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Picard, le moment de vérité

Picard détrône Decathlon au classement OC&C et s’impose comme champion du surgelé, mais doit arbitrer entre prix, croissance du réseau et impératifs climatiques.

En 2026, Picard prend la tête du classement OC&C des enseignes préférées des Français, devant Decathlon, après une enquête menée auprès de plus de 39 000 consommateurs dans huit pays. La chaîne de surgelés, qui a réalisé 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires sur son exercice 2024 clos le 31 mars, vise désormais 2 milliards d’euros de ventes et un million de clients fidèles supplémentaires d’ici fin 2026.

Un leader sous tension

Picard prend la première place du classement 2026 d’OC&C Strategy Consultants consacré aux enseignes préférées des Français. L’enseigne de surgelés passe devant Decathlon, qui occupait jusque‑là la tête de ce palmarès lors des trois dernières éditions.

Le groupe a bouclé son exercice 2024, clos le 31 mars, avec 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 5% sur un an. Ce niveau de ventes sert de base au plan présenté par la direction, qui vise environ 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2026.

Cécile Guillou, arrivée à la présidence de Picard en octobre 2023, a fixé comme objectif de gagner un million de clients fidèles supplémentaires d’ici fin 2026, en plus d’une base d’environ sept millions de clients réguliers. « Notre ambition est de recruter un million de nouveaux clients fidèles d’ici fin 2026 », a déclaré la dirigeante dans un entretien publié en décembre 2025.

Le réseau compte plus de 1 200 magasins en France. À la fin du premier trimestre 2026, il totalisait précisément 1 232 points de vente, dont environ 8% exploités en franchise, avec 40 ouvertures prévues sur l’année, dont une douzaine sous ce format.

Dans les habitudes des Français

L’étude OC&C 2026 retient Picard pour la qualité de la relation entretenue avec ses clients, relation qui ne repose pas seulement sur le prix ou la praticité. Les commentaires associés au classement mettent en avant la confiance, la régularité de l’expérience d’achat et l’attachement des consommateurs.

Picard occupe une place particulière dans les courses du quotidien comme dans les achats de fêtes. L’enseigne propose plus de 1 200 références, des légumes bruts aux plats cuisinés, en passant par les desserts et les produits saisonniers.

Dans un entretien consacré au marketing produit, Delphine Alazard‑Courtier, directrice marketing produits, R&D et qualité, indique que Picard compte près de 12 millions de clients sur une année en France. Ce chiffre renvoie à la clientèle annuelle au sens large et ne se confond pas avec le socle des sept millions de clients fidèles mis en avant par la direction.

La même responsable précise que l’enseigne lance environ 250 à 260 nouveautés par an. Cette cadence permet de renouveler l’offre au fil des saisons et des usages, qu’il s’agisse des repas du quotidien, des apéritifs ou des fêtes de fin d’année.

Une histoire longue, plusieurs vies

L’entreprise naît en 1906 sous le nom des Glacières de Fontainebleau, avec une activité centrée sur la fabrication de pains de glace destinés à la conservation des aliments. Elle est reprise en 1920 par un entrepreneur nommé Picard, puis dirigée à partir de 1962 par Raymond Picard, qui renomme la société Établissements Picard.

Au cours des années 1960, la société se tourne vers la vente de congélateurs et de produits surgelés aux particuliers. Le rachat de l’entreprise par Armand Decelle en 1973 ouvre une nouvelle séquence, avec le développement de la vente par correspondance de produits surgelés livrés à domicile.

Le premier magasin spécialisé Picard ouvre le 15 mai 1974, rue de Rome à Paris. Le concept est ensuite déployé à Melun en 1976 puis à Fontainebleau en 1978, à partir du berceau seine‑et‑marnais de la société.

À partir des années 1990, l’enseigne élargit son assortiment avec davantage de plats cuisinés et des gammes à plus forte valeur ajoutée, dont des produits bio à partir de 1998. Cette montée en gamme s’accompagne, dans les années 2000 et 2010, de plusieurs changements d’actionnaires, avec Lion Capital puis Aryzta.

En 2020, le family office de Moez‑Alexandre Zouari entre au capital. En 2024, cet investisseur du commerce de proximité rachète la totalité du groupe et prend 100% du capital de Picard.

Le cap fixé depuis 2023

Cécile Guillou prend la tête de Picard à l’automne 2023 après avoir dirigé Franprix. Sa nomination intervient à un moment où le marché des surgelés sort de la poussée observée pendant la crise sanitaire et retrouve une progression plus modérée.

Le cap présenté par la direction combine hausse du chiffre d’affaires, élargissement de la clientèle fidèle et poursuite du maillage territorial. Dans un entretien publié fin 2025, Cécile Guillou indique que Picard a déjà gagné 724 000 nouveaux clients réguliers en deux ans.

La franchise prend une place plus visible dans cette stratégie d’expansion. Au premier trimestre 2026, Picard comptait 1 232 magasins, dont 8% en franchise, et prévoyait 40 ouvertures sur l’année, dont une douzaine sous ce modèle.

L’ambition de proximité est assumée par la direction. La marque formule le projet d’être à terme à moins de quinze minutes de chaque Français, ce qui relève d’un objectif de couverture plus que d’un indicateur déjà atteint.

« Nous voulons intégrer Picard dans le quotidien des personnes, en multipliant les occasions de consommation », a déclaré Cécile Guillou. Cette ligne vise à augmenter la fréquence de visite et le panier moyen sans modifier en profondeur le positionnement de l’enseigne.

L’offre comme moteur

Une analyse publiée en 2026 décrit la stratégie de Picard autour de trois leviers : innovation produit, segmentation fine des usages et expérience d’achat omnicanale. L’enseigne met sur le marché environ 250 nouveautés par an, un volume cohérent avec les chiffres donnés par sa direction marketing.

Les références végétales, bio et inspirées de cuisines étrangères occupent une place croissante dans les rayons. La marque travaille aussi des formats adaptés à des séquences précises de consommation : déjeuner rapide, repas familial, dîner de fête ou apéritif à partager.

En 2025, Picard aurait recruté environ 600 000 nouveaux clients au premier semestre selon une analyse marketing. Cette donnée doit être distinguée du chiffre de 724 000 nouveaux clients réguliers communiqué ensuite par la présidente.

La communication commerciale récente insiste sur le « bon au juste prix ». Cette ligne répond à une contrainte nette du marché alimentaire depuis 2022 : les ménages arbitrent davantage leurs achats et comparent plus fortement les prix.

Un marché plus serré

Le marché français des surgelés est évalué autour de 9 milliards d’euros. Avec 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires, Picard reste de loin le premier acteur spécialisé du secteur en France.

Maison Thiriet a réalisé environ 840 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024. Cet écart permet de conclure à un leadership net de Picard parmi les spécialistes, sans avancer de parts de marché exactes lorsqu’elles ne sont pas publiées comme données officielles.

Pendant la crise sanitaire, les surgelés ont profité d’un surcroît de consommation lié au stockage domestique et à la recherche de praticité. Après cette séquence, le marché a continué à progresser en valeur sous l’effet de l’inflation, alors que certains volumes ralentissaient.

Les études sectorielles évoquent une hausse moyenne des prix des surgelés d’environ 15% entre 2023 et 2025. Cette évolution a favorisé les arbitrages vers les marques de distributeur et vers des circuits à prix plus bas.

Picard conserve un avantage d’image et de notoriété, mais l’enseigne doit ajuster ses formats, ses promotions et ses promesses de valeur face à la pression des hypers, des supermarchés, des autres spécialistes et des acteurs de la livraison.

Le numérique comme relais

En juin 2021, Picard annonce avec Accenture Interactive la mise en place d’une nouvelle plateforme e‑commerce fondée sur Salesforce Commerce Cloud. L’objectif affiché est d’unifier l’expérience entre magasins, livraison et click & collect.

La nouvelle application mobile, relancée la même année, doit faciliter les commandes, la consultation du catalogue et la relation client. En 2023, plusieurs observateurs estiment que la stratégie digitale de Picard produit des résultats tangibles, avec la fusion des équipes e‑commerce et marketing ainsi que l’extension rapide de la livraison à domicile.

Cette évolution répond à un changement précis des habitudes d’achat. Picard n’est plus seulement en concurrence avec des rayons surgelés de grande surface, mais aussi avec des acteurs du quick commerce et de la livraison de repas qui occupent le même terrain de la commodité.

Le numérique doit aussi permettre de mieux exploiter la donnée client issue du programme de fidélité et des commandes en ligne. Le groupe cherche ainsi à personnaliser les offres, à augmenter la fréquence d’achat et à mieux répartir les ventes entre magasins et canaux digitaux.

La RSE sous contrôle public

Le rapport RSE 2023 de Picard rappelle que la congélation permet de limiter le gaspillage alimentaire en allongeant la durée de conservation des produits. Le même document reconnaît que la chaîne du froid, les emballages et la logistique concentrent une part importante de l’impact environnemental de l’entreprise.

Sur les emballages, Picard expose plusieurs chantiers en cours. Certaines barquettes plastiques sont progressivement remplacées par du carton pour les plats cuisinés, tandis que certains sachets de légumes intègrent 50% de plastique biosourcé.

Le rapport RSE 2023 mentionne aussi un projet de transformation de coproduits de carottes en polymère biodégradable de type PHB, destiné à des emballages alimentaires. Le document détaille également les efforts menés sur la réduction des invendus et leur valorisation, notamment via les dons.

Les équipements frigorifiques des magasins et des entrepôts font l’objet de programmes de modernisation pour réduire la consommation énergétique. La logistique du dernier kilomètre est également visée par des actions d’optimisation liées à la livraison à domicile.

Ces engagements restent observés de près. Une pétition lancée en 2024 sur les emballages écologiques reproche à Picard de ne pas aller assez vite sur la réduction du plastique à usage unique.

Une avance à défendre

Le classement OC&C 2026 place Picard en tête, mais d’autres baromètres publiés la même année donnent encore Action, Leroy Merlin ou Decathlon en première position selon des méthodologies différentes. Cette coexistence de classements rappelle que la préférence des consommateurs varie selon les panels, les critères retenus et les secteurs couverts.

Pour Picard, les arbitrages des prochains mois sont clairement identifiés : maintenir une image de qualité dans un marché sensible aux prix, ouvrir de nouveaux magasins sans saturer le territoire, développer la livraison sans alourdir excessivement les coûts, et accélérer la transition environnementale dans un métier dépendant du froid.

Le groupe aborde cette phase avec des indicateurs favorables : 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires, 1 232 magasins au premier trimestre 2026 et un objectif de 2 milliards d’euros à court terme. Il aborde aussi cette phase avec une contrainte simple : conserver l’attachement d’une clientèle large tout en changeant d’échelle sur le digital, la franchise et la RSE.

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