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- Deux mois arrachés après l’échéance
- Agriculteurs : 15 centimes, et Chorus Pro
- Le 31 octobre ne veut pas dire ce qu’on croit
- BTP : 20 centimes, mais 4 000 euros par mois
- Pêche : un montant que personne ne confirme
- Les routiers, eux, sortent du dispositif
- Un prêt Bpifrance, dernier recours des routiers
- 100 euros pour les ménages, et l’horloge tourne
- Ce que le gazole à 2,22 euros change au calcul
- 70 millions par mois, et après ?
Remplir une cuve de carburant agricole engage plusieurs milliers d’euros que l’État rembourse en partie, à condition de frapper à la bonne porte avant la bonne date. Le gouvernement vient de repousser l’extinction du dispositif, sans y inclure tout le monde : les transporteurs routiers sont restés dehors. Pour les autres, deux aides voisines portent presque le même nom sans relever des mêmes décrets, ni des mêmes plafonds, ni du même portail. Mode d’emploi, secteur par secteur.
Deux mois arrachés après l’échéance
« Ces aides seront reconduites pour deux mois pour les agriculteurs, les pêcheurs, pour le secteur du BTP », a déclaré Maud Bregeon, ministre déléguée à l’Énergie et porte-parole du gouvernement, jeudi 3 septembre 2026 sur franceinfo. La nouvelle échéance est fixée au 31 octobre 2026. Le dispositif initial devait s’éteindre le 31 août.
Le 31 août, dernier jour du calendrier prévu, la même ministre s’était bornée à assurer que « ces aides ne seront pas suspendues », sans indiquer la durée de la prolongation ni les secteurs retenus. Trois jours ont séparé cette formule de l’annonce de jeudi.
Trois professions restent couvertes jusqu’au 31 octobre : les exploitants agricoles et forestiers, les pêcheurs, les entreprises du bâtiment et des travaux publics. Le transport routier de marchandises en est écarté. Les automobilistes modestes, eux, relèvent d’une aide entièrement séparée, dont le guichet ferme un mois plus tôt.
Fin août, Maud Bregeon avait donné une garantie opérationnelle : « Nous n’allons pas fermer les portails, nous n’allons pas fermer les guichets. » Le simulateur d’éligibilité et le formulaire de démarche restent accessibles sur aides-carburant.gouv.fr, qui redirige ensuite vers le guichet propre à chaque secteur. Un exploitant agricole et un patron d’entreprise de terrassement partant de cette même page arriveront sur deux portails différents.
Agriculteurs : 15 centimes, et Chorus Pro
Le gazole non routier, ou GNR, est le carburant coloré et détaxé qu’utilisent les tracteurs, les moissonneuses, les pelleteuses et les engins de chantier, interdit sur la voie publique. C’est sur lui que porte l’aide versée aux exploitants agricoles et forestiers par la Direction générale des finances publiques. Elle repose sur le décret n°2026-334 du 30 avril 2026, prorogé par le décret n°2026-477 du 10 juin 2026.
Le taux, fixé à 3,86 centimes par litre pour le mois d’avril 2026, a été relevé à 15 centimes pour les livraisons de mai à août. Une exploitation qui s’est fait livrer 20 000 litres au mois de juillet peut ainsi réclamer 3 000 euros. Un plafond de 50 000 euros par entreprise s’appliquait à la phase d’avril. Ce guichet n’impose aucune limite de nombre de salariés, à la différence de celui du bâtiment.
L’exploitant doit déjà bénéficier de l’accise réduite sur le GNR, autrement dit du tarif de taxe allégé dont profite ce carburant professionnel, prévu aux articles L.312-60 et L.312-61 du code des impositions sur les biens et services. Celui qui se trouve en sauvegarde, en redressement ou en liquidation judiciaire au jour du dépôt ne peut pas prétendre à l’aide. Celui que vise une injonction de récupération de la Commission européenne non plus.
Le dossier se dépose sur portail.chorus-pro.gouv.fr, la plateforme de facturation par laquelle les entreprises échangent déjà leurs documents avec l’administration. Quatre pièces sont exigées : les factures du GNR livré durant le mois concerné, une déclaration sur l’honneur attestant le respect des conditions, une déclaration des aides publiques déjà perçues sur les trois dernières années, ce que Bruxelles appelle les aides de minimis et plafonne pour ne pas fausser la concurrence, et les coordonnées bancaires de l’entreprise. Une facture datée d’un autre mois que celui de la demande fait basculer le dossier hors fenêtre.
À lireSchneider Electric : Olivier Blum, de Grenoble à DubaïLes chambres d’agriculture annoncent un remboursement sous dix jours maximum pour un dossier complet. Les justificatifs se conservent cinq ans.
Le 31 octobre ne veut pas dire ce qu’on croit
Chaque mois de livraison ouvre droit à une demande séparée, dans une fenêtre qui lui est propre. Le calendrier publié sur impots.gouv.fr en distingue cinq. Pour le GNR livré en avril 2026, du 5 mai au 31 juillet. Pour mai, du 5 juin au 31 juillet. Pour juin, du 1er juillet au 31 août. Pour juillet, du 3 août au 30 septembre. Pour août, du 1er septembre au 31 octobre.
Au 3 septembre, les dossiers d’avril, de mai et de juin ne sont plus recevables. L’exploitant qui a laissé passer le 31 août pour ses livraisons de juin a perdu son droit sur ce mois, sans rattrapage prévu par les textes.
Deux fenêtres restent ouvertes. Celle des livraisons de juillet se referme le 30 septembre, celle des livraisons d’août le 31 octobre. Un exploitant qui a acheté du carburant en juillet et en août doit donc déposer deux demandes distinctes, à deux dates différentes, avec deux jeux de factures.
Le 31 octobre 2026 recouvre par ailleurs deux réalités qu’il vaut mieux ne pas confondre. Cette date marque la fin annoncée de la reconduction, et elle ferme le guichet des seules livraisons du mois d’août. Croire qu’un dossier de juillet reste déposable jusque-là coûte l’intégralité de l’aide sur ce mois. Les fenêtres correspondant aux livraisons de septembre et d’octobre découleront des décrets de reconduction, non publiés au jour de l’annonce.
BTP : 20 centimes, mais 4 000 euros par mois
Les entreprises du bâtiment et des travaux publics consomment le même carburant que les agriculteurs, mais relèvent d’un autre texte, le décret n°2026-356 du 8 mai 2026, complété par des décrets de reconduction mensuelle.
Le taux atteint 20 centimes par litre, cinq de plus que pour les exploitants agricoles. Le plafond, lui, tombe à 4 000 euros par entreprise et par mois. Une société de terrassement atteint ce plafond dès 20 000 litres consommés dans le mois, et les litres suivants ne rapportent plus rien. Le seuil de taille a été relevé en cours de route, de 20 salariés maximum en mai à 50 salariés en juin et juillet.
La demande se dépose sur impots.gouv.fr, dans des fenêtres mensuelles distinctes de celles de Chorus Pro. Une entreprise peut cumuler cette aide avec d’autres soutiens publics dans la limite du plafond européen d’aides de minimis, et doit le signaler dès que le total perçu dépasse 600 euros.
La page officielle des impôts, mise à jour le 17 août 2026, et la Fédération française du bâtiment confirment l’une comme l’autre la séparation juridique entre les deux dispositifs. Un dirigeant du BTP qui déposerait son dossier sur Chorus Pro le verrait rejeté.
Pêche : un montant que personne ne confirme
Maud Bregeon a cité les pêcheurs parmi les trois bénéficiaires de la reconduction, le 3 septembre. Une fourchette de 30 à 35 centimes par litre de gazole circule depuis mai 2026, issue de déclarations de la ministre relayées par la presse. Aucun texte réglementaire ni communiqué officiel ne l’a confirmée à ce jour, et aucun guichet dédié n’est identifié.
Un armateur qui prépare sa demande a donc un seul point d’entrée fiable, aides-carburant.gouv.fr, où le montant applicable et le portail de dépôt sont mis à jour au fil des décrets.
Les routiers, eux, sortent du dispositif
Le transport routier de marchandises ne bénéficiera pas de la prolongation. L’Indépendant, L’Est Républicain et BFMTV l’ont établi le 3 septembre 2026, à partir d’une confirmation explicite du ministère de l’Énergie intervenue après l’annonce ministérielle.
Le secteur disposait jusqu’ici d’un mécanisme sans rapport avec les aides au GNR. Les camions roulent au gazole ordinaire, et leurs exploitants touchaient une subvention directe plafonnée à 60 000 euros par entreprise, calculée selon le nombre et le type de véhicules, instruite par l’Agence de services et de paiement. Les demandes au titre du mois de mai devaient être déposées au plus tard le 1er septembre 2026. Les transporteurs suivaient donc un calendrier décalé par rapport aux fenêtres du GNR, ce qui éclaire peut-être leur sortie. Le ministère n’a pas motivé publiquement sa décision.
Concrètement, un transporteur n’a plus de dossier de subvention à déposer. Sa dernière échéance utile est passée depuis le 1er septembre. Il lui reste un guichet, et un seul.
Un prêt Bpifrance, dernier recours des routiers
Bpifrance, la banque publique d’investissement, a ouvert en avril 2026 un prêt Flash Carburant destiné aux très petites et moyennes entreprises du transport, de l’agriculture, de la pêche et du BTP. Le montant va de 5 000 à 50 000 euros, à un taux fixe de 3,8 %, sur 36 mois. La demande se dépose sur le site de la banque.
Le transport routier reste éligible à ce guichet, le seul où le secteur exclu de la reconduction conserve un accès. Une somme empruntée se rembourse, contrairement aux 15 ou 20 centimes par litre versés sans contrepartie aux autres professions. Les douze premiers mois sont exemptés de remboursement du capital : un transporteur qui emprunte cet automne commencera à rembourser au printemps 2027.
100 euros pour les ménages, et l’horloge tourne
Un million et demi de foyers éligibles n’ont pas encore déposé de demande. Le ministère chiffre à environ trois millions le nombre de ménages concernés par l’aide dite « grands rouleurs », et 1,4 million de dossiers avaient été enregistrés au 3 septembre.
Ce guichet, réservé aux ménages modestes qui dépendent fortement de leur voiture pour aller travailler, n’a été prolongé que d’un mois, jusqu’au 30 septembre 2026, contre le 31 août initialement prévu. Les professionnels ont jusqu’au 31 octobre, les particuliers un mois de moins.
Le montant définitif s’élève à 100 euros, confirmé par le site des impôts mis à jour le 2 septembre 2026. Il avait été annoncé à 50 euros lors de la conférence de presse du 21 mai 2026, avant d’être doublé. Sont éligibles les foyers dont les revenus 2024 déclarés au fisc, divisés par le nombre de parts du foyer, ne dépassent pas 16 880 euros, sous condition d’une distance minimale entre le domicile et le lieu de travail. La demande s’effectue sur impots.gouv.fr, muni de son numéro fiscal et de son avis d’imposition 2024. Maud Bregeon a appelé les foyers concernés à la déposer avant le 30 septembre.
Ce que le gazole à 2,22 euros change au calcul
Le gazole B7 s’établissait à 2,220 euros le litre le 2 septembre 2026 et le SP95-E10 à 2,067 euros, selon les relevés agrégés à partir de prix-carburants.gouv.fr. Le SP95 atteignait 2,109 euros, le SP98 2,146 euros.
| Carburant | Prix moyen au 2 septembre 2026 |
|---|---|
| Gazole (B7) | 2,220 €/L |
| SP95 | 2,109 €/L |
| SP95-E10 | 2,067 €/L |
| SP98 | 2,146 €/L |
| Plafond TotalEnergies essence | 1,99 €/L |
| Plafond TotalEnergies diesel | 2,25 €/L |
Ces relevés portent sur les carburants vendus en station, ceux qui déterminent l’aide aux « grands rouleurs ». Les professionnels du GNR achètent, eux, un carburant détaxé livré en cuve, dont le prix suit la même courbe sans se confondre avec ces montants. Les médias qui ont couvert l’annonce citent tous le maintien des prix à la pompe au-dessus de 2 euros comme motif de la reconduction.
À lireSogetrel rachète ELTO France à Renault Group et devient exploitant de bornesLe blocage partiel du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole brut mondial, a suivi la reprise du conflit au Moyen-Orient fin février 2026. Le baril de Brent est passé d’environ 70 dollars à plus de 115 dollars en quelques semaines. Le gazole a frôlé les 2 euros dès fin mars. L’Insee a relevé une inflation à 1,7 % en mars 2026, largement attribuée aux carburants.
Washington et Téhéran ont conclu un accord à la mi-juin, suivi d’un repli du Brent de 5 % en une seule journée. Les hostilités ont repris en juillet. TotalEnergies a rétabli son plafonnement le 22 juillet 2026, à 1,99 euro le litre pour l’essence et 2,25 euros pour le diesel, une mesure maintenue « tant que le conflit durera », a indiqué son PDG Patrick Pouyanné. Le plafond diesel dépasse de trois centimes le prix moyen national relevé le 2 septembre. Début septembre, l’Ufip, la fédération française des industries pétrolières, évaluait à 3 ou 4 centimes par litre l’effet direct du regain de tension. Les 15 centimes versés aux agriculteurs couvrent donc environ quatre fois ce surcoût.
70 millions par mois, et après ?
Les aides aux secteurs exposés coûtent environ 70 millions d’euros par mois à l’État, a indiqué Maud Bregeon dans des propos rapportés par L’Indépendant. Sur les deux mois de reconduction, la facture approcherait 140 millions d’euros. Une note de BNP Paribas chiffrait à environ 400 millions d’euros l’ensemble des mesures françaises de soutien aux secteurs exposés et aux grands rouleurs sur la période antérieure.
L’État a par ailleurs encaissé environ 270 millions d’euros de recettes supplémentaires pour le seul mois de mars 2026, la TVA et les accises s’appliquant à des prix plus élevés.
En mars 2026, le gouvernement avait refusé de créer de nouvelles aides publiques, invoquant leur coût pour les finances de l’État, malgré la pression des oppositions. Il a publié le premier décret GNR six semaines plus tard, le 30 avril.
Patrick Pouyanné a conditionné le maintien du plafonnement de TotalEnergies à la durée du conflit, dont dépend aussi le cours du Brent. Les fédérations du transport routier n’avaient publié aucune réaction à leur exclusion au 3 septembre, alors qu’une contestation de leur part pourrait rouvrir le périmètre. Le gouvernement n’a annoncé aucune décision pour l’après-31 octobre.
Deux guichets ferment le 30 septembre, celui des grands rouleurs et celui du GNR livré en juillet. Un troisième ferme le 31 octobre, pour le GNR livré en août.
