Thierry Hermès fonde en 1837, à Paris, une manufacture de harnais et de selles destinée à la haute société, spécialisée dans la sellerie de qualité. En 1867, la maison obtient une médaille à l’Exposition universelle de Paris, ce qui lui ouvre une clientèle internationale. En 1880, son fils Charles‑Émile Hermès installe l’atelier et la boutique au 24, faubourg Saint‑Honoré, adresse qui demeure le siège de la maison en 2026. Au début du XXᵉ siècle, Émile-Maurice Hermès développe le « sac haut à courroies » destiné aux cavaliers et adopte la fermeture éclair pour des vêtements et bagages, après avoir obtenu une licence d’exploitation. Dans les années 1930, la marque lance ses premiers carrés de soie, dessinés à partir de plaques gravées et produits à Lyon, avant le développement du sac qui prendra le nom de Kelly et du bracelet Chaîne d’ancre. Après la Seconde Guerre mondiale, ces produits deviennent des références de la mode française, soutenant les ventes alors que la maison reste focalisée sur la maroquinerie, la soie et les accessoires.
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À partir des années 1960, Hermès développe le prêt-à-porter féminin, avec une première collection en 1966, puis masculin, tout en conservant la soie et la maroquinerie comme piliers. En 1978, Jean-Louis Dumas devient gérant d’Hermès International et engage une phase d’internationalisation, avec des ouvertures de boutiques en propre aux États-Unis, au Japon et en Europe, et une diversification dans l’horlogerie, la bijouterie et l’art de la table. Dans les années 1990 et 2000, le groupe renforce son intégration en amont, en prenant des participations dans des tanneries et des ateliers, et en misant sur un réseau quasi exclusivement constitué de magasins en propre. En 2010, la famille Hermès crée la holding H51 pour regrouper la majorité du capital après l’entrée de LVMH au capital, épisode qui aboutit à un accord en 2014 et au désengagement progressif du concurrent.
Une croissance portée par la maroquinerie
En 2024, la division Maroquinerie-Sellerie est le premier contributeur aux ventes d’Hermès, avec une croissance de 18% à taux constants, selon la presse spécialisée. La division Vêtements et accessoires progresse de 15% à taux constants, tandis que la Soie et textiles et les Autres métiers (bijouterie, art de vivre) affichent également une hausse. Les analyses financières indiquent que ces performances s’appuient sur une demande soutenue pour les sacs en cuir, les ceintures, les chaussures et le prêt-à-porter. Les sacs Birkin et Kelly restent vendus dans des conditions de disponibilité limitées, avec des listes d’attente dans plusieurs pays, phénomène décrit comme un facteur de désirabilité. Le communiqué financier 2024 indique que la croissance repose sur l’augmentation progressive des capacités de production dans les ateliers de maroquinerie, avec plusieurs manufactures récemment ouvertes ou agrandies en France.
Les investissements industriels et immobiliers d’Hermès représentent une part importante des flux de trésorerie, avec un accent mis sur les ateliers de maroquinerie et les boutiques phares. Une analyse de banque privée estime que les dépenses d’investissement immobiliers pour les magasins s’élèvent à près de 400 millions d’euros en 2023, sans inclure l’ensemble des projets industriels. Le groupe continue d’annoncer de nouvelles implantations d’ateliers, notamment en Normandie, en Nouvelle-Aquitaine et en Auvergne-Rhône-Alpes, avec des centaines d’emplois à la clé pour chaque site. Cette stratégie, décrite dans des études de cas comme une gestion volontairement contrainte des capacités, favorise le maintien de prix élevés et de marges supérieures aux standards du secteur.
Boutiques, site et nouveaux clients
En 2017, Hermès annonce une refonte de sa présence en ligne, avec l’objectif de faire de hermes.com une plateforme globale combinant présentation de la maison et commercialisation de produits. Axel Dumas a déclaré à cette occasion que le site « marche cahin-caha » mais enregistre une croissance nettement supérieure à celle du chiffre d’affaires global, ce qui motive la modernisation de l’architecture digitale. Depuis, le groupe a déployé une plateforme propriétaire qualifiée de « flagship digital » dans les documents financiers, conçue pour proposer des vitrines, des contenus éditoriaux et des services dans un environnement contrôlé. La page Stratégie du site financier précise que l’e-commerce « se renforce aux côtés du réseau physique » et qu’il attire une majorité de nouveaux clients, notamment dans certaines régions.
Pendant la pandémie de Covid-19, une analyse de la presse spécialisée relève que les ventes en ligne d’Hermès ont fortement progressé et que près de 75% des clients en ligne étaient de nouveaux clients, sans que les ventes digitales ne reculent après la réouverture des boutiques. En 2024, le groupe rappelle que son réseau de distribution est composé principalement de boutiques en propre, avec un contrôle intégral de la mise en scène et du service. Les ouvertures récentes concernent en particulier l’Asie et l’Amérique du Nord, où Hermès inaugure des magasins plus vastes, souvent répartis sur plusieurs niveaux. La coexistence du réseau physique et du site entraîne des arbitrages sur l’assortiment disponible en ligne et les quantités proposées, ce qui limite le poids du digital dans le chiffre d’affaires tout en l’érigeant en levier de recrutement de clientèle.
L’Asie comme moteur principal
Selon la présentation 2024, la région Asie-Pacifique hors Japon représente environ 48% du chiffre d’affaires d’Hermès. Les boutiques de Shanghai, Pékin, Guangzhou, Hongkong, Séoul et Singapour figurent parmi les plus performantes du réseau, selon plusieurs analyses financières. La presse spécialisée note, en janvier 2025, qu’Hermès devrait « largement surperformer » le marché du luxe cette année-là, en partie grâce à la solidité de la demande asiatique en maroquinerie. Au premier trimestre 2025, les résultats publiés indiquent que toutes les zones géographiques progressent, avec une croissance plus soutenue en Asie-Pacifique qu’en Europe. Cette concentration des revenus sur une seule grande région expose toutefois le groupe à un risque accru en cas de ralentissement durable de la consommation en Chine ou de durcissement des régulations sur le luxe.
Les États-Unis et l’Europe continuent de représenter une part significative des ventes, avec une clientèle locale et touristique qui achète autant des sacs que des chaussures, des ceintures et des carrés de soie. Hermès poursuit l’expansion de son réseau aux États-Unis, avec de nouvelles boutiques à New York, Dallas ou Miami, et des rénovations d’adresses historiques comme Madison Avenue. Le Japon, marché mature pour la marque, reste une zone de fidélité élevée, notamment pour la soie et les accessoires, même si sa part relative dans le chiffre d’affaires a reculé avec l’essor de la Chine. Cette répartition, décrite dans plusieurs notes de marché, est l’un des éléments clés de la valorisation du titre, les investisseurs scrutant la capacité d’Hermès à diversifier ses moteurs de croissance.
Un cadre RSE renforcé
En 2026, Hermès publie un Cadre stratégique de développement durable qui fixe les grandes orientations de la maison en matière de climat, de ressources, de milieux naturels, de droits humains et de gouvernance. Ce document, mis à disposition sur le site financier, présente l’ambition de faire de chaque collaborateur un « artisan du développement durable », en intégrant ces objectifs dans les plans d’action des métiers. La politique environnementale révisée détaille les engagements sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la protection des ressources en eau, la limitation des déchets et la prévention des pollutions sur les sites du groupe. Un extrait du rapport RSE 2023 mentionne la prise en compte de la double matérialité en anticipation de la directive CSRD, avec une cartographie des impacts et des risques pour l’entreprise et pour l’environnement.
Un Brief RSE publié en 2025 précise les exigences adressées aux fournisseurs : traçabilité des matières premières, conditions de travail, respect des droits fondamentaux et recours à des labels ou certifications tierces lorsque cela est pertinent. Hermès fait face, depuis plusieurs années, à des critiques d’ONG concernant l’utilisation de cuirs exotiques et les conditions d’élevage dans certaines fermes. Le groupe répond en indiquant travailler à renforcer la traçabilité, à développer des partenariats avec des élevages certifiés et à améliorer ses procédures d’audit. Une analyse du Portail de l’intelligence économique décrit cette stratégie comme une tentative de concilier la place centrale du cuir et des matières animales avec la montée des attentes ESG des clients et des investisseurs. Les autorités européennes et françaises, via la réglementation sur la durabilité et la vigilance, poussent à des exigences accrues en matière de reporting et de contrôle, ce qui oblige la maison à documenter plus finement ses progrès.
Gouvernance familiale et attentes des marchés
En 2014, Axel Dumas, gérant d’Hermès International depuis 2013, réaffirme dans un entretien l’« indépendance très volontaire » du groupe, après plusieurs années de tensions autour de la montée de LVMH au capital. Il a déclaré que cette indépendance permet de privilégier un horizon d’investissement de long terme. En août 2023, dans un entretien accordé à la presse, il indique que la maison a créé 6 000 emplois depuis 2013 et que 5 600 artisans travaillent alors dans les ateliers. Hermès International est organisée sous forme de société en commandite par actions, avec une gérance assurée par un membre de la famille et une majorité du capital détenue par la holding familiale H51.
En 2024, selon un bilan de fin d’année publié par la presse boursière, le titre Hermès figure parmi les principaux gagnants du CAC 40, porté par ses résultats et par la rotation des investisseurs vers les valeurs jugées défensives. Un site spécialisé relève en août 2025 que la valorisation du groupe intègre désormais un niveau de prime élevé par rapport aux autres valeurs du luxe, et décrit une « valorisation exigeante ». Le 15 avril 2025, plusieurs articles rappellent que le dépassement de LVMH en capitalisation s’est produit quinze ans après la tentative de prise de participation rapide du groupe de Bernard Arnault dans Hermès. Ces éléments nourrissent le débat sur la capacité de la maison à soutenir durablement des taux de croissance à un chiffre élevé avec une marge opérationnelle supérieure à 40%, alors que le reste du secteur enchaîne les avertissements sur résultats.
À l’horizon 2026, la maison fondée en 1837 se trouve ainsi dans une position singulière : premier groupe du CAC 40 par capitalisation au printemps 2025, très rentable, exposé à près de 50% à l’Asie et engagée dans un renforcement de sa politique de développement durable. Les prochains trimestres diront si cette combinaison de croissance, d’indépendance familiale et d’atelier artisanal peut résister à l’épreuve d’un secteur en phase de ralentissement et à une surveillance accrue sur les fronts social et environnemental.

