En 2024‑2025, le groupe suisse Richemont, propriétaire de Cartier, a porté son chiffre d’affaires à 21,4 milliards d’euros, tiré principalement par ses activités de joaillerie, selon ses résultats annuels publiés en mai dernier.
Dans le même temps, LVMH a consolidé le développement de Tiffany et Bulgari, transformant la position dominante de Cartier sur le marché mondial de la joaillerie en duel prolongé entre les groupes rivaux.
Un leader du luxe sous pression
Pour l’exercice clos le 31 mars 2025, Richemont a annoncé un chiffre d’affaires de 21,4 milliards d’euros, en hausse de 4% par rapport aux 20,6 milliards d’euros de l’exercice précédent.
Les documents financiers du groupe indiquent que la division joaillerie, qui comprend Cartier, Van Cleef & Arpels et Buccellati, reste le principal contributeur à cette progression, même si les résultats ne détaillent pas la part exacte de chaque marque.
Pour l’exercice 2023‑2024, cette division a généré 14,2 milliards d’euros de ventes, en croissance de 6%, selon les données publiées au printemps 2024 et reprises par la presse spécialisée.
Ces chiffres confirment la place de la joaillerie comme moteur de Richemont, dans un contexte où les ventes ralentissent en Asie‑Pacifique tandis que l’Europe et l’Amérique du Nord soutiennent l’activité.
Dans une interview au Journal du Dimanche en septembre 2023, Cyrille Vigneron, président de Cartier International depuis 2016, a décrit une « période de surchauffe » pour le luxe, évoquant une demande élevée et des contraintes sur les capacités de production.
Ce responsable a indiqué vouloir limiter l’expansion de l’offre afin de ne pas banaliser les produits ni déstabiliser les équilibres de prix sur un marché déjà très sollicité.
Des analyses publiées début 2026 dans la presse économique spécialisée montrent que Richemont, tout en restant bénéficiaire, enregistre une érosion de sa rentabilité opérationnelle liée aux investissements dans le digital et aux coûts associés aux engagements de durabilité.
Dans cet environnement, Cartier apparaît comme le principal contributeur de la division joaillerie, selon des estimations d’analystes qui fondent leurs calculs sur les données consolidées du groupe.
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Le défi Tiffany pour Cartier
En janvier 2021, LVMH a finalisé l’acquisition de Tiffany & Co., joaillier américain fondé en 1837, pour un montant d’environ 15,8 milliards de dollars (environ 14,8 milliards d’euros), selon les communiqués du groupe français et les dépêches financières publiées à cette date.
Cette opération s’ajoute au rachat de Bulgari en 2011, qui avait déjà renforcé la présence de LVMH sur le segment des bijoux et montres haut de gamme.
Un article de Miss Tweed paru fin 2019 a décrit l’alliance entre Tiffany et LVMH comme une source de pression accrue pour Cartier, compte tenu du poids combiné des réseaux de distribution et des budgets marketing de ce concurrent.
Depuis, plusieurs articles de la presse économique indiquent que LVMH vise une place de premier plan dans la joaillerie mondiale, ce qui place Richemont et Cartier en position de concurrents directs sur ce segment.
Des études de marché consacrées au luxe, relayées par la presse spécialisée, montrent que la compétition se concentre sur quelques lignes emblématiques, comme les bagues Tiffany Setting, les bracelets Love de Cartier ou les collections Serpenti de Bulgari, utilisées comme locomotives commerciales.
Pour Cartier, ces travaux mettent en avant la nécessité de renforcer ses propres modèles phares, tant en bijouterie qu’en horlogerie, afin de maintenir une visibilité forte dans un paysage où les collections se multiplient.
Une stratégie centrée sur les icônes
Nommé à la présidence de Cartier International en 2016, Cyrille Vigneron a réorganisé l’offre de montres et de bijoux après une décennie marquée par une multiplication des références.
Dans un entretien avec Europastar, ce dirigeant a déclaré vouloir « clarifier l’offre » pour placer les pièces historiques, comme les montres Tank et Santos ou les bijoux Trinity, Love et Juste un Clou, au cœur de la stratégie.
Une interview publiée en juillet 2024 sur un site horloger décrit la façon dont Cartier utilise les collections Cartier Privé et Cartier Libre pour proposer des réinterprétations de formes emblématiques en séries limitées destinées aux collectionneurs.
Dans ce même échange, Cyrille Vigneron a indiqué que l’horlogerie de la maison repose sur « l’horlogerie de forme », en expliquant que les boîtiers Tank, Baignoire ou Crash constituent des repères pour les créations récentes.
Les résultats financiers de Richemont pour 2023‑2024 et 2024‑2025 montrent que la division joaillerie affiche une croissance de chiffre d’affaires supérieure à celle d’autres segments du groupe, avec un niveau de marge opérationnelle élevé, même si les données précises par marque ne sont pas publiées.
Des analystes cités par la presse spécialisée estiment que cette stratégie de concentration sur des lignes identifiables et à forte valeur ajoutée permet au groupe de défendre sa rentabilité malgré une modération de la croissance du luxe.
De l’atelier parisien à la marque mondiale
En 1847, Louis‑François Cartier a repris l’atelier de joaillerie de son maître Adolphe Picard, rue Montorgueil à Paris, selon les travaux historiques consacrés à la maison.
En 1899, son fils Alfred Cartier a installé la boutique principale au 13, rue de la Paix, adresse qui reste aujourd’hui un point de repère dans l’univers du luxe parisien.
Au début du XXe siècle, ses fils Louis, Pierre et Jacques Cartier ont pris en charge respectivement les activités de Paris, New York et Londres, en ouvrant des boutiques dans ces villes afin de servir les familles royales et les élites fortunées.
Des récits historiques cités sur des sites spécialisés rappellent que la maison a fourni des pièces à plusieurs cours européennes et à de grandes familles américaines, ce qui a renforcé sa réputation internationale.
À partir des années 1930, Jeanne Toussaint, directrice de la création, a développé les motifs animaliers et les compositions dites « Tutti Frutti », inspirées de pierres de couleur d’origine indienne, marquant durablement l’esthétique de la maison.
Des ouvrages et articles récents sur l’histoire du luxe français mentionnent cette période comme celle où la panthère est devenue un motif central des créations Cartier.
À partir de la fin des années 1980, les différentes entités Cartier ont été rassemblées au sein de ce qui deviendra la Compagnie Financière Richemont SA, basée en Suisse et contrôlée par la famille Rupert.
Depuis, la maison constitue l’un des principaux actifs de la division joaillerie du groupe, aux côtés d’autres marques spécialisées dans les bijoux et les montres.
L’outil culturel et émotionnel
En 1984, la Fondation Cartier pour l’art contemporain a été créée à l’initiative d’Alain‑Dominique Perrin, alors dirigeant du groupe, avant de s’installer en 1994 dans un bâtiment vitré conçu par Jean Nouvel boulevard Raspail à Paris.
Un article de 2024 rappelle que cette fondation a été l’une des premières structures de mécénat privé d’ampleur en France, soutenant des artistes de renommée internationale et des créateurs émergents.
Sur le plan publicitaire, plusieurs analyses de 2024 et 2025 montrent que la panthère demeure un élément central des campagnes Cartier, notamment lors des périodes de fêtes.
Un article consacré à une campagne de Noël récente décrit la mise en scène d’animations où de jeunes panthères évoluent dans des décors rouges inspirés de la boutique historique, avec un récit centré sur le moment du cadeau.
Ces campagnes sont accompagnées d’une présence renforcée des coffrets rouges dans les vitrines et sur les visuels numériques, qui servent de repère aux consommateurs.
Des spécialistes du marketing interrogés par différents médias décrivent cet usage récurrent des mêmes codes visuels comme un moyen d’entretenir la mémorisation de la marque dans un environnement saturé de messages publicitaires.
Virage digital et offensive en Chine
En novembre 2015, Cartier a lancé un site de commerce en ligne dédié au marché chinois, permettant l’achat de bijoux et de montres directement auprès de la marque.
En janvier 2020, la maison a ouvert une boutique virtuelle sur Tmall Luxury Pavilion, plateforme de luxe du groupe Alibaba, dont l’existence est attestée par plusieurs articles spécialisés.
Un article publié en juillet 2020 indiquait que la présence sur ce canal numérique devait permettre à Cartier de renforcer sa visibilité auprès d’une clientèle chinoise jeune et connectée, particulièrement sensible aux achats sur smartphone.
Une analyse consacrée au partenariat avec Alibaba précisait que la boutique Tmall proposait notamment un bracelet Juste un Clou serti de diamants et un sac de la ligne Guirlande en exclusivité pour ce marché.
En 2021, un article consacré au luxe sur Tmall Luxury Pavilion relevait que Cartier enregistrait une part importante de clients millennials sur ce canal, même si ces chiffres demeuraient issus de données sectorielles et non de statistiques officielles.
Cette source mentionnait également le recours à des vidéos, à des animations interactives et à des options de personnalisation pour rapprocher l’expérience en ligne de celle des boutiques physiques.
Pour Richemont, ces initiatives s’inscrivent dans un mouvement de diversification géographique, au moment où les ventes du groupe se trouvent pénalisées par des aléas en Chine continentale tout en progressant en Amérique et en Europe.
Des articles parus début 2026 citent régulièrement Cartier parmi les exemples de transition des maisons historiques vers des modèles omnicanaux articulés autour d’une poignée de grandes plateformes numériques.
RSE et traçabilité au cœur du métier
Depuis le début des années 2000, Cartier déclare appliquer le Processus de Kimberley pour ses achats de diamants, ce qui implique l’utilisation de certificats d’origine visant à éviter le financement de conflits armés.
Les informations publiées par la maison indiquent qu’elle exige de ses fournisseurs des engagements en matière de traçabilité et de pratiques responsables, en cohérence avec les standards du Responsible Jewellery Council.
En octobre 2021, Cartier, pour le compte de Richemont, et Kering ont annoncé le lancement de la Watch & Jewellery Initiative 2030, en partenariat avec le Responsible Jewellery Council, comme le confirment les communiqués officiels et les analyses de la Fondation de la Haute Horlogerie.
Le site de cette initiative présente trois axes, climat, ressources et inclusion, avec des objectifs à horizon 2030 en matière de réduction des émissions, de préservation de la biodiversité et d’amélioration des conditions de travail.
Cartier décrit cette plateforme comme ouverte à toutes les marques du secteur, qu’elles appartiennent à de grands groupes ou soient indépendantes, avec des exigences progressives à horizon 2030.
Un article publié en octobre 2025 détaille les attentes de Watch & Jewellery Initiative 2030 pour les membres, notamment en matière de plans de transition climatiques, de contrôle des filières matières et de reporting extra‑financier renforcé.
En parallèle, Cartier met en avant un programme intitulé Cartier for Nature, consacré au financement de projets de conservation de la biodiversité, dont le détail figure dans ses communications institutionnelles.
Des observateurs de la RSE dans le luxe rappellent que ces initiatives se déploient alors que le secteur joaillier est régulièrement interpellé par des ONG sur le travail des enfants et les impacts environnementaux liés à l’extraction de l’or et des diamants.
Un pivot stratégique pour Richemont
Les résultats annuels publiés en mai 2025 montrent que le chiffre d’affaires de Richemont a progressé de 20,6 milliards d’euros à 21,4 milliards d’euros entre les exercices 2023‑2024 et 2024‑2025, avec une hausse de 4% à taux de change constants.
Le bénéfice net a augmenté de près de 16,8% sur la même période, porté en grande partie par la performance de la division joaillerie, selon les articles parus au moment de la publication des comptes.
Des analyses publiées entre fin 2025 et début 2026 indiquent que Richemont, LVMH et Kering captent l’essentiel de la croissance du marché montres‑joaillerie, avec des orientations différentes en matière de distribution et de politique de marque.
Dans ces analyses, Cartier apparaît comme un élément central de Richemont, combinant une histoire française, de la rue de la Paix à la Fondation Cartier, et une présence globale renforcée par les plateformes numériques et les investissements en Asie.
Les prochaines années dépendront, pour la maison et son groupe, de la capacité à financer les engagements de Watch & Jewellery Initiative 2030, à maintenir l’attractivité de ses lignes phares et à gérer la concurrence de Tiffany, Bulgari et d’autres joailliers dans un marché marqué par un ralentissement réel de la demande en 2025.
Les documents disponibles sur Watch & Jewellery Initiative 2030 et les premières évaluations d’experts indiquent que le calendrier d’exigences s’intensifiera d’ici 2026, avec des implications concrètes sur l’organisation industrielle de Cartier et de ses pairs.

