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Combien gagne Jean-Luc Mélenchon ?

Il percevrait chaque mois une pension de retraite estimée entre 6 000 et 7 000 euros nets, issue de trois régimes parlementaires distincts. Celui qui défend une retraite minimum au SMIC n’a jamais rendu publics ses propres montants.

Le 27 mars 2022, sur le plateau de TF1, Jean-Luc Mélenchon déclare percevoir « 4 000 euros par mois » comme député. L’AFP a vérifié : ce chiffre correspond bien à son indemnité nette, mais après prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu. Avant impôt, l’indemnité nette s’établissait à 5 679,71 euros mensuels, soit 1 679 euros de plus que la somme annoncée. La déclaration n’est pas fausse. Elle omet simplement la moitié du tableau.

Quelques semaines plus tôt, dans le même cycle de campagne, Mélenchon proposait de fixer la retraite minimum à 1 400 euros nets, le montant du SMIC à l’époque. L’écart entre les deux chiffres, le sien et celui qu’il promet aux autres, serait de 4 279 euros par mois.

Sénat, Bruxelles, Palais-Bourbon

Jean-Luc Mélenchon a exercé des mandats publics de manière quasi ininterrompue pendant trente-six ans. Sénateur de l’Essonne à partir du 28 septembre 1986, il quitte le Sénat le 27 avril 2000 pour entrer au gouvernement Jospin comme ministre délégué à l’Enseignement professionnel. Il y retourne en septembre 2004, jusqu’au 7 janvier 2010, soit dix-neuf ans cumulés. Eurodéputé du 14 juillet 2009 au 18 juin 2017, puis député des Bouches-du-Rhône du 21 juin 2017 au 19 juin 2022 : chacun de ces mandats a alimenté une caisse de retraite distincte.

La caisse autonome du Sénat gère les pensions des anciens sénateurs depuis 1905. Celle du Parlement européen verse 3,5 % du salaire de référence par année de mandat accomplie, à partir de 63 ans. L’Assemblée nationale, dont le régime a été aligné sur la fonction publique en 2018, ouvre un troisième droit. Le cumul de ces trois pensions est légal. Il n’est soumis à aucun plafond. Aucune des trois caisses ne publie les montants individuels versés.

Sur la base des barèmes officiels de chaque régime, des spécialistes de la retraite parlementaire estiment que la pension totale de Mélenchon s’établirait entre 6 000 et 7 000 euros nets mensuels. Le chiffre de 8 500 euros, régulièrement cité sur les réseaux sociaux, ne serait adossé à aucune source vérifiable. La liquidation officielle de ses droits n’aurait jamais été confirmée publiquement par l’intéressé.

Trente ans à ce tarif

Avant d’en arriver là, Jean-Luc Mélenchon a perçu, pendant trois décennies, des rémunérations très supérieures à la moyenne nationale. Au Sénat, son indemnité nette avoisinait 5 500 euros mensuels, auxquels s’ajoutait l’indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) : 6 109,89 euros nets par mois, versés sans obligation de justificatif à l’époque. Au Parlement européen, où il a siégé huit ans, sa rémunération nette atteignait environ 6 200 euros mensuels, plus 4 300 euros d’indemnités diverses. Il l’a lui-même dit lors d’une déclaration publique en 2017 : « J’épargne beaucoup parce que je suis très bien payé au Parlement européen. »

À l’Assemblée nationale, au barème désormais en vigueur, l’indemnité brute d’un député s’établit à 7 637,39 euros mensuels, soit 5 953,34 euros nets avant impôt. À ces indemnités s’ajoutaient, durant son mandat de député, une avance de frais de mandat de 6 353 euros par mois, une dotation matérielle de 18 950 euros par an, une carte SNCF en première classe, un pass Navigo, un accès à des voitures avec chauffeur et un budget collaborateurs plafonné à 11 118 euros mensuels. Ce dernier poste ne constitue pas un revenu personnel, mais il porte le package total mensuel disponible, indemnité, frais de mandat et budget assistants, à plus de 25 000 euros.

Sa déclaration de patrimoine auprès de la HATVP en 2017 faisait état d’un actif net de 965 000 euros. En 2022, il atteignait 1,37 million d’euros, dont un appartement de 110 m² dans le 10e arrondissement de Paris, acquis le 24 avril 2014 pour 800 000 euros et estimé à 1,2 million cinq ans plus tard.

La maison de Massy

En 1997, Jean-Luc Mélenchon achète une maison de ville à Massy, dans l’Essonne, pour environ 80 000 euros (400 000 francs), qu’il utilise comme permanence parlementaire. En 2011, il la revend 262 409 euros, soit une plus-value de 182 409 euros. Capital a documenté l’hypothèse selon laquelle l’achat aurait pu être financé via son IRFM sénatoriale, alors versée sans contrôle ni justificatif. Mélenchon a démenti : « Cash, sans un centime d’IRFM », a-t-il déclaré. La distinction est impossible à établir a posteriori : à l’époque, l’utilisation de cette indemnité forfaitaire n’aurait pu être tracée par personne. La mandataire financière de sa campagne présidentielle de 2012 a indiqué que le produit de la vente avait servi à financer cette campagne. L’opération était légale.

3,9 fois la pension moyenne nationale

Le salaire médian français s’établit à 2 190 euros nets mensuels en 2024, selon l’INSEE. La pension moyenne des retraités français atteignait 1 541 euros par mois fin 2023, selon la DREES. La fourchette basse de la pension estimée de Mélenchon, 6 000 euros, représenterait 3,9 fois ce montant moyen.

Son programme pour la présidentielle 2025 prévoyait de porter la retraite minimum à 1 600 euros nets mensuels et de rétablir le départ à 60 ans pour 40 années de cotisation. La réforme des retraites de 2023, qu’il a combattue, a par ailleurs conduit la caisse autonome du Sénat à réduire volontairement de 20 % les pensions futures de ses ressortissants. Cette mesure est non rétroactive : elle ne concerne pas les droits acquis avant le renouvellement sénatorial de septembre 2023. Mélenchon ayant quitté le Sénat en janvier 2010, ses droits constitués sous l’ancien régime restent intacts.

Régimes spéciaux pour tous, sauf pour les parlementaires

En 2024, les cotisations des anciens sénateurs ne couvraient que 35 % des 110,7 millions d’euros versés annuellement à leurs pensionnés. Le reste provenait des placements financiers du Sénat, dont l’actif atteignait 1,8 milliard d’euros selon une enquête du Monde de novembre 2025. Ce financement ne pèse pas directement sur le budget de l’État, mais repose sur une capitalisation accumulée sur fonds publics.

Le cumul de pensions issues de plusieurs mandats parlementaires est légal. Une proposition de loi pour l’interdire a été déposée en 2015. Elle n’a jamais été mise à l’ordre du jour. Depuis la réforme de 2018, les nouveaux députés cotisent dans le régime général, mais les droits acquis avant cette date restent soumis aux anciennes règles. Jean-Luc Mélenchon a exercé la quasi-totalité de sa carrière sous ces règles antérieures. Aucune obligation légale ne lui impose de rendre publics les montants qu’il perçoit aujourd’hui.

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