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STMicroelectronics : le pouvoir fragile de Jean-Marc Chéry

STMicroelectronics voit son PDG Jean-Marc Chéry rester en poste malgré résultats en baisse, classe action et tensions sociales

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Amsterdam, salle aux murs de bois clair, les micros cliquètent devant les rangées d’actionnaires. Jean-Marc Chéry est assis à la table du conseil de surveillance, légèrement tourné vers la tribune où défile la liste des intervenants. Un représentant de l’État italien s’avance, feuilles blanches en main, et lit un texte qui met en cause la gestion du cycle des semi-conducteurs et la stratégie récente du groupe. À quelques sièges de là, les délégués français échangent des regards fermés, avant d’applaudir le maintien du PDG proposé au vote. Rien ne se joue au hasard dans cette assemblée qui reconduit un dirigeant contesté, alors que les résultats de STMicroelectronics se retournent et que des suppressions de postes sont en préparation.

Le véhicule franco-italien qui détient un peu plus de 28% du capital via STMicroelectronics Holding N.V., partagé entre la France et l’Italie, pèse lourd dans ce vote, car il concentre une minorité de blocage. En laissant filtrer sa réticence, Rome ouvre la possibilité d’un blocage politique au moment où l’entreprise n’affiche plus les marges exceptionnelles de 2022. Paris fait un autre calcul en apportant le soutien de Bpifrance et du ministre de l’Économie pour maintenir l’actuel PDG, au nom de la continuité d’un groupe jugé stratégique pour la souveraineté industrielle. Le scrutin lui donne raison : Chéry reste en place, malgré des critiques publiques rarement exprimées aussi frontalement lors de ce type de séance. Le pouvoir du dirigeant apparaît désormais inséparable du soutien d’un État actionnaire, et de sa capacité à arbitrer entre des intérêts nationaux opposés.

Ce jour-là, l’homme qui préside le groupe depuis 2018 sort renforcé sur le papier, mais son avenir dépend de forces qui dépassent son seul bilan comptable. Le sort de sa fonction se joue autant dans les cabinets ministériels que dans les salles de marché, en interaction permanente. Cette assise politique contraste avec la situation financière et sociale qui se dessine dans les mois suivants.

Bénéfices en recul, emplois menacés

En 2022, STMicroelectronics affiche encore une trajectoire enviée, portée par la demande en composants pour l’automobile et l’industrie, avec un chiffre d’affaires supérieur à celui de 2020, dans un marché globalement haussier. Le bénéfice net suit cette courbe, dans un secteur des semi-conducteurs en plein rattrapage après la pandémie de Covid-19. Le groupe occupe une place de choix face à des concurrents comme Infineon ou Texas Instruments, qui connaissent une progression comparable sur ces années-là. Pour les actionnaires, Chéry apparaît alors comme l’un des dirigeants qui tirent le mieux parti de cette phase de croissance.

À partir de 2023 et surtout en 2024, les résultats se tassent nettement. Les documents de référence signalent un recul du bénéfice net et une baisse du chiffre d’affaires par rapport aux niveaux très élevés de 2022, dans un contexte de correction des stocks et de ralentissement de la demande dans certains segments comme l’électronique grand public. La marge operative se contracte, sur fond de coûts d’investissement toujours importants dans les usines. Dans le même temps, des groupes comparables parviennent pour certains à stabiliser leurs revenus, même s’ils subissent eux aussi des pressions sur les marges. L’entreprise reste bénéficiaire, mais la marche descendante est claire après la phase d’euphorie post-Covid.

Le premier trimestre 2026 fait apparaître un tableau plus contrasté. STMicroelectronics annonce un chiffre d’affaires d’environ 3,1 milliards de dollars, en hausse d’un peu plus de 20% sur un an, mais en recul par rapport au trimestre précédent. La progression annuelle des ventes est saluée par les marchés, car elle dépasse légèrement les prévisions des analystes, qui tablaient sur un niveau proche de 3,04 milliards de dollars. Dans le même temps, le résultat net trimestriel recule d’environ un tiers par rapport à celui du premier trimestre 2025, pénalisé par des charges de restructuration et par la refonte de l’empreinte industrielle du groupe. La direction évoque un environnement de demande mieux orienté, mais des marges sous pression. Cet écart entre reprise des ventes et baisse du résultat souligne la difficulté à ajuster rapidement l’appareil de production.

En parallèle, la direction poursuit des projets de réorganisation et de réduction d’empreinte industrielle, qui entraînent des suppressions de postes ou des départs volontaires, notamment en Europe. Les ordres de grandeur évoqués dans la presse spécialisée font apparaître plusieurs milliers de postes concernés à l’échelle du groupe, avec un impact notable en France et en Italie. Rapportés à un effectif total qui dépasse 50 000 personnes, ces chiffres restent limités, mais significatifs dans des sites où la fidélité au groupe est ancienne. La combinaison de bénéfices en recul, d’emplois supprimés et de maintien du PDG reconduit par les États actionnaires prépare le terrain d’un débat plus large sur l’équilibre du pouvoir.

Les rumeurs évoquées lors de l’assemblée générale prennent alors un autre relief, car elles s’inscrivent dans ce contexte de chiffres dégradés sur plusieurs exercices et de restructurations en cours. Elles ne portent plus seulement sur un éventuel changement de visage à la tête de STMicroelectronics, mais sur la manière dont les coûts du cycle sont répartis entre actionnaires et salariés. Le profil même de Jean-Marc Chéry, construit à partir des usines, revient alors au centre des interrogations.

De l’atelier à la salle du conseil

Né en 1960 à Orléans, Jean-Marc Chéry suit une formation d’ingénieur à l’École nationale supérieure d’arts et métiers, dont il sort diplômé en 1983. Cette grande école publique, longtemps surnommée « Arts et Métiers », forme des ingénieurs qui se destinent principalement aux usines et aux bureaux d’études des secteurs industriels. Dans les promotions des années 1980, une grande partie des diplômés se dirige vers l’automobile, l’aéronautique ou l’électronique. Chéry s’inscrit dans cette filière orientée vers le terrain.

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Ses débuts professionnels se font chez Matra, où il travaille dans les essais mécaniques et l’organisation de la qualité durant environ deux ans. L’entreprise, alors active dans l’aéronautique, la défense et les télécommunications, offre un environnement très technique. En 1986, il rejoint Thomson Semiconducteurs, ancêtre de STMicroelectronics, au moment où le groupe cherche à consolider ses positions dans les composants électroniques. Ce passage précoce vers les semi-conducteurs l’expose très tôt à un secteur connu pour ses successions de phases d’expansion et de ralentissement.

Entre la fin des années 1980 et le début des années 2000, Chéry occupe des postes de management industriel au sein de STMicroelectronics, notamment sur les sites de production français. Il travaille dans des usines de fabrication de plaquettes de silicium, ces disques de matière sur lesquels sont gravés les circuits électroniques, et connaît les ajustements de capacité qui rythment l’industrie. Dans les mêmes années, plusieurs fabricants européens ferment ou réduisent des lignes dites « 6 pouces », jugées moins rentables que des technologies plus récentes. Le futur PDG se trouve au centre de ces opérations d’ajustement, à l’interface entre contraintes techniques et conséquences sociales.

Au fil des années 2000, il prend des responsabilités plus larges dans la production et la technologie du groupe. Il devient notamment directeur technique (chief technology officer, CTO) et occupe ensuite la fonction de directeur des opérations (chief operating officer, COO), qui en fait le numéro deux derrière le président du directoire. Cette fonction le place au cœur de la logistique mondiale de STMicroelectronics, entre sites européens et asiatiques, tout en l’exposant davantage aux attentes des grands clients et des États. Lorsqu’il est nommé PDG en 2018, après plus de trente ans de carrière interne, il est perçu comme un dirigeant qui connaît les usines et les équilibres géographiques de l’entreprise.

Optimisme de façade et plainte américaine

Lorsque Chéry devient PDG, STMicroelectronics sort d’une période de reconfiguration et bénéficie d’une reprise de la demande dans plusieurs domaines, notamment l’automobile et l’électronique de puissance, qui concerne les composants destinés à gérer les flux d’électricité dans les véhicules ou les réseaux. Le groupe communique alors sur des objectifs de chiffre d’affaires ambitieux et sur une progression des marges opérationnelles, qui doivent le rapprocher des meilleurs standards du secteur. Les exercices suivants confirment cette dynamique, dans un marché où la crise sanitaire provoque une pénurie de composants et renforce la position des fournisseurs capables de livrer. Cette phase consolide l’image d’un PDG en phase avec son marché.

Dans les conférences destinées aux investisseurs, Chéry adopte un ton confiant sur les perspectives de l’entreprise. Il présente des scénarios où la correction des stocks chez les clients, c’est-à-dire l’écoulement des excédents de composants accumulés, reste limitée et laisse rapidement place à une reprise, en particulier dans l’automobile et l’industrie. Il met aussi en avant l’opportunité ouverte par les centres de données et l’intelligence artificielle, en évoquant des perspectives de croissance significative du chiffre d’affaires dans ces segments, sans toujours préciser les montants visés. Ces projections rejoignent celles d’autres acteurs, mais la marche franchie par STMicroelectronics entre les promesses et les résultats publiés se révèle plus brutale.

C’est sur cette série de déclarations qu’une action collective est engagée aux États-Unis par des actionnaires. La plainte, menée par un cabinet d’avocats au nom d’investisseurs ayant acheté des titres entre janvier et juillet 2024, reproche à STMicroelectronics d’avoir fourni des prévisions de profits jugées trompeuses, qui auraient conduit à un recul marqué du cours de Bourse. Le dossier vise la société et son équipe dirigeante, en soulignant l’écart entre les messages diffusés et les résultats finalement annoncés.

Le conseil de surveillance de STMicroelectronics publie, en avril 2025, un communiqué indiquant qu’il a examiné les processus internes liés à cette action collective et qu’il estime que la société dispose d’« une bonne défense » contre les allégations formulées. La procédure suit son cours devant la justice américaine, sans jugement à ce stade. Quelle que soit son issue, elle place la communication du PDG sous un jour différent aux yeux des investisseurs et des États actionnaires, qui voient là un dossier susceptible de peser sur la perception de sa gestion. La manière dont Chéry gérera les prochains cycles de prévisions et de résultats sera scrutée plus qu’auparavant.

Rémunération en hausse, salaires sous pression

Les données détaillées de rémunération de Jean-Marc Chéry pour les dernières années figurent dans les documents d’information financière de STMicroelectronics, déposés auprès des autorités de marché. Des agrégateurs qui compilent ces informations indiquent pour l’exercice 2024 une rémunération totale d’environ 9,5 millions de dollars, incluant salaire fixe, bonus et éléments de long terme. Le salaire fixe se situe autour de 1,2 million de dollars, soit une part minoritaire de la rémunération totale, le reste relevant de rémunérations variables et d’attributions d’actions. Ce niveau place Chéry dans la moyenne haute des dirigeants de groupes de semi-conducteurs de taille comparable en Europe.

Sur la période récente, la rémunération totale a progressé alors que les résultats financiers se sont infléchis par rapport aux sommets atteints en 2022. Les plans de long terme, calculés sur plusieurs exercices, jouent ici pleinement, car ils font remonter dans les années suivantes des rémunérations liées à des performances antérieures. Dans un groupe où l’État est présent au capital, cette mécanique classique de la gouvernance des sociétés cotées intervient dans un contexte de débats publics plus vifs sur la répartition des efforts entre dirigeants et salariés.

Les rapports financiers de STMicroelectronics ne fournissent pas, dans les extraits les plus récents consultables, un ratio explicite entre la rémunération du PDG et le salaire médian des salariés, contrairement à ce que l’on trouve pour certaines sociétés américaines. Des plateformes de référence donnent des estimations de rémunérations médianes pour les ingénieurs et cadres techniques du groupe autour de plusieurs dizaines de milliers d’euros par an, sur la base de données déclarées par des employés. En rapprochant ces ordres de grandeur d’une rémunération de dirigeant de plusieurs millions de dollars, on obtient un multiple élevé, mais sans pouvoir en faire un indicateur officiel en l’absence de salaire médian consolidé publié par l’entreprise.

Chéry détient par ailleurs, selon des estimations récentes, une participation personnelle modeste au capital de STMicroelectronics, inférieure à 1% des actions en circulation, valorisée à plusieurs centaines de milliers d’euros à partir du cours de Bourse. Ce bloc lui donne accès aux dividendes, dans un groupe qui a continué à rémunérer ses actionnaires ces dernières années, avec un dividende annuel qui se compare aux pratiques d’autres grands acteurs européens du secteur. Le montant de ces dividendes reste cependant limité au regard de sa rémunération annuelle. L’essentiel de ses revenus dépend donc des décisions du conseil de surveillance sur son package de dirigeant, ce qui renforce l’importance du soutien de ses administrateurs et des États actionnaires.

Colère syndicale et climat interne

Sur les sites français de STMicroelectronics, les annonces de réorganisation et de charges de restructuration, visibles dans les comptes 2025 et 2026, donnent lieu à des assemblées générales de salariés. À Crolles, où le groupe investit dans des capacités de production avancées, les syndicats interrogent la direction locale sur les départs envisagés et sur l’impact des économies annoncées sur les équipes en place. Ils rappellent les engagements affichés quelques mois plus tôt sur la montée en puissance des emplois en France, dans le cadre des projets soutenus par l’État et par l’Union européenne.

À Rousset et sur d’autres sites, des réunions similaires font remonter des inquiétudes sur l’avenir de certaines lignes de production et sur les perspectives de reclassement. Les représentants syndicaux établissent un lien direct entre les charges de restructuration, qui pèsent sur le résultat net, et les décisions de réduction d’empreinte industrielle. Ils utilisent parfois l’expression de cycle mal géré pour décrire la succession de recrutements rapides lors de la phase de forte demande, suivie de réductions de postes lorsque la correction se confirme. Ce vocabulaire tranche avec celui, plus prudent, des communiqués de la direction.

Les rumeurs de remise en cause du mandat de Jean-Marc Chéry, relayées par certains médias italiens au printemps 2025, alimentent les discussions dans les couloirs et les salles de pause. Certains cadres intermédiaires évoquent, en privé, des hypothèses de réorganisation de la gouvernance ou d’ajustements du directoire, sans disposer d’informations précises. Le maintien du PDG à l’issue de l’assemblée met fin à ces spéculations immédiates, mais ne fait pas disparaître les interrogations sur la manière dont les arbitrages ont été rendus entre Paris et Rome. L’idée que le soutien des États actionnaires l’emporte sur les considérations internes s’ancre peu à peu.

Pour les équipes sur le terrain, l’enjeu dépasse le cas individuel de Chéry. Il porte sur la stratégie choisie par le groupe lorsqu’un cycle se retourne et que les marchés sanctionnent les écarts entre prévisions et résultats. La façon dont le PDG gère les relations avec les États, les investisseurs et les salariés est observée de près par ceux qui doivent appliquer les plans de réorganisation. La prochaine décision significative sur l’implantation d’une nouvelle ligne ou d’un projet industriel dans un pays plutôt qu’un autre sera interprétée comme un signal concernant ce partage du pouvoir.

Paris et Rome face au même groupe

Du côté français, STMicroelectronics occupe une place centrale dans les projets de renforcement des capacités de production de puces en Europe. L’État participe à des dispositifs de soutien, notamment à Crolles, dans le cadre de mécanismes européens destinés à encourager l’implantation ou l’extension d’usines de semi-conducteurs, comme les projets bénéficiant du « Chips Act » européen. Ces annonces sont souvent mises en avant par les responsables politiques comme des symboles d’une réindustrialisation possible. Dans ces projets, la présence d’un dirigeant jugé fiable par les interlocuteurs publics constitue un élément important pour Bercy.

En Italie, les autorités s’inquiètent régulièrement de la répartition des investissements entre les sites français et italiens de STMicroelectronics. Les usines de grands composants emploient plusieurs milliers de personnes, et chaque arbitrage sur une nouvelle capacité est scruté. Lorsque les résultats se dégradent et que des plans de réorganisation sont annoncés, la crainte d’un déséquilibre en faveur des usines françaises ressurgit. Les prises de parole du ministre italien de l’Économie sur la gestion de Chéry servent aussi à peser sur ces arbitrages industriels, en utilisant le levier du pacte d’actionnaires au sein de STMicroelectronics Holding.

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Les épisodes récents montrent que la relation entre les deux États actionnaires se tend dès que les chiffres s’infléchissent. Les divergences ne portent pas seulement sur la personne du PDG, mais aussi sur l’orientation de la stratégie de STMicroelectronics dans un marché plus chahuté. La France met en avant la consolidation d’un pôle autour de sites comme Crolles, l’Italie insiste sur la nécessité de maintenir un niveau d’activité et d’investissement à la hauteur de sa participation dans le capital. Entre ces deux lignes, Chéry, qui doit gérer à la fois des objectifs financiers et des équilibres nationaux, doit arbitrer des choix qui auront des conséquences durables sur son pouvoir.

Chaque projet industriel majeur annoncé dans les prochaines années, extension d’usine, installation d’une nouvelle technologie ou conversion d’un site, deviendra un test de cette capacité à tenir ensemble les attentes des deux capitales. Un investissement en France ou en Italie sera lu à la fois comme un pari économique et comme un signal sur les rapports de force qui sous-tendent la gouvernance. Ces décisions pèseront autant que les résultats trimestriels sur la solidité du soutien dont bénéficie le PDG.

Un dirigeant discret sous les projecteurs

Jusqu’aux dernières années, Jean-Marc Chéry apparaît peu dans les grands médias généralistes français. Ses interventions sont concentrées dans la presse économique, dans les documents de communication publiés par STMicroelectronics et dans les conférences destinées aux analystes financiers. Ses prises de parole intéressent d’abord les professionnels du secteur et les investisseurs. Pour un lecteur de quotidien national, son nom reste peu associé à la question de la souveraineté sur les semi-conducteurs.

Dans ses discours publics, le PDG privilégie un registre technique. Il y est question de nœuds de gravure, c’est-à-dire du niveau de finesse des circuits électroniques, de segments « automobile et industrie », ou encore de systèmes de gestion de puissance pour les centres de données utilisés par les services d’informatique en nuage. Les enjeux sociaux, les questions de rémunération et les relations avec les États actionnaires sont abordés de manière plus générale et beaucoup plus rarement. Ce choix correspond aux attentes des analystes, qui demandent avant tout des précisions sur les marchés et les technologies. Il laisse cependant un angle mort auprès du grand public.

Lorsque surgissent l’action collective américaine, les critiques italiennes et les plans d’emplois, cette discrétion devient plus difficile à maintenir. Chéry doit répondre à des questions qui dépassent le cadre des résultats trimestriels et touchent à la répartition des efforts entre actionnaires et salariés. Les interviews accordées à des médias généralistes pendant cette période sont décortiquées pour en extraire des engagements sur les sites et sur la manière de traverser le creux de cycle. La moindre phrase sur l’avenir d’une usine ou sur la durée des plans sociaux est reprise par les élus locaux et les représentants syndicaux.

La prochaine apparition publique significative du dirigeant, que ce soit lors d’une conférence d’analystes retransmise en ligne ou lors d’un déplacement annoncé dans une usine, sera observée différemment par ceux qui suivent désormais de près la trajectoire de STMicroelectronics. Un détail de langage, un chiffre mis en avant ou un silence sur un sujet sensible pèsera davantage qu’au temps où le groupe profitait de la forte demande. Ces moments diront comment le PDG entend ajuster sa communication à un pouvoir qui ne dépend plus seulement des comptes, mais aussi de sa capacité à convaincre au-delà des cercles spécialisés.

Jusqu’où tiendra l’équilibre actuel ?

Dans les documents destinés aux investisseurs, STMicroelectronics met en avant les relais de croissance attendus dans les puces utilisées pour l’intelligence artificielle et dans les composants de puissance destinés à la transition énergétique, deux marchés en expansion selon les prévisions récentes. Les projections évoquent une contribution croissante de ces segments au chiffre d’affaires global, qui pourrait revenir vers ses niveaux les plus élevés si ces paris se concrétisent. La matérialisation ou non de ces perspectives pèsera sur la capacité du PDG à justifier les choix réalisés dans la période actuelle.

Sur le front judiciaire, l’action collective engagée aux États-Unis suit un calendrier qui se mesure en années plutôt qu’en trimestres. Chaque nouvelle étape de la procédure, chaque document rendu public ou accord éventuel sera interprété par les marchés comme un indicateur de la solidité ou de la fragilité de la direction actuelle. Les décisions que prendra le conseil de surveillance sur le renouvellement du mandat de Chéry et sur l’évolution de sa rémunération dans les prochains rapports annuels donneront un autre signal sur l’équilibre trouvé entre les attentes des États et celles des investisseurs.

Dans les usines et les bureaux de STMicroelectronics, les salariés attendent les conséquences concrètes des plans de réorganisation, site par site. Le nombre de départs effectivement actés, la nature des projets industriels qui leur succéderont et la manière dont seront gérées les mobilités internes diront, mieux que les discours, comment le groupe traverse ce creux de cycle. À Amsterdam, lors d’une prochaine assemblée générale, la salle aux murs de bois clair retrouvera les mêmes micros et les mêmes rangées d’actionnaires. Il restera alors à voir quel dirigeant prendra place au centre de la table du conseil.



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