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- 215 millions pour rafler 81 magasins Colruyt
- 48,66 milliards d’euros de chiffre d’affaires
- 2 milliards d’euros à conquérir avec les MDD
- 15 septembre 1969 : le schisme fondateur
- Une cinquantaine d’usines, 11 000 salariés, 100% français
- Thierry Cotillard, 51 ans, agronome breton
- « Deux jambes : émotionnelle et rationnelle »
- Pressions sur fournisseurs et débâcle belge
- Trois axes pour rattraper Leclerc et Carrefour
En 2025, Intermarché réalise des « résultats historiques » avec 48,66 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 17,5% de parts de marché, portée par le rachat de 294 magasins Casino et l’annonce en juin du rachat de 81 magasins Colruyt. Cette offensive du groupement coopératif breton, présidé depuis 2023 par Thierry Cotillard, place 600 nouveaux points de vente sous pavillon Mousquetaires d’ici 2026.
Depuis octobre 2023, le groupement des Mousquetaires a repris 294 magasins à Casino, confronté à de grandes difficultés financières en raison d’un endettement contracté sous la présidence de Jean-Charles Naouri. Sur ce total, 211 ont été transformés en Intermarché, 62 en Netto, tandis que 21 ont été cédés à la demande de l’Autorité de la concurrence.
Les chiffres d’affaires post-conversion augmentent de 30% à 50% selon les sites. « Après quelques mois d’ouverture, les 58 magasins ont enregistré une croissance de leur chiffre d’affaires de 12,7% en moyenne », a déclaré Thierry Cotillard, président du groupement Mousquetaires, en juillet 2024. En février 2025, il a ajouté : « Avec les magasins Casino, nous avons gagné seize ans. »
Les prix pratiqués sont en moyenne 15% moins chers que ceux de Casino. En 2025, environ 280 000 nouveaux clients ont été séduits par les anciens magasins Casino transformés, contribuant à hauteur de 3,6% à la croissance globale du groupement. « Lorsqu’on a signé l’accord pour racheter les magasins Casino, certains disaient que c’était un pari fou. Aujourd’hui, c’est un pari gagnant. En 2025, la croissance est portée par Casino », a indiqué le président en mars 2026.
En avril 2025, un an après le rachat, le groupement annonce envisager la fermeture de 30 magasins parmi les sites repris, qui emploient au total 680 salariés. Le groupe explique cette décision par un « équilibre financier inatteignable » pour ces points de vente.
215 millions pour rafler 81 magasins Colruyt
Le 17 juin 2025, le distributeur belge Colruyt annonce que le groupement Les Mousquetaires « s’engage à acquérir » 81 des 104 magasins de son réseau français, pour un montant total d’environ 215 millions d’euros. Dans un communiqué séparé, Les Mousquetaires et Intermarché confirment « une entrée en négociations exclusives » pour l’acquisition de 81 supermarchés et 44 stations-service situés dans l’est et le centre-est de la France.
La transaction représente environ 30% du chiffre d’affaires de Colruyt France, qui atteignait 716 millions d’euros à fin mars 2025. Le groupement français prévoit de reprendre 1 300 des 2 200 employés de Colruyt France. Les salariés transférés bénéficieront des accords collectifs Colruyt pendant encore 15 mois après le transfert.
Le 17 février 2026, l’Autorité de la concurrence autorise la reprise des 81 magasins sous réserve de la cession de trois points de vente : Poligny, Brazey-en-Plaine et Sainte-Foy-l’Argentière. La réalisation de l’opération est prévue au premier semestre 2026.
Sur les 104 magasins Colruyt en France, 24 restent sans repreneur, menaçant jusqu’à 950 emplois selon les syndicats.
48,66 milliards d’euros de chiffre d’affaires
Le groupement Mousquetaires affiche un chiffre d’affaires de 48,66 milliards d’euros hors carburant en 2025, en hausse de 4,2%. Carburants inclus, le total atteint 61,2 milliards d’euros. Les enseignes Intermarché et Netto en France réalisent à elles seules 34,356 milliards d’euros, en progression de 5,4%.
À lireMaisons du Monde au bord de failliteAvec 17,5% de parts de marché, Intermarché conserve sa troisième place dans la distribution française, derrière E.Leclerc (24,3%) et Carrefour (21,6%), selon les données publiées en mars 2026. L’enseigne progresse de 0,6 point sur un an. L’année 2025 a permis de séduire 233 000 nouveaux clients.
Le réseau Intermarché compte environ 2 168 magasins en France en 2025, contre 1 887 fin 2023, porté par l’intégration de 231 supermarchés Casino repris en 2024. L’enseigne se décline en 1 424 Super, 128 Hyper, 294 Contact et 220 Express.
Le canal numérique progresse de 13,3% en 2025 et atteint 1,90 milliard d’euros de chiffre d’affaires en « sortie caisses », incluant produits de grande consommation, frais et non-alimentaire. Le rayon produits frais affiche une progression de 7,9% en 2025, un segment sur lequel les hard discounters peinent à rivaliser.
2 milliards d’euros à conquérir avec les MDD
Le 9 avril 2026, Intermarché annonce viser 40% de parts de marché pour ses produits de Marques De Distributeur (MDD) d’ici trois ans, contre 35,2% actuellement. Cette progression de 4,8 points doit générer 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires supplémentaires.
L’unification récente des 29 marques historiques sous le logo Intermarché marque un tournant. Des enseignes comme Pâturages, Monique Ranou ou Paquito arborent désormais le logo de l’enseigne mère. En 2025, le chiffre d’affaires des MDD a progressé de 5%, soutenu par le lancement de plus de 300 nouveautés dont 13 innovations exclusives.
Dès mai 2026, Intermarché lance une gamme apéritif à base de pois chiche en partenariat avec la PME Chiche, affichant un Nutri-Score A ou B sur un segment historiquement mal noté. À partir de juillet 2026, de nouveaux produits arrivent en rayon : barres de céréales Chabrior, mozzarella et fromage de brebis Pâturages protéinés, yaourts à boire.
Le biscuit cœur onctueux Chabrior, lancé fin 2025 et fabriqué par Agromousquetaires, a décroché le titre de Saveur de l’Année 2026. Depuis début 2026, l’enseigne commercialise des exclusivités gourmandes : pinsa romana, shots de gingembre Paquito, tablette Le Gianduja aux éclats de noisettes signée Les Créations.
En 2026, Intermarché lance également la gamme « Je réduis », qui affiche la réduction de l’empreinte carbone sur les emballages. « Notre offre MDD, en moyenne 32% moins chère que les marques nationales, et sans transiger sur la qualité, est une réponse concrète à la baisse du pouvoir d’achat », a indiqué la direction.
15 septembre 1969 : le schisme fondateur
Le 15 septembre 1969, Jean-Pierre Le Roch, entrepreneur breton devenu bras droit d’Édouard Leclerc au sein de la coopérative E.Leclerc, claque la porte à la suite d’un désaccord sur le développement du groupe. Il entraîne avec lui 92 distributeurs indépendants, représentant 95 magasins, et fonde une nouvelle enseigne baptisée « EX – Offices de Distribution », le préfixe « EX » désignant les « Ex-Leclerc ».
Le nom Intermarché apparaît en 1973, le nom « EX » ayant été cédé à la société Exxon Mobil qui s’implantait en France via les stations Esso. Ce modèle coopératif fait des gérants des propriétaires de leurs magasins, des « adhérents » et non des franchisés classiques.
Jean-Pierre Le Roch assure la présidence du groupe jusqu’en 1994. Le groupement Les Mousquetaires est créé pour regrouper les différentes enseignes qui se développent autour d’Intermarché.
Une cinquantaine d’usines, 11 000 salariés, 100% français
En 1974, Intermarché crée sa première usine, la Société Alimentaire de Guidel (SAG) en Bretagne, qui produit de la viande surgelée. Cette intégration verticale donne naissance au statut « Producteurs & Commerçants », signature qui s’impose cette même année.
Aujourd’hui, le pôle Agromousquetaires regroupe une cinquantaine d’usines de production et 20 plateformes logistiques, soit plus de 60 sites de production au total employant 11 000 collaborateurs. L’ensemble est organisé en 6 pôles de performance : bœuf, porc, mer, saveurs, végétal, circulaire. Toute cette production est estampillée 100% Made in France.
Agromousquetaires a réalisé un chiffre d’affaires de 4,7 milliards d’euros en 2023. Le groupement est le premier fabricant de marques de distributeurs en France avec 6 800 références alimentaires pour près de 40 marques de distributeur. « En cette période d’inflation, fournir des efforts sur le prix tout en gardant la qualité est possible grâce à nos usines dont 80% de la production est dédiée à nos marques de distributeurs », a indiqué Thierry Cotillard en juin 2024 lors de la célébration des 50 ans d’Agromousquetaires.
Cette infrastructure permet au groupement de contrôler la chaîne de valeur, de l’approvisionnement en matières premières jusqu’à la distribution en magasin. Le groupement compte également 15 000 producteurs agricoles partenaires.
Thierry Cotillard, 51 ans, agronome breton
Thierry Cotillard, 51 ans, préside le Groupement Mousquetaires depuis janvier 2023. Originaire des Côtes d’Armor et issu d’une famille d’aviculteurs, cet ingénieur agronome formé à Rennes et HEC Paris a dirigé le conseil d’administration d’Intermarché de 2015 à 2020 avant d’accéder à la présidence du groupement.
En novembre 2022, le conseil d’administration du groupe le désigne pour prendre la tête des Mousquetaires. Cette décision est avalisée à l’unanimité par 1 600 associés du groupement réunis en assemblée générale extraordinaire en janvier 2023. Thierry Cotillard quitte alors la présidence de la fédération patronale Perifem pour se consacrer à ses nouvelles fonctions.
Sous sa présidence, le groupement réalise deux opérations majeures : le rachat de 294 magasins Casino en 2024 et l’annonce du rachat de 81 magasins Colruyt en juin 2025. « La victoire du modèle d’indépendants », a-t-il déclaré pour qualifier le succès du modèle coopératif face aux groupes capitalistes traditionnels.
« Deux jambes : émotionnelle et rationnelle »
« Nous nous appuyons sur deux jambes : une jambe émotionnelle pour renforcer la marque-enseigne en affirmant le combat du mieux manger, et une jambe rationnelle pour défendre l’image qualité-prix de l’enseigne », a déclaré Caroline Puechoultres, directrice marketing et stratégie d’Intermarché, en mars 2022.
À lireLe grand virage de FranprixL’enseigne capitalise sur son statut de « Producteurs & Commerçants » pour mettre en avant son indépendance face aux multinationales et son soutien à la production française. La mise en avant du Made in France à travers les usines Agromousquetaires vise une clientèle sensible à la souveraineté alimentaire.
Pressions sur fournisseurs et débâcle belge
En 2017, l’enseigne fait l’objet d’une enquête de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) pour pressions sur ses fournisseurs. Les autorités examinent des plaintes selon lesquelles le groupe aurait exigé des baisses de prix sans garanties en retour comme des volumes minimaux. Intermarché est également accusé d’avoir ajouté des clauses contractuelles imposant le rachat des invendus par les fournisseurs et des pénalités sévères pour les retards.
En Belgique, des difficultés majeures émergent depuis le rachat du groupe Mestdagh en mars 2022. L’acquisition de plus de 80 magasins Carrefour Market, qui était alors master franchisé par Mestdagh, a provoqué selon plusieurs adhérents « un chaos chez le détaillant, qui n’était pas prêt en interne à doubler ses activités ».
En novembre 2025, plusieurs exploitants font état de problèmes logistiques et d’une rentabilité en chute libre. En février 2026, plusieurs médias rapportent que plusieurs magasins ont fait faillite ou fermé leurs portes : Morlanwelz, Auvelais, Jette, Rhisnes. Au moins sept autres seraient sous protection judiciaire. Les dettes des magasins envers le groupe passent de 13 millions d’euros en 2023 à 45 millions d’euros en 2025.
« Il y a certes eu des défis, mais ils sont derrière nous. Les chiffres le prouvent », a répondu la direction d’Intermarché Belgique en février 2026, qui estime que le fait d’être actuellement dans le rouge en Belgique est « une conséquence logique des investissements importants liés à l’acquisition et aux rénovations ».
Trois axes pour rattraper Leclerc et Carrefour
La stratégie pour les années 2026-2029 repose sur trois piliers. Premier axe : atteindre 40% de parts de marché pour les MDD et générer 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires supplémentaires d’ici trois ans.
Deuxième axe : intégrer et transformer près de 600 nouveaux points de vente Casino et Colruyt. Le groupement a également annoncé en novembre 2025 qu’il envisageait de confier l’identité commerciale de 294 supermarchés Auchan à Intermarché et Netto d’ici fin 2026, représentant 3,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 11 400 salariés. Troisième axe : poursuivre la montée en puissance du digital et du drive pour dépasser 2 milliards d’euros en ligne.
Avec 17,5% de parts de marché en 2025, Intermarché reste derrière E.Leclerc (24,3%) et Carrefour (21,6%), mais affiche une des croissances les plus dynamiques du secteur avec une progression de 0,6 point sur un an.
