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Smecta : l’histoire méconnue d’un changement de mains

Derrière le Smecta se trouve désormais Mayoly, groupe familial lié à la famille Vernin. Le laboratoire a repris en 2022 l’activité de santé familiale cédée par Ipsen.

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Le Smecta a quitté Ipsen le 28 juillet 2022, lorsque Mayoly a racheté la branche de santé familiale du laboratoire français. Le groupe, lié à la famille Vernin et soutenu dans l’opération par CAPZA et Caravelle, a repris une marque familière des pharmacies. Il a aussi repris un médicament dont l’usage demeure encadré chez les enfants et contesté par la revue médicale indépendante Prescrire.

Le Smecta appartient désormais à Mayoly. Le groupe pharmaceutique français a achevé, le 28 juillet 2022, l’acquisition de la branche Consumer Healthcare d’Ipsen, qui regroupait notamment l’antidiarrhéique à base de diosmectite, Forlax, Fortrans et Tanakan.

Cette opération a mis fin à une association ancienne. Ipsen avait lancé le Smecta en 1977 et l’avait installé dans les armoires à pharmacie françaises. Mayoly a repris depuis lors la marque et les activités de santé familiale auxquelles elle était rattachée.

En France, la responsabilité juridique du produit relève de Mayoly Pharma France. La Base de données publique des médicaments désigne cette société comme titulaire de l’autorisation de mise sur le marché, ou AMM, du Smecta 3 g orange-vanille. Le titulaire de l’AMM répond du médicament auprès des autorités sanitaires.

L’adresse inscrite dans ce dossier réglementaire, au 3, place Renault, à Rueil-Malmaison, rend le transfert concret. La marque est restée dans les pharmacies ; Mayoly Pharma France la porte désormais auprès des autorités.

Mayoly Pharma France depuis 2025

Cette responsabilité réglementaire s’est inscrite dans les registres de l’entreprise. Mayoly Pharma France a adopté cette dénomination le 1er février 2025, selon les informations légales publiées sur la société. Elle portait auparavant le nom d’Ipsen Consumer Healthcare.

Jean-Nicolas Vernin préside Mayoly Pharma France. Mayoly rattache son histoire à la famille Vernin depuis 1909, lorsque le pharmacien Louis-Charles Vernin a fondé les Laboratoires galéniques Vernin. Jean-Nicolas Vernin a succédé à son père, Jean-Gilles Vernin, à la direction de l’entreprise en 2008.

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Le groupe se présente comme français, familial et indépendant. Il concentre son activité sur la gastroentérologie, c’est-à-dire les maladies et troubles de l’appareil digestif, et sur la dermocosmétique, qui associe soins de la peau et produits cosmétiques. Le Smecta prolonge son implantation dans le premier de ces domaines.

Cette histoire familiale éclaire la reprise d’une marque connue au-delà du secteur médical. Le Smecta appartient à ces médicaments de santé familiale que les consommateurs identifient par leur nom, leur boîte ou leurs sachets. Mayoly a ainsi acquis un produit déjà installé dans les habitudes, avec les obligations qui l’accompagnent.

Une cession de portefeuille

Cette reprise ne portait pas sur le seul Smecta. Ipsen et Mayoly Spindler avaient annoncé, en février 2022, des négociations exclusives sur la branche Consumer Healthcare d’Ipsen. Le périmètre réunissait Smecta, Forlax, Fortrans et Tanakan, des marques commercialisées dans de nombreux pays.

Le Smecta figurait parmi les produits les plus visibles de cette activité. Mayoly a repris une division entière, avec ses médicaments grand public et son déploiement international. La transaction a donc transféré davantage qu’un nom commercial.

Ipsen avait choisi de concentrer ses investissements sur les médicaments de spécialité, notamment en oncologie, en neurosciences et dans certaines maladies rares. Ces traitements s’adressent souvent à des patients suivis par des spécialistes ou à l’hôpital, loin des circuits de la pharmacie familiale.

Mayoly suivait une stratégie complémentaire. Le laboratoire cherchait à renforcer ses activités dans les troubles digestifs et la santé familiale. La cession a permis à Ipsen de céder une activité qui ne relevait plus de ses priorités, tandis que Mayoly renforçait son portefeuille en gastroentérologie.

La famille Vernin et ses partenaires

Cette ambition a exigé des financements extérieurs. Mayoly se présente comme une entreprise familiale et indépendante, sous la présidence de Jean-Nicolas Vernin. L’acquisition de la branche d’Ipsen a toutefois mobilisé CAPZA, société de gestion spécialisée dans l’investissement en entreprises.

Caravelle, groupe d’investissement familial de la famille Martel, a également participé au financement, selon les communications publiées au moment du rachat. CAPZA et Caravelle ont pris des participations minoritaires dans l’ensemble constitué autour de Mayoly.

Les groupes concernés n’ont pas publié la répartition détaillée et actualisée de leur capital. Il serait donc hasardeux d’attribuer au pourcentage près la propriété économique du Smecta entre la famille Vernin, CAPZA et Caravelle.

La chaîne de contrôle se lit avec plus de certitude dans les actes publics : Mayoly exploite la marque, et Mayoly Pharma France détient l’AMM française. Ces éléments identifient l’entreprise responsable du médicament sur le marché français.

Une argile sous surveillance

Cette responsabilité porte aussi sur un produit dont l’emploi est encadré. La diosmectite, la substance active du Smecta, est une argile naturelle purifiée qui couvre la muqueuse digestive. Elle entre dans la composition d’un médicament utilisé pour traiter les symptômes de la diarrhée aiguë.

Son origine minérale a conduit l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, l’ANSM, à encadrer son usage. En février 2019, l’agence a recommandé de ne plus administrer le Smecta et les autres médicaments à base d’argile aux enfants de moins de deux ans, par mesure de précaution.

L’ANSM a invoqué la présence possible de traces de plomb dans les argiles extraites du sol. L’agence indiquait alors ne pas avoir eu connaissance de cas de saturnisme, une intoxication au plomb, attribués au Smecta ou à son générique. Une étude fournie par Ipsen n’avait pas relevé de passage du plomb dans le sang chez des adultes traités pendant cinq semaines.

L’agence a toutefois considéré que cette étude ne permettait pas d’écarter le risque chez les nourrissons et les très jeunes enfants. Les notices actuelles reprennent cette précaution : le Smecta ne doit pas être utilisé chez le nourrisson ni chez l’enfant de moins de deux ans.

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Chez les enfants plus âgés, le médicament accompagne une réhydratation orale et son emploi demeure limité dans le temps. Mayoly commercialise donc un produit toujours autorisé, dont les conditions d’utilisation résultent d’une alerte sanitaire antérieure à son acquisition.

Le débat médical persistant

Cet encadrement réglementaire ne clôt pas la discussion médicale. L’ANSM maintient le Smecta sur le marché français dans les conditions prévues par son AMM, avec des restrictions d’âge et des précautions d’emploi.

La revue médicale indépendante Prescrire adopte une appréciation plus sévère. Dans son bilan 2026 des médicaments à écarter, elle maintient la diosmectite, commercialisée notamment sous la marque Smecta, parmi les traitements dont elle déconseille le recours.

Prescrire invoque la contamination naturelle des argiles par le plomb et juge défavorable la balance entre les bénéfices attendus et les risques. La revue recommande aux soignants et aux patients de privilégier d’autres réponses, en particulier une réhydratation adaptée en cas de diarrhée aiguë.

Mayoly Pharma France demeure le titulaire de l’AMM du Smecta. Le laboratoire commercialise ainsi une marque qui conserve sa place en pharmacie, sous les restrictions fixées par l’ANSM et dans un débat médical que Prescrire poursuit.



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