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Deux. Sur les vingt-quatre analystes qui suivent Stellantis, deux seulement conseillent encore d’acheter le titre, soit 8,3 %. Aucune autre valeur du CAC 40 n’inspire une telle défiance. Le groupe né en 2021 de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler promettait de bâtir un champion mondial capable de rivaliser avec Toyota et Volkswagen. Il se retrouve relégué au rang de dossier que l’on évite.
Pendant ses premières années, Stellantis avait pourtant vendu aux marchés une histoire simple : celle d’une machine à cash, pilotée avec une discipline de fer sur les coûts et capable de vendre ses voitures cher. Les résultats ont un temps donné raison au discours. C’est à cette histoire que les investisseurs ont cessé de croire, et la chute du groupe tient d’abord à cette perte de crédibilité.
L’Amérique, talon d’Achille
Le récit reposait largement sur l’Amérique du Nord. C’est là que se fabriquent les Jeep et les pick-up Ram qui ont longtemps nourri les profits, et c’est là que le redressement devait se jouer. Au deuxième trimestre, la rentabilité de la région a pourtant déçu, précisément où les investisseurs attendaient un signal de reprise.
Chez Oddo BHF, banque d’investissement franco-allemande, le constat est sans fard : « Les progrès sont lents, le chemin à parcourir est encore long ». Le marché n’attend plus de promesses. Il exige des preuves, et Stellantis ne les fournit pas.
À lireLicenciements : la plus lourde coupe de l’histoire de VolkswagenLa sanction a été immédiate. Les dégradations d’opinion (ces abaissements de recommandation par lesquels un analyste retire sa confiance à un titre) se sont enchaînées. Le courtier américain Bernstein conseille désormais de vendre et voit encore l’action reculer de près de 20 %, après un plongeon de 48 % sur l’année. Quand un titre a déjà perdu près de la moitié de sa valeur et qu’on lui prédit encore une baisse d’un cinquième, la défiance n’a plus rien de passager.
Des parkings pleins, des marges vides
Cette défiance se nourrit d’un autre signal, visible à l’œil nu chez les concessionnaires américains : les stocks remontent. Des voitures qui ne se vendent pas sont des voitures trop chères, mal positionnées, ou les deux. La banque suisse UBS en tire la conséquence : le constructeur devra réduire sa production et multiplier les rabais pour écouler ses modèles au second semestre.
L’équation est cruelle. Produire moins, c’est répartir le coût fixe des usines sur un plus petit nombre de véhicules. Consentir des remises, c’est réduire ce que rapporte chaque voiture vendue. Les deux leviers frappent la rentabilité, celle-là même qui faisait la fierté du groupe.
Cette rentabilité reposait sur un pari : des prix élevés et des coûts comprimés tiennent tant que la demande suit. Ils cèdent quand les clients décrochent et que la concurrence, américaine comme asiatique, propose mieux pour moins cher. À force de privilégier la marge immédiate, Stellantis donne le sentiment d’avoir négligé ce qui fait la valeur durable d’un constructeur : des modèles que l’on a envie d’acheter.
Ce que le marché réclame
Le doute des analystes porte donc moins sur la taille du groupe que sur son cap. Personne ne conteste ses quatorze marques, sa présence mondiale ni sa trésorerie, qui lui laisse du temps. Les deux recommandations d’achat disent seulement que le marché ne voit pas comment ces atouts redeviendront une croissance rentable.
Rien n’est irréversible dans l’automobile, et le secteur a connu des renaissances spectaculaires. Mais le temps ne suffira pas. Le groupe doit d’abord admettre que son problème américain tient à sa stratégie et non à la conjoncture. Il doit ensuite écouler ses stocks, quitte à sacrifier quelques trimestres de marge, plutôt que de laisser la situation pourrir. Il doit surtout revenir au produit : des modèles au bon prix, au bon moment, dans les catégories de véhicules où la demande existe.
À lireDe la voiture à l’obus : les usines automobiles préparent la guerreLes marchés pardonnent les mauvaises nouvelles. Ils ne pardonnent pas les histoires auxquelles ils ont cessé de croire. Pour Stellantis, la remontée commencera le jour où les chiffres cesseront de démentir le discours.
