21% en dix ans. L’âge moyen de départ à la retraite des pédiatres libéraux s’établissait à 68,4 ans en 2021, contre 67,4 ans dix ans plus tôt.
La DREES a comptabilisé 237 200 médecins en activité en France au 1er janvier 2025, soit une hausse de 1,6% en un an. Mais cette progression globale masque une situation plus contrastée pour la pédiatrie : sur les dix dernières années, le nombre de pédiatres libéraux a baissé de 1,8%. La féminisation de la profession aggrave encore les chiffres de revenus. Les femmes représentent environ la moitié des pédiatres en exercice. Or, selon la DREES, le revenu moyen des femmes médecins libérales s’établissait à 90 000 euros en 2021, contre 148 000 euros pour leurs homologues masculins, soit un écart de 39%. La DREES attribue cet écart à une concentration des femmes dans les spécialités moins rémunératrices, à une proportion plus élevée de temps partiels et à une moindre présence en secteur 2.
340 millions d’euros et une nouvelle consultation
Au 1er janvier 2026, la convention médicale 2024-2029 a introduit plusieurs revalorisations tarifaires pour la pédiatrie, dans le cadre d’une enveloppe de 340 millions d’euros couvrant huit spécialités cliniques. La consultation de base pour les enfants de moins de 2 ans (CEH) passe de 39 à 40 euros. Les examens obligatoires sans certificat pour les moins de 2 ans (COH) passent de 45 à 50 euros. Les trois examens obligatoires avec certificat, au 8e jour, au 9e mois et au 24e mois, sont portés de 54 à 60 euros (COE).
La convention crée par ailleurs une consultation de recours à l’expertise pédiatrique (CEP), tarifée à 60 euros, réservée aux enfants de 0 à 16 ans et déclenchée sur adressage écrit d’une sage-femme, de la médecine scolaire, de la PMI, d’un orthophoniste ou d’un orthoptiste. Initialement prévues pour juillet 2025, ces revalorisations avaient été repoussées de six mois en raison d’une alerte sur la dégradation des comptes de la Sécurité sociale.
Ces hausses ne modifient pas l’équilibre économique de base. Un pédiatre libéral de secteur 1 facture ses consultations standard à 31,50 euros pour les enfants de plus de 6 ans, 35 euros de 2 à 6 ans. Selon les données CARMF 2022, les charges et cotisations sociales absorbent entre 40 et 50% du bénéfice non commercial déclaré par les pédiatres libéraux.
La sur-spécialisation comme seule voie vers le haut
Un pédiatre qui suit la grille hospitalière standard jusqu’à l’échelon 13 percevra 112 416 euros brut annuels en fin de carrière, soit environ 7 960 euros nets par mois. Avec l’IESPE et des gardes régulières, le total peut dépasser 10 000 euros brut. Dans une clinique privée à forte activité, service de néonatologie ou maternité de niveau III, la rémunération peut atteindre 10 000 à 15 000 euros brut mensuel.
Les sous-disciplines les mieux rémunérées sont la néonatologie et la réanimation néonatale, la cardiologie pédiatrique et la prise en charge des troubles neurodéveloppementaux, segment où la demande est forte et les praticiens peu nombreux. Ces niches exigent une formation supplémentaire après l’internat de pédiatrie, qui dure déjà cinq ans après les six années de médecine commune.
L’Académie nationale de médecine estimait en juin 2025 que «la pénurie de spécialistes concernait toutes les disciplines insuffisamment rémunérées par rapport à leur charge de travail», a-t-elle indiqué dans un rapport publié le même mois. En 2023, les projections DREES plaçaient la pédiatrie à 9 338 praticiens en 2030, un chiffre quasi stable, obtenu en grande partie grâce à l’intégration croissante de médecins diplômés à l’étranger. L’Allemagne, les Pays-Bas et l’Irlande rémunèrent leurs spécialistes hospitaliers entre 150 000 et 200 000 euros brut par an. Aux États-Unis, le revenu annuel moyen d’un pédiatre dépasse 237 000 dollars (environ 208 600 euros).

