L’absentéisme au travail a progressé de 5 % en un an et dépasse de 50 % son niveau de 2019. Face à des arrêts maladie jugés abusifs, un nombre croissant d’entreprises recourent désormais à des contre-visites administratives réalisées par des commissaires de justice à domicile.
Le taux d’absentéisme atteint aujourd’hui 4,8 % dans les entreprises françaises. Chaque salarié absent coûte en moyenne 800 euros par an à son employeur, entre le complément de salaire à verser et les frais de remplacement. Depuis le 1er avril 2025, la charge s’est alourdie : la Sécurité Sociale ayant réduit le montant des indemnités versées aux salariés en arrêt maladie, les entreprises doivent désormais compenser davantage.
Le commissaire de justice comme outil de contrôle
Pour débusquer les arrêts de complaisance, certains employeurs font appel à un commissaire de justice — anciennement dénommé huissier — chargé de se rendre au domicile du salarié aux heures de présence obligatoire : entre 9h et 11h, et entre 14h et 16h. Même lorsque le médecin autorise le salarié à sortir, celui-ci doit indiquer à son employeur un lieu et des horaires où le contrôle pourra s’effectuer. À l’issue de la visite, l’officier assermenté remet un courrier au salarié présent, ou le dépose en boîte aux lettres en cas d’absence, et adresse un compte-rendu à l’employeur.
Deux absences constatées sur trois
Dans 70 % des cas, le salarié est absent lors de la contre-visite administrative. L’employeur peut alors suspendre le versement du complément de salaire et adresser un signalement à la Sécurité Sociale. Ce signalement n’oblige toutefois pas l’organisme à diligenter un contrôle médical, ni à répondre à l’employeur. C’est moins la économie réalisée que la portée symbolique de la démarche qui motive les entreprises y ayant recours, selon Maxime Thomas, responsable du pôle Accidents du travail/maladies professionnelles au sein du cabinet Spartes et fondateur de la plateforme contrevisiteenligne.com : « C’est surtout cette deuxième mesure, à forte portée symbolique, qui peut motiver les employeurs face à des salariés abusant manifestement des arrêts de travail. »
Un recours ultime, non une méthode de management
L’envoi d’un commissaire de justice intervient en dernier ressort, après l’échec d’un dialogue direct avec le salarié et d’une demande de contre-visite médicale auprès de la Sécurité Sociale. « Faire appel à un commissaire de justice doit rester un acte exceptionnel, et ne peut devenir une méthode de management », précise Maxime Thomas. La démarche doit selon lui s’accompagner d’une communication interne rappelant les droits et devoirs en matière d’arrêts maladie, ainsi que d’une réflexion sur la responsabilité des collaborateurs et des managers. La plateforme contrevisiteenligne.com enregistre une forte progression des demandes depuis plusieurs mois.

