JO d’hiver 2030 : Nice perd hockey, patinage, curling et cérémonies au profit de Lyon. Le blocage d’Éric Ciotti sur l’Allianz Riviera aura tout emporté.
Le verdict est tombé un vendredi soir, sans appel. Deux mois après son entrée à l’hôtel de ville de Nice, Éric Ciotti a provoqué ce que ses adversaires redoutaient depuis le soir de son élection : les épreuves de glace quittent la Côte d’Azur, toutes, y compris les cérémonies olympiques, emportant avec elles plusieurs années de travail collectif. Renaud Muselier a terminé la journée les larmes aux yeux.
Lyon prend tout
Le vendredi 29 mai 2026 au soir, le comité d’organisation des Jeux olympiques d’hiver (COJOP) a annoncé le transfert intégral des épreuves de glace de Nice vers Lyon. Hockey masculin, hockey féminin, patinage artistique, short-track, curling : cinq disciplines déplacées en bloc. Les cérémonies d’ouverture et de clôture, qui devaient se tenir sur la Côte d’Azur, se dérouleront désormais au Groupama Stadium de Décines-Charpieu, dans la banlieue lyonnaise.
La LDLC Arena, une salle de spectacles et de sports de Décines-Charpieu pouvant accueillir 10 000 spectateurs en configuration hockey sur glace, s’était déclarée prête dès le mois d’avril. Edgar Grospiron, président du comité d’organisation, a indiqué que Lyon « apparaît aujourd’hui comme la solution à même de répondre à cette situation », en précisant que la décision définitive devra être validée par le Comité international olympique (CIO) d’ici la fin juin 2026. Pour Nice, la partie est jouée.
La promesse de campagne devenue ligne rouge
Les Jeux d’hiver 2030 avaient été attribués à la France dans le cadre d’une candidature portée conjointement par les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le volet alpin, ski, biathlon, luge, devait se dérouler dans les Alpes. Le volet glace, hockey, patinage, curling, était dévolu à Nice, qui disposait d’une infrastructure sportive jugée adaptable. C’est ce partage que l’élection municipale du 22 mars 2026 a remis en cause.
En décembre 2025, alors que la campagne battait son plein, Éric Ciotti avait déclaré : « Si je suis élu demain, ça ne se fera pas comme ça. » Le candidat UDR, allié au Rassemblement national, visait en particulier l’Allianz Riviera, le stade de football de l’OGC Nice, que le comité d’organisation avait retenu pour accueillir les matchs de hockey sur glace. Le projet prévoyait de recouvrir la pelouse d’une patinoire temporaire et d’installer un toit provisoire pour répondre aux normes thermiques requises. Cette transformation aurait privé le club niçois de son enceinte pendant une saison entière. Ciotti y voyait un sacrifice inacceptable imposé à la ville, pour un coût évalué entre 69 et 80 millions d’euros.
Le 22 mars 2026, il remporte la mairie avec 48,54 % des voix, selon les résultats définitifs du ministère de l’Intérieur, contre 37,20 % pour Christian Estrosi, le maire sortant, membre du parti Horizons et l’un des artisans du dossier olympique, et 14,26 % pour l’écologiste Juliette Chesnel-Le Roux. Les deux hommes, longtemps alliés au sein de la droite niçoise avant de se déchirer, s’étaient affrontés dans un duel fratricide dont le projet olympique allait faire les frais.
Une fois installé à l’hôtel de ville, Ciotti confirme son opposition à l’Allianz Riviera et l’érige en « ligne rouge absolue ». Il se dit « extrêmement attaché » à ce que les Jeux se tiennent à Nice, mais refuse toute discussion sur les modalités retenues pour le stade. En avril, Renaud Muselier, président de la région PACA et co-architecte du projet, parle publiquement d’une « situation de blocage » et indique que le dossier du stade n’a « pas reçu d’accord ».
Des sites étudiés, aucun retenu
Face au refus, plusieurs alternatives ont été examinées. À partir du 22 avril 2026, une expertise technique a été engagée sur le stade des Arboras, le futur stade Marcel Volot, alors en cours de construction à Nice, pour évaluer la faisabilité d’y installer une patinoire temporaire. Le stade Charles-Ehrmann, la patinoire Jean-Bouin et le Palais des Expositions ont également été soumis à analyse.
Ce dernier site était une proposition de Ciotti lui-même. Le maire faisait valoir que le Palais des Expositions avait déjà accueilli des championnats du monde de patinage artistique et pouvait donc répondre aux exigences olympiques. Muselier a répondu sans ménagement : « On me dit que c’est du niveau d’un championnat du monde juniors. »
Un compromis avait brièvement soulagé les milieux économiques niçois : maintenir la patinoire olympique dans le périmètre de l’Éco-Vallée, une zone d’aménagement urbain au nord de Nice, semblait acquis et laissait entrevoir une cohabitation partielle entre les deux villes. Le CIO et les fédérations internationales ont mis fin à cette perspective. Leur exigence était explicite : toutes les épreuves de glace devaient se tenir sur un seul et même territoire. Hockey à Nice, patinage à Lyon, ce type de répartition était exclu. Dès lors, chaque site niçois proposé en remplacement de l’Allianz Riviera posait le même problème : il ne pouvait accueillir qu’une partie des disciplines, pas leur ensemble. Aucune solution locale ne pouvait satisfaire cette contrainte.
La lettre qui n’a rien changé
Le 29 mai 2026, quelques heures avant l’annonce du COJOP, Éric Ciotti adresse une lettre à Emmanuel Macron. Il y dénonce des « revirements permanents et des promesses irréalistes » et affirme que le dossier a été influencé par des « intérêts de grandes entreprises privées ».
Le courrier ne produit aucun effet. Le soir même, le COJOP rend son arbitrage en faveur de Lyon. Depuis plusieurs semaines, Ciotti n’avait plus de proposition acceptable sur la table : chaque site qu’il avançait était rejeté par les fédérations, et l’Allianz Riviera restait hors de question. Il lui restait l’adresse au chef de l’État.
Muselier, les larmes aux yeux
« J’en ai les larmes aux yeux. Nice n’aura pas les Jeux. Ma tristesse est immense. » Renaud Muselier, président de la région PACA, a prononcé ces mots le soir du 29 mai. Derrière cette phrase, plusieurs années de travail : une candidature commune laborieusement construite entre les régions Auvergne-Rhône-Alpes et PACA, des mois de négociations avec le CIO, des engagements pris devant les fédérations internationales.
Ce que la région perd va au-delà d’un calendrier sportif allégé. L’intégralité du volet glace quitte la Côte d’Azur : cinq disciplines, plus les cérémonies d’ouverture et de clôture, vitrine internationale des Jeux. Nuitées, affluence, exposition médiatique mondiale : ces retombées économiques rejoignent Lyon. Pour PACA, il ne reste rien du pôle glace.
L’élection municipale niçoise du 22 mars 2026 aura coûté à la région ses épreuves olympiques de glace.
