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Leasing automobile : gare aux arnaques

Une enquête de l’UFC-Que Choisir expose les dérives d’un marché en plein essor : frais de restitution contestés, clauses abusives en cas de panne, angle mort réglementaire sur la LLD. Décryptage.

En 2024, 66 % des véhicules particuliers neufs immatriculés au nom de personnes physiques ont été financés via un leasing. La formule séduit par sa simplicité apparente : conduire un véhicule neuf, majoritairement un SUV, sans en devenir propriétaire, pour un loyer mensuel moyen de 350 euros sur trois ou quatre ans. Deux formules coexistent sur le marché : la location avec option d’achat (LOA) et la location longue durée (LLD), toutes deux soumises à des conditions d’usage strictes, notamment un forfait kilométrique et un niveau d’entretien défini à la signature.

Mais derrière cette façade accessible se dissimulent des mécanismes contractuels que peu de consommateurs anticipent. L’UFC-Que Choisir a publié le 1er avril une enquête fondée sur 1 285 sondés et près de 1 000 témoignages de litiges. Le constat est sévère.

Frais de restitution : un litige sur quatre, souvent injustifié

Premier poste de friction : les frais facturés à la restitution du véhicule. Un quart des locataires y sont confrontés. Parmi eux, 65 % estiment que la somme réclamée, en moyenne 1 200 euros, n’était pas justifiée. Les postes les plus fréquemment mis en cause sont les pneus et la carrosserie, deux éléments dont l’évaluation laisse une large marge d’appréciation à l’opérateur. Ce type de litige survient au moment précis où le consommateur est déjà engagé dans un nouveau contrat, ce qui réduit considérablement sa capacité de résistance.

L’enquête pointe une pratique particulièrement contestable : certains contrats maintiennent le paiement des loyers même lorsque le véhicule est immobilisé pour cause de panne. Le locataire continue de régler une mensualité pour une voiture qu’il ne peut pas utiliser.

Les situations de vie imprévues exposent les conducteurs à des difficultés comparables. Décès, maladie, arrêt de conduite lié à l’âge, perte d’emploi : dans chacun de ces cas, sortir d’un contrat de leasing « relève du parcours du combattant », résume l’UFC-Que Choisir. En cas de décès, les héritiers ou le conjoint survivant se retrouvent placés devant une alternative brutale : poursuivre les mensualités, racheter le véhicule ou faire face à une procédure de recouvrement, sans avoir été clairement informés de ces conséquences au moment de la signature.

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La LLD, angle mort de la réglementation européenne

La future directive européenne sur le crédit à la consommation, applicable en novembre 2026, va renforcer l’encadrement de la LOA. La LLD, elle, reste hors de son périmètre. Cette distinction crée un vide réglementaire que certains professionnels exploitent. « Certains orientent délibérément leurs clients vers ce produit parce qu’il est moins contraignant pour eux », relève l’association. La LLD échappe ainsi aux obligations du crédit à la consommation : pas de droit de rétractation, pas d’évaluation de solvabilité, pas d’encadrement normalisé de l’information.

Dans le cadre d’une LOA, 56 % des locataires ne lèvent pas l’option d’achat en fin de contrat, principalement parce qu’ils souhaitent changer de véhicule. Le résultat : plusieurs années de loyers versés sans constitution d’aucun patrimoine, suivies d’une nouvelle souscription qui reproduit le même cycle. L’association alerte sur ce mécanisme d’appauvrissement progressif, d’autant plus difficile à percevoir que le renouvellement régulier du véhicule est précisément ce qui attire les consommateurs vers la formule.

L’occasion, nouveau terrain d’expansion du leasing

Le phénomène ne se limite plus au neuf. Le leasing s’étend désormais aux véhicules d’occasion : 82 000 ménages avaient signé un contrat de LOA occasion en 2023 ; ils étaient 114 000 en 2024, soit une progression de 39 % en un an. L’association voit dans cette tendance un risque aggravé : les pannes étant déjà à l’origine de nombreux litiges sur des véhicules neufs, elles constitueront une source de conflits encore plus importante sur des véhicules usagés.

« Le leasing peut répondre à un besoin, mais il est aujourd’hui trop souvent construit et vendu d’une manière qui maximise l’opacité des coûts et minimise la capacité du consommateur à anticiper les risques », conclut l’UFC-Que Choisir. L’association formule quatre exigences concrètes : la création d’un droit à la résiliation sans frais en cas d’accident de la vie pour tous les contrats, LOA comme LLD ; l’instauration d’une information précontractuelle standardisée sur le coût total, les frais de restitution potentiels et le coût d’une sortie anticipée ; l’interdiction des clauses maintenant les loyers en cas d’immobilisation du véhicule ; enfin, l’extension à la LLD des protections du crédit à la consommation, droit de rétractation, évaluation de solvabilité et encadrement de la publicité compris.

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