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Le patrimoine des Martin dépend d’abord du cours d’une action cotée à Paris. Une invention issue de la recherche sur le vin a été transformée en réseau mondial de laboratoires. La famille conserve un pouvoir de décision bien supérieur à sa seule part du capital. Elle a aussi fait sortir du périmètre familial plusieurs immeubles occupés par le groupe.
Un tiers du capital, près de 69% des voix
Au 30 juin 2026, la famille Martin détenait 36,5% du capital d’Eurofins Scientific. Le flottant, c’est-à-dire les actions détenues par les investisseurs autres que la famille de contrôle, représentait 62,1% du capital.
Ce pourcentage ne suffit pas à mesurer le pouvoir de la famille. Au 30 juin 2025, Gilles Martin, son frère Yves-Loïc et leurs proches détenaient 35,1% du capital, mais 68,8% des droits de vote, directement et par l’intermédiaire d’Analytical Bioventures SCA, le holding contrôlé par Gilles Martin. Concrètement, une action Eurofins ne donne pas partout le même poids dans les décisions. Les droits de vote attachés aux titres de la famille lui permettent de peser majoritairement dans les assemblées générales, où les actionnaires approuvent notamment les comptes, les administrateurs et certaines opérations exceptionnelles.
Au 31 août 2026, Eurofins comptait 176 millions d’actions et 362 395 012 droits de vote. Le groupe a réduit ce total à la faveur de rachats de ses propres actions et de l’annulation d’unités bénéficiaires de classe A. Aucun document public ne donne le pourcentage exact des droits de vote détenus par les Martin après ces opérations. Le chiffre de 68,8% correspond donc à la situation du 30 juin 2025, pas à celle de septembre 2026.
En juillet 2025, la fortune réunie de Gilles Martin, d’Yves-Loïc Martin et de leur famille a été évaluée à 3,7 milliards d’euros. Cette estimation reposait entièrement sur des participations cotées. Le 11 septembre 2026, la fortune personnelle de Gilles Martin était évaluée à 3,8 milliards de dollars. Cette estimation ne porte que sur Gilles Martin, alors que le chiffre de 3,7 milliards d’euros concernait l’ensemble de la famille. Ces montants ne correspondent pas à de l’argent disponible sur un compte : ils reflètent surtout le prix auquel le marché valorise les actions Eurofins contrôlées par la famille.
Une méthode née dans les vignes
En 1981, les professeurs G. et M. Martin et leurs équipes de l’université de Nantes ont développé une méthode destinée notamment à repérer l’ajout de sucre dans le vin. Eurofins Scientific a été créée en 1987 avec trois salariés pour commercialiser cette technologie, baptisée SNIF-NMR. Le procédé servait à vérifier l’origine et la pureté de produits alimentaires et de boissons.
Le groupe est entré en Bourse le 24 octobre 1997 sur Euronext Paris. Gilles Martin a ensuite étendu l’activité aux analyses effectuées pour l’industrie pharmaceutique, les laboratoires médicaux, les entreprises agroalimentaires, les fabricants de produits de consommation et les acteurs de l’environnement. En septembre 2026, Eurofins comptait 900 laboratoires dans 61 pays.
À lireDoliprane : le paracétamol français sous contrôle américainEurofins indique que son action a procuré un rendement total cumulé d’environ 38 300% entre l’introduction en Bourse et le 31 décembre 2025, dividendes réinvestis.
Les laboratoires ont fait monter l’action
Eurofins a réalisé 7,296 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, contre 6,949 milliards d’euros un an plus tôt. Le groupe a publié une croissance de 5% en données rapportées et de 4,1% après exclusion des effets de change, des acquisitions et d’autres éléments de périmètre.
Le bénéfice par action de base, c’est-à-dire la part du bénéfice attribuée à chaque action ordinaire, a atteint 2,31 euros en 2025, après 1,87 euro en 2024. Le chiffre représentait une hausse de 24%.
Entre janvier et juin 2026, le groupe a enregistré 3,701 milliards d’euros de chiffre d’affaires, contre 3,612 milliards d’euros sur les six premiers mois de 2025. Les sociétés acquises ont ajouté 23 millions d’euros aux revenus ; les activités déjà présentes au sein du groupe ont progressé de 2,7% à périmètre comparable.
L’EBITDA ajusté, un indicateur de résultat avant intérêts, impôts et certains éléments comptables, a atteint 877 millions d’euros au premier semestre 2026. Ce montant représentait 23,7% du chiffre d’affaires. Le bénéfice par action a atteint 1,55 euro, en hausse de 29% sur un an.
Les investisseurs achètent ou vendent l’action Eurofins à partir de leurs anticipations sur ces résultats, la dette, les acquisitions et les perspectives du groupe. La valeur théorique du bloc détenu par les Martin suit ensuite le cours de l’action, à la hausse comme à la baisse.
Les immeubles sortent du giron familial
Le 24 juin 2024, le fonds vendeur à découvert Muddy Waters a accusé Eurofins de fournir des informations financières insuffisantes et a interrogé des opérations immobilières entre le groupe et des sociétés liées à Gilles Martin.
Un vendeur à découvert parie sur la baisse d’une action : il emprunte des titres, les vend, puis espère les racheter moins cher pour les restituer. Muddy Waters pouvait donc gagner de l’argent si le cours d’Eurofins baissait après la publication de son rapport.
Analytical Bioventures SCA, le holding contrôlé par Gilles Martin, détenait directement ou indirectement certains bâtiments utilisés par Eurofins. Eurofins louait ces laboratoires à des entités liées à son dirigeant et premier actionnaire.
Eurofins a déclaré que ce dispositif avait permis de financer des immeubles spécialisés pendant sa phase d’expansion, tandis que le groupe consacrait ses ressources aux analyses et aux acquisitions. Le groupe a rejeté les accusations de Muddy Waters et a indiqué que les loyers comme les valorisations reposaient sur des comparaisons de marché et des expertises indépendantes.
À lireEfferalgan est-il encore une marque française ?Ernst & Young a réalisé un audit indépendant à la demande d’Eurofins après le rapport de Muddy Waters. En octobre 2024, Eurofins a indiqué que cet audit n’avait relevé aucune anomalie significative dans les relevés de trésorerie examinés. Cette conclusion concerne les éléments soumis à Ernst & Young et ne constitue pas une décision de justice sur l’ensemble des accusations du fonds.
Le 24 avril 2025, 95,6% des votes exprimés lors de l’assemblée générale d’Eurofins ont approuvé le rachat d’actifs détenus par des entités liées. Au second semestre 2025, Eurofins a acheté 31 campus stratégiques situés dans huit pays, jusqu’alors détenus par ces entités. Les sites représentaient environ 239 000 mètres carrés de surface nette ; Eurofins a chiffré l’investissement net à 298 millions d’euros.
Une fortune liée à une seule entreprise
La fortune de la famille Martin repose principalement sur les actions Eurofins détenues directement ou par l’intermédiaire d’Analytical Bioventures. Au 30 juin 2026, les Martin détenaient plus d’un tiers du capital du groupe. Au 30 juin 2025, ils disposaient de près de 69% des droits de vote.
Analytical Bioventures a aussi acheté 3 000 actions Eurofins pour 218 458 euros lors d’opérations déclarées au début de septembre 2026. Ces achats restent modestes à l’échelle des 176 millions d’actions qui composent le capital du groupe.
Les travaux menés à Nantes sur l’authentification du vin ont fourni le premier actif. Les actions Eurofins, conservées pendant l’expansion internationale du groupe, constituent aujourd’hui la principale source de la fortune des Martin.
