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Famille Beaufour : les milliards cachés derrière Ipsen

D’un médicament au romarin à un groupe coté, Ipsen a bâti la fortune des Beaufour. La succession d’Henri Beaufour a transféré une part clé du capital à la Fondation Alasol.

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Une fortune familiale peut survivre à son fondateur tout en changer de détenteur. Elle peut passer d’un laboratoire provincial à la Bourse, puis d’un héritier à une fondation. Derrière les milliards attribués aux Beaufour, une même mécanique relie médicaments, actions et droits de vote. Elle se joue désormais entre Paris, Luxembourg et les assemblées générales d’un groupe coté.

Le legs qui tient Ipsen

Le 28 mai 2026, la Fondation Alasol détenait indirectement 21 816 679 actions Ipsen, soit 26,03% du capital et 33,07% des droits de vote du laboratoire. Henri Beaufour contrôlait auparavant cette participation à travers Beech Tree, une société holding luxembourgeoise. Membre du conseil d’administration d’Ipsen et représentant de la famille fondatrice, il est mort le 28 novembre 2025.

Son testament a prévu le transfert des actions de Beech Tree à la Fondation Alasol, créée au Luxembourg pour financer des projets d’éducation, de scolarisation et de formation professionnelle destinés à des enfants et à de jeunes adultes défavorisés. L’Autorité des marchés financiers a assimilé cette opération à un reclassement successoral au sein du même ensemble de contrôle. La fondation n’a donc pas eu à lancer une offre publique sur les autres actions Ipsen.

La Fondation Alasol agit désormais avec Beech Tree, MR BMH et Altawin. Ces entités conservent la participation autrefois détenue par Henri Beaufour dans le groupe pharmaceutique.

Un médicament né à Dreux

En 1929, le docteur Henri Beaufour crée les Laboratoires Beaufour à Dreux et commercialise Romarène, un médicament à base de romarin destiné aux troubles digestifs. Le laboratoire lance le citrate de bétaïne en 1954, ouvre une usine à Dreux en 1961, puis une deuxième à L’Isle-sur-la-Sorgue en 1965.

Albert et Gérard Beaufour, les deux fils du fondateur, rejoignent l’entreprise au cours de cette période. En 1969, les Laboratoires Beaufour ouvrent l’Institut Henri Beaufour, leur centre de recherche français. L’entreprise développe alors ses activités de recherche en plus de la production et de la vente de médicaments.

Les Laboratoires Beaufour créent Ipsen en 1975. Le groupe ouvre l’année suivante un centre de recherche à Hopkinton, dans le Massachusetts. Ipsen commercialise Smecta en 1977, un traitement à base de diosmectite qui devient l’un des médicaments les plus connus du groupe dans les troubles digestifs.

Le laboratoire lance Decapeptyl en 1986. Ce médicament est utilisé dans certaines pathologies liées aux hormones, notamment dans des traitements du cancer de la prostate. Les premiers revenus viennent des médicaments digestifs ; les sites de production, le centre de recherche et les traitements spécialisés ajoutent progressivement de la valeur à l’entreprise restée sous contrôle familial.

Les produits anciens paient l’expansion

En juin 2007, Les Echos qualifie Smecta et Tanakan de « vieilles gloires » qui alimentent la trésorerie d’Ipsen. Le quotidien estime alors qu’un nouveau médicament peut nécessiter environ douze ans de développement et coûter entre 300 et 800 millions de dollars.

Les ventes des médicaments historiques donnent au groupe une base financière pour développer de nouveaux produits. Ipsen investit ensuite dans la recherche, les partenariats internationaux et les traitements spécialisés. Le groupe concentre aujourd’hui ses activités sur trois domaines : le cancer, les maladies rares et les maladies du système nerveux.

Son portefeuille comprend notamment Cabometyx, Decapeptyl, Dysport, Iqirvo et Bylvay. Ces traitements demandent des investissements importants avant leur arrivée sur le marché. Les revenus des produits plus anciens ont accompagné le passage d’un laboratoire connu pour Smecta à une entreprise présente dans des maladies plus complexes.

La Bourse garde les Beaufour aux commandes

En 1998, les fonds PAI et CDC prennent une participation dans Beaufour-Ipsen. Le 7 décembre 2005, Ipsen entre en Bourse sur Euronext Paris au prix de 22,20 euros par action.

Le groupe indique que cette opération doit financer son développement dans les médicaments spécialisés et son implantation aux Etats-Unis. La famille Beaufour garde alors une part majoritaire du capital. La cotation donne un prix public aux titres détenus par les sociétés familiales, sans obliger les héritiers à les vendre.

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En 2017, la valeur boursière d’Ipsen atteint 6,9 milliards d’euros. Les descendants d’Henri Beaufour possèdent alors encore 57% de l’entreprise. Le cours de Bourse détermine une grande partie de la valeur théorique de leur patrimoine : une hausse de l’action augmente cette valorisation, sans transformer automatiquement les titres en argent disponible.

Forbes évaluait la fortune d’Anne Beaufour à 4,2 milliards de dollars le 9 septembre 2026. Cette estimation est liée à sa participation dans Ipsen. Le chiffre dépend du cours de l’action retenu et des actifs privés intégrés dans le calcul ; il ne correspond ni à un salaire annuel ni à un montant immédiatement disponible sur un compte bancaire.

Après Albert, le partage du pouvoir

Albert Beaufour meurt en 2000 alors que la famille du fondateur détient encore 76,5% du capital du groupe. Stéphane François, gendre d’Albert Beaufour, prend alors la direction d’Ipsen. Il devient le premier dirigeant extérieur à la famille fondatrice à exercer cette fonction.

Anne Beaufour et Henri Beaufour s’allient ensuite pour reprendre l’ascendant sur la direction de l’entreprise. Leur sœur, Véronique Beaufour, cède une participation donnée pour environ 6% du capital.

Les deux branches familiales détiennent ensuite des participations de même taille. Anne Beaufour passe par Highrock ; Henri Beaufour utilise Beech Tree et MR BMH. Chacune de ces branches contrôle 26,03% du capital d’Ipsen avant le décès d’Henri Beaufour.

Des actions, et davantage de voix

Au 12 mai 2025, Highrock, société contrôlée par Anne Beaufour, possède 21 816 679 actions Ipsen, soit 26,03% du capital et 33,07% des droits de vote. À la même date, Henri Beaufour détient indirectement, par Beech Tree et MR BMH, le même nombre d’actions. Les deux branches représentent ensemble 52,06% du capital et 66,15% des droits de vote.

FinHestia, une société liée à la famille Schwabe, possède 4,58% du capital et 5,66% des droits de vote. Le concert Beaufour-Schwabe atteint alors 56,64% du capital et 71,81% des droits de vote.

Un « concert » désigne ici un accord par lequel plusieurs actionnaires coordonnent leurs votes. Les droits de vote double attachés à des actions conservées depuis longtemps expliquent que les familles pèsent davantage dans les assemblées générales que leur seule part du capital.

En octobre 2025, Highrock, Beech Tree et MR BMH concluent un nouvel accord d’actionnaires. Le texte couvre 52,06% du capital et 66,15% des droits de vote. L’accord organise une concertation avant les réunions du conseil d’administration et les assemblées générales d’Ipsen.

Une fondation à la place d’un héritier

Le 5 décembre 2025, Ipsen annonce que les actions de Beech Tree seront transférées à la Fondation Alasol conformément au testament d’Henri Beaufour. La fondation reçoit cette participation dans le cadre de sa succession.

Elle détient, au 28 mai 2026, 26,03% du capital et 33,07% des droits de vote d’Ipsen, indirectement par Beech Tree et MR BMH. Le 2 avril 2026, l’Autorité des marchés financiers accorde une dérogation à l’obligation de déposer une offre publique. L’autorité estime que le passage des titres d’Henri Beaufour à la Fondation Alasol ne change pas la personne ou le groupe qui contrôle réellement Ipsen.

La Fondation Alasol doit conserver les actions de Beech Tree pendant au moins quinze ans. Elle s’est également engagée à ne pas participer directement à la gestion de la participation d’Ipsen exercée par Beech Tree. Altawin garde des droits de veto inscrits dans les statuts de Beech Tree.

La Fondation Alasol, Altawin et Beech Tree doivent se consulter avant les assemblées générales de Beech Tree et d’Ipsen.

Les chiffres qui font monter l’action

Ipsen réalise 3,6759 milliards d’euros de ventes en 2025, contre 3,4006 milliards en 2024. Les ventes progressent de 8,1% en données publiées et de 10,9% à taux de change constants, c’est-à-dire sans l’effet des variations de devises.

Le groupe publie un résultat opérationnel courant ajusté de 1,2941 milliard d’euros, après 1,1094 milliard en 2024. Son bénéfice net selon les normes comptables internationales atteint 444,5 millions d’euros, contre 347,3 millions un an plus tôt.

Ipsen génère également 1,0006 milliard d’euros de flux de trésorerie disponible en 2025. Ce montant correspond à l’argent restant après les dépenses nécessaires au fonctionnement et aux investissements de l’entreprise.

Les ventes de traitements pour les maladies rares progressent de 102,5% à taux de change constants en 2025. Les neurosciences gagnent 9,7% et l’oncologie 4,1%.

Le 30 juillet 2026, Ipsen publie 2,1902 milliards d’euros de ventes pour le premier semestre, contre 1,8198 milliard un an plus tôt. Le chiffre progresse de 20,4% en données publiées et de 23,5% sans l’effet des devises.

Le résultat opérationnel courant ajusté atteint 844,9 millions d’euros, contre 655,8 millions d’euros au premier semestre 2025. La marge, qui mesure la part des ventes conservée après les charges courantes, passe de 36% à 38,6%.

Ces résultats influencent la valeur des actions Ipsen détenues par les structures familiales. Ils ne permettent pas de connaître le montant exact des revenus personnels d’Anne Beaufour ni les dépenses réalisées par la Fondation Alasol.

Des dividendes, pas une caisse personnelle

L’assemblée générale d’Ipsen du 21 mai 2025 approuve un dividende de 1,40 euro par action au titre de l’exercice 2024. Le groupe verse 116,2 millions d’euros à ses actionnaires le 6 juin 2025.

Une participation de 26,03% donne droit à une fraction des dividendes effectivement distribués. Les comptes accessibles au public ne précisent pas les sommes nettes reçues par Anne Beaufour, Highrock, Beech Tree ou la Fondation Alasol.

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Bloomberg a évalué à environ 4 milliards de dollars la fortune attribuée à Henri Beaufour avant sa mort. Le média indique qu’un trust établi à Curaçao dispose de droits de veto dans le schéma de succession.

Cette somme constitue une estimation de patrimoine. Aucun document public ne détaille l’ensemble des actifs, des dettes, des impôts acquittés et des liquidités d’Henri Beaufour à la date de son décès.

En 2017, des documents issus des Paradise Papers font apparaître deux trusts créés aux Bermudes en 2002 au bénéfice d’Henri, Anne et Véronique Beaufour, les enfants d’Albert Beaufour.

Les documents publics établissent l’existence de ces structures. Aucun jugement ni aucune décision administrative rendus publics ne concluent que leur seule création constitue une fraude fiscale.

Une richesse indexée sur Ipsen

Highrock détient 26,03% d’Ipsen pour la branche d’Anne Beaufour. La fortune d’Anne Beaufour était évaluée à 4,2 milliards de dollars le 9 septembre 2026.

La Fondation Alasol détient indirectement une part identique du capital pour l’ancienne branche d’Henri Beaufour. Cette participation était évaluée autour de 3,4 milliards d’euros en juin 2026, sur la base du cours de Bourse alors retenu.

Les estimations de fortune ne reposent pas toujours sur la même date, le même taux de change ou le même périmètre d’actifs. Elles ne permettent donc pas de fixer un montant unique pour la fortune de l’ensemble de la famille Beaufour.

Highrock détient aussi des domaines viticoles, dont le Jas des Papes, à Châteauneuf-du-Pape, le Domaine du Pavillon, à Crozes-Hermitage, et le château de Calavon, près d’Aix-en-Provence.

Les actions Ipsen demeurent l’actif connu le plus important associé au patrimoine Beaufour. Les ventes de médicaments, les bénéfices du laboratoire, les dividendes et le cours de Bourse déterminent l’essentiel de la valeur attribuée à cette fortune.



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