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Yoplait : le retour d’une marque française, version américaine

Sodiaal a repris Yoplait et Liberté au Canada en 2025. Lactalis a acquis les activités américaines de General Mills : la marque et son marché US ont désormais deux centres de pouvoir.

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Créée en 1965 par des producteurs de lait français, Yoplait est redevenue en 2021 la propriété de Sodiaal, leur coopérative. Sodiaal a ensuite repris, le 27 janvier 2025, les activités canadiennes de Yoplait et Liberté, avec l’usine de Saint-Hyacinthe, au Québec. Lactalis a acquis, le 30 juin 2025, le portefeuille américain de yaourts de General Mills, dont les ventes nettes atteignaient 1,2 milliard de dollars sur l’exercice 2025. Le nom Yoplait appartient à Sodiaal, tandis que son activité américaine relève désormais de Lactalis.

Sodiaal détient les marques Yoplait et Liberté dans le monde. Lactalis exploite depuis le 30 juin 2025 les activités américaines de yaourts Yoplait qu’il a reprises à General Mills. Cette répartition fixe le pouvoir réel sur la marque : la coopérative française garde les droits mondiaux sur le nom, alors que Lactalis commande les usines, les produits et les ventes aux Etats-Unis.

General Mills a cédé à Lactalis un portefeuille qui comprenait Yoplait, Go-Gurt, Oui, Mountain High et :ratio. Le groupe américain a aussi transféré deux sites de production, à Murfreesboro, dans le Tennessee, et à Reed City, dans le Michigan. Lactalis a repris les équipes, les chaînes de production, les contrats commerciaux et la distribution de ces produits aux Etats-Unis.

Sodiaal avait préparé ce partage dès 2021. La coopérative avait alors repris les activités européennes de Yoplait et la propriété mondiale des marques Yoplait et Liberté. General Mills avait conservé ses activités américaines et canadiennes, avec un droit d’usage des marques. L’accord avait séparé la propriété du nom de son exploitation en Amérique du Nord.

Lactalis a succédé à General Mills dans l’exploitation américaine. Les documents publics consultés ne détaillent ni la durée des droits d’utilisation, ni leur éventuelle exclusivité, ni leurs conditions financières. Des publications sectorielles décrivent cette exploitation comme une licence accordée par Sodiaal, détenteur de la marque.

La marque mondiale et les usines américaines

Sodiaal, première coopérative laitière française, détient le nom Yoplait, son logo et les marques associées. Cette propriété donne à la coopérative le pouvoir de définir le cadre juridique de l’usage de Yoplait à l’international, y compris lorsqu’un industriel partenaire fabrique et vend les produits sur un marché local.

Lactalis a acquis un autre ensemble d’actifs. Le groupe laitier privé, détenu par la famille Besnier, a repris les équipes, les sites industriels et les contrats commerciaux des activités américaines de yaourts de General Mills. General Mills évaluait les ventes nettes de ce périmètre à environ 1,2 milliard de dollars sur son exercice 2025. Ce chiffre couvre l’ensemble des marques cédées ; il ne mesure pas les seules ventes de Yoplait.

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Les usines de Murfreesboro et de Reed City donnent une dimension concrète à ce partage. Lactalis y produit des yaourts, emploie des salariés et approvisionne la grande distribution américaine. Sodiaal conserve la marque Yoplait qui apparaît sur une partie des emballages commercialisés aux Etats-Unis.

Le groupe qui fabrique ne détient donc pas les droits mondiaux sur le nom. Cette distinction explique pourquoi l’étiquette visible en rayon ne suffit pas à identifier l’entreprise qui possède réellement Yoplait.

Le Canada réunit marque et production

Sodiaal a récupéré au Canada les activités qui complètent la propriété de la marque. Le 27 janvier 2025, General Mills a finalisé la vente de son activité canadienne de yaourts à la coopérative française. La transaction portait sur les opérations locales de Yoplait et Liberté ainsi que sur l’usine de Saint-Hyacinthe, au Québec.

La coopérative a annoncé le lendemain la nomination de Raphaël de Pazzis à la direction générale de Yoplait Liberté Canada. Il est rattaché à Myriam Riedel-Kienzi, directrice générale de Yoplait International et membre du comité exécutif de Sodiaal. Cette nomination inscrit la filiale canadienne dans l’organisation internationale de la coopérative.

Depuis 2021, Sodiaal détenait au Canada les marques Yoplait et Liberté, alors que General Mills fabriquait et vendait encore les produits. Le rachat de janvier 2025 a réuni la propriété du nom, l’outil industriel et l’exploitation commerciale sous le même groupe.

L’usine de Saint-Hyacinthe donne une portée concrète à cette reprise. Sodiaal a récupéré une structure qui transforme, conditionne et distribue des yaourts pour le marché canadien. L’exception territoriale se concentre désormais aux Etats-Unis, où Lactalis exploite les activités Yoplait.

General Mills se retire après onze ans

General Mills avait pris le contrôle opérationnel de Yoplait en 2011. Le groupe américain avait acquis 51% de Yoplait SAS, tandis que Sodiaal conservait une participation minoritaire dans l’entreprise et une position dans les structures qui détenaient les droits de marque.

Les comptes de General Mills décrivaient déjà une architecture séparant l’entreprise opérationnelle de la propriété des marques. Le groupe détenait 50% de Yoplait Marques SNC, la société propriétaire des marques Yoplait ; Sodiaal contrôlait l’autre moitié. General Mills dirigeait donc les opérations sans détenir seul l’actif de marque.

Sodiaal a inversé cette répartition en 2021. General Mills a cédé à la coopérative ses activités européennes de Yoplait. La transaction, finalisée le 30 novembre 2021, a aussi transféré à Sodiaal la propriété mondiale des marques Yoplait et Liberté. General Mills a conservé à ce moment-là ses activités canadiennes et américaines, ainsi que des droits d’usage des marques.

Ce partage a pris fin en 2025. Sodiaal a repris le Canada en janvier, puis Lactalis a repris les Etats-Unis en juin. General Mills décrit désormais ces activités comme des désinvestissements dans ses documents financiers déposés auprès de la Securities and Exchange Commission, le régulateur boursier américain.

Ces cessions ont produit des gains comptables importants pour l’ancien propriétaire opérationnel. General Mills a enregistré un gain avant impôt de 95,9 millions de dollars sur la vente canadienne et de 1,0465 milliard de dollars sur la vente américaine. Ces montants mesurent le résultat comptable constaté par General Mills ; ils ne révèlent pas les prix payés séparément par Sodiaal et Lactalis.

Le groupe américain avait annoncé des accords d’un montant global d’environ 2 milliards de dollars pour l’ensemble de ses activités nord-américaines de yaourts. Ce périmètre comprenait plusieurs marques, les sites industriels et les activités commerciales associées. Il ne permet donc pas d’isoler une valeur propre à Yoplait.

Sodiaal et Lactalis, deux leviers

Sodiaal réunit plus de 8 000 fermes membres et plus de 14 500 éleveurs, selon la Banque européenne d’investissement. L’institution indique que les marques Yoplait, Candia et Entremont appartiennent à cette coopérative laitière française.

Pour ces producteurs, Yoplait transforme le lait collecté en produits de grande consommation vendus sous une marque connue. La coopérative capte ainsi une part de la valeur créée après la collecte, au stade de la transformation et de la vente au consommateur.

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Lactalis a choisi un autre levier. Le groupe familial a repris aux Etats-Unis des marques, deux usines et une organisation commerciale déjà implantée. Cette acquisition renforce sa présence dans l’ultrafrais, la catégorie qui réunit notamment yaourts et desserts laitiers vendus au rayon réfrigéré.

Les Echos a présenté, le 30 juin 2025, cette acquisition comme une opération majeure pour l’expansion américaine de Lactalis. Le quotidien économique souligne le poids stratégique de ce marché dans le développement international du groupe laitier.

Sodiaal tire de Yoplait la valeur associée à une marque issue de son histoire coopérative. Lactalis tire de l’activité américaine des volumes produits, distribués et vendus aux Etats-Unis. Les deux entreprises françaises agissent donc sur des segments différents de la même chaîne économique.

Un même nom, plusieurs pouvoirs

Cette chaîne économique éclaire la réponse au dossier Yoplait. Le nom d’une marque, l’usine qui fabrique le produit, l’entreprise qui négocie avec les distributeurs et celle qui enregistre les ventes peuvent relever d’acteurs différents.

Sodiaal détient la marque mondiale. La coopérative exploite directement les activités européennes, reprises en 2021, et les activités canadiennes, reprises en janvier 2025. Lactalis pilote les opérations américaines depuis juin 2025. General Mills a cédé ses derniers actifs de yaourts en Amérique du Nord et ne contrôle plus les activités Yoplait sur ce continent.

La marque née de coopératives françaises demeure ainsi dans le patrimoine de Sodiaal. Lactalis exploite les usines de Murfreesboro et de Reed City pour alimenter le marché américain sous le nom Yoplait.



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