AccueilSecteursDéfenseRafale et Typhoon : tout les oppose

Rafale et Typhoon : tout les oppose

Le 2 août 1985, à Turin, une réunion entre partenaires européens tourne court. La France quitte la table. Cet échec à bâtir un avion de combat commun ne produit pas seulement deux programmes distincts. Il produit deux visions incompatibles de ce que doit être un chasseur moderne.

La divergence, en apparence, est technique. Les Britanniques, Allemands et Italiens défendent un appareil lourd de 9,75 tonnes à vide, propulsé par un moteur de 9,2 tonnes de poussée. Paris réclame un avion plus léger, sous les 9 tonnes, et surtout capable de tout faire. L’objectif français est précis : un chasseur qui, dans une même sortie, peut intercepter un appareil ennemi, appuyer des troupes au sol, conduire une reconnaissance et larguer une bombe nucléaire.

Derrière le désaccord de gabarit, c’est une doctrine qui s’affronte. Les partenaires européens pensent encore dans la logique de la Guerre froide : un intercepteur puissant, dédié à la défense aérienne. La France pense autonomie et polyvalence. Quand l’Espagne, initialement proche de Paris, bascule du côté germano-britannique, le ministère français de la Défense tranche. Le programme sera national. La crainte d’un refus futur de transferts technologiques essentiels accélère la décision.

Le Rafale, omnirôle par conception. Le Typhoon, intercepteur par héritage

Le Rafale n’est pas omnirôle parce qu’on lui a ajouté des capacités au fil du temps. Il l’est par construction. La fusion de capteurs, le calculateur central et l’intégration des systèmes permettent au pilote de changer de mission sans transition. Supériorité aérienne, frappe au sol, reconnaissance, frappe nucléaire avec le missile ASMPA : tout est disponible dans le même vol, sur le même appareil.

Le Typhoon part d’une logique inverse. Conçu pour exceller en combat aérien à haute altitude, en vitesse et en montée rapide, il est fondamentalement un intercepteur. Ses capacités air-sol lui sont greffées progressivement, par l’ajout de pods et de munitions guidées. La philosophie de base n’est jamais transformée : la défense aérienne reste le coeur du dispositif.

Sur les théâtres d’opérations, deux spectres d’emploi très différents

Le Rafale entre en service opérationnel en 2007. En Afghanistan, il assure l’appui au sol. En Libye, lors de l’opération Harmattan en 2011, il cumule plus de 1 000 sorties en assurant dans une même mission la supériorité aérienne, la reconnaissance et le bombardement de précision. C’est aussi le premier emploi du missile Scalp-EG en frappe stratégique. En janvier 2013, un Rafale réalise la plus longue mission de bombardement de l’histoire de l’armée de l’Air française : plus de neuf heures de vol depuis la métropole jusqu’au Mali. L’Irak et la Syrie suivent.

Le Typhoon effectue son premier engagement réel en 2011, également en Libye, mais dans un rôle plus restreint, souvent en soutien des Tornado. Il est ensuite déployé en Irak et en Syrie, dans des missions plus ciblées. Il assure par ailleurs la police du ciel de l’OTAN dans les pays baltes. Sa présence sur les théâtres est régulière, mais son spectre d’emploi reste étroit.

Un programme national contre un consortium à quatre : les conséquences industrielles et commerciales

Dassault Aviation pilote seul le Rafale. La gouvernance est courte, les arbitrages rapides, la chaîne d’assemblage unique. L’État français conserve la maîtrise totale des décisions d’exportation. Le résultat est une compétitivité à l’export qui s’est traduite par des contrats en Inde, en Égypte, au Qatar, aux Émirats arabes unis et en Indonésie.

Le Typhoon obéit à une tout autre logique. Produit par un consortium réunissant le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, il fonctionne à l’unanimité. Chaque pays membre dispose d’un droit de veto sur les ventes. Les chaînes d’assemblage sont multiples, les délais allongés par la coordination permanente. Le coût unitaire et le coût à l’heure de vol sont nettement supérieurs à ceux du Rafale, selon plusieurs cours des comptes nationales. Le Typhoon totalise un volume de commandes plus important au global, mais l’essentiel provient de ses pays membres. Dans les appels d’offres ouverts à la concurrence, le Rafale l’emporte le plus souvent.

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