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Le 7 avril 2026, les grands magasins Printemps ont annoncé la suppression de 229 postes sur près de 3 000 salariés et la fermeture du magasin de Rennes, après un premier plan de 428 suppressions d’emplois présenté en 2020. Cette enseigne fondée en 1865 sur le boulevard Haussmann poursuit dans le même temps son développement à Doha et à New York, alors que ses comptes restent dégradés en France.
Nouvelles coupes
Le projet présenté aux représentants du personnel le 7 avril 2026 prévoit 229 suppressions de postes, 17 modifications de postes et 91 créations de postes, selon la direction du groupe. Le magasin de Rennes, qui emploie 51 salariés, doit fermer, ce qui constitue la mesure la plus visible de cette nouvelle réorganisation.
Ce plan intervient après celui du 9 novembre 2020, qui prévoyait déjà la fermeture de sept magasins, quatre Printemps et trois Citadium, et environ 428 suppressions de postes. Les fermetures concernaient alors Paris Italie 2, Le Havre, Strasbourg et Metz pour les magasins Printemps.
Pour 2026, la direction justifie la réorganisation par la nécessité d’adapter le réseau à un marché de l’habillement plus dégradé et à une concurrence accrue de la seconde main et du commerce en ligne. Le groupe met en avant un recentrage sur les magasins jugés les plus solides et sur les activités considérées comme rentables.
Un redressement inachevé
Le plan de 2020 avait été présenté après les confinements et l’effondrement du tourisme international, avec un objectif affiché de 40 millions d’euros d’investissements par an pendant deux à trois ans. La direction expliquait alors vouloir financer le digital, l’omnicanal et la refonte de l’expérience client tout en réduisant les pertes d’exploitation.
Cinq ans plus tard, les difficultés restent nettes. Les ventes du premier semestre de l’exercice 2024/2025 ont reculé de 7,7% sur un an, à moins de 500 millions d’euros, avec un manque à gagner estimé à 36 millions d’euros en partie lié aux Jeux olympiques de Paris 2024. Le groupe devait enregistrer un déficit de 41,9 millions d’euros sur l’exercice 2025, après une perte de 38 millions d’euros l’année précédente.
Ces chiffres montrent que la séquence ouverte en 2020 n’a pas permis de retrouver un équilibre durable. La nouvelle vague de suppressions d’emplois en 2026 prolonge donc un redressement qui n’a pas produit les résultats attendus sur le marché français.
Un grand magasin coûteux en centre-ville
Le Printemps reste un acteur des grands magasins de centre-ville, avec un réseau de 30 magasins, quatre sites e-commerce et plus de 3 500 marques distribuées. Le groupe affirme accueillir plus de 70 millions de visiteurs par an sur l’ensemble de ses enseignes et plateformes numériques.
Mais ce modèle repose sur des coûts fixes lourds, dans des emplacements parmi les plus chers du commerce français, au premier rang desquels le boulevard Haussmann à Paris. La pression ne vient plus seulement des autres grands magasins, mais aussi des plateformes mondiales, des sites de marques en propre, des outlets et de la seconde main.
À lireLe grand virage de FranprixLes arbitrages de consommation ont également changé depuis 2020. Dans le plan social 2026, la direction met en avant une baisse durable des achats d’habillement et une intensification de la concurrence sur les prix. Pour un groupe positionné sur la mode, le luxe accessible et le lifestyle, cette évolution pèse directement sur le rendement des surfaces commerciales.
Une histoire née en 1865
Le Printemps a été fondé en 1865 par Jules et Augustine Jaluzot, au moment où les travaux haussmanniens transformaient le quartier de la gare Saint-Lazare et du boulevard Haussmann. Le choix de cet emplacement, encore périphérique dans le Paris des années 1860, reposait sur un pari commercial lié à l’essor des nouveaux flux urbains et ferroviaires.
En mars 1881, un incendie a détruit une grande partie du magasin d’origine. La reconstruction qui a suivi a renforcé l’ampleur architecturale du site, avec verrières, dômes et nouveaux volumes commerciaux. Cette reconstruction a contribué à installer durablement le Printemps parmi les grands magasins parisiens de référence.
Au XXe siècle, l’enseigne a construit sa notoriété sur les vitrines, les soldes, les assortiments de mode et la fréquentation du boulevard Haussmann. Son statut patrimonial reste un atout commercial, mais il ne protège pas le groupe contre la baisse de rentabilité de ses magasins français.
Des actionnaires tournés vers la valeur
En 2006, PPR, devenu depuis Kering, a cédé le Printemps à RREEF, filiale de Deutsche Bank, et au groupe Borletti, pour environ 1,1 milliard d’euros selon la presse économique. En 2013, ce tandem a revendu l’enseigne à un consortium d’investisseurs qataris pour une valorisation proche de 1,8 milliard d’euros.
Ces opérations ont mis en avant la valeur commerciale du Printemps, mais aussi la valeur immobilière de ses emplacements. Le poids des actifs du boulevard Haussmann a compté dans la valorisation du groupe et continue d’influencer les arbitrages sur le réseau.
À la fin des années 2010, le groupe affichait l’ambition de doubler ses ventes en dix ans pour atteindre environ 3,5 milliards d’euros, depuis un niveau autour de 1,7 milliard. Cet objectif, formulé avant la pandémie, n’a pas été atteint à ce stade et a été rattrapé par la crise sanitaire, puis par la dégradation du marché de l’habillement.
Cinq ans sous Bellaiche
Jean-Marc Bellaiche a pris la présidence du groupe en octobre 2020, en pleine crise du Covid-19. Ancien du Boston Consulting Group, passé par Tiffany & Co. et Contentsquare, il était chargé de conduire la relance, la transformation digitale et le repositionnement de l’offre.
Sous sa direction, le groupe a renforcé Place des Tendances et Made In Design, relancé son site printemps.com, ouvert de nouveaux espaces comme le « 7e ciel » pour la seconde main et lancé la marque propre Saison 1865. Le digital représentait en 2025 environ 10% du chiffre d’affaires du Printemps et 12% de celui de Citadium, selon des informations publiées par la presse spécialisée.
Le 3 septembre 2025, le groupe a annoncé que Jean-Marc Bellaiche quitterait ses fonctions le 15 septembre 2025, après cinq ans de mandat, pour des raisons personnelles. Le comité exécutif assure depuis la transition dans l’attente de la nomination d’un successeur, dont le nom n’a pas encore été rendu public.
Le pari du numérique
Le Printemps a relancé son site e-commerce en 2020 et a intégré son développement digital à son plan de relance. Le groupe s’appuie sur plusieurs plateformes, printemps.com, Place des Tendances et Made In Design, pour étendre son offre au-delà des magasins physiques.
Les investissements annoncés en 2020 devaient permettre d’améliorer les services omnicanaux, la relation client et les ventes en ligne. Les chiffres communiqués en 2025 montrent une progression du digital, mais aussi sa place encore minoritaire dans l’activité globale du groupe.
Cette progression n’a pas suffi à compenser à elle seule les difficultés du réseau physique. En 2026, la nouvelle réorganisation montre que l’amélioration des canaux numériques n’a pas encore permis d’absorber les pertes sur certains magasins.
Doha et New York
Le groupe a engagé depuis la fin des années 2010 une stratégie de développement international. Un magasin a ouvert à Doha, au Qatar, avant le lancement de Printemps New York en 2025.
À lireIntermarché défie Leclerc et CarrefourÀ New York, le groupe a inauguré en mars 2025 un flagship au 1 Wall Street, dans le Financial District. La presse spécialisée présente ce magasin comme un lieu mêlant mode, beauté, restauration et services, avec un positionnement inspiré de l’hospitality haut de gamme.
Le groupe ne publie pas de données détaillées sur la contribution de Doha et de New York à son chiffre d’affaires. Ces ouvertures servent donc surtout, à ce stade, d’indicateurs de stratégie et d’image, alors même que la base française continue de perdre de l’argent.
Seconde main et « beau responsable »
Depuis 2019, le Printemps met en avant son label « Unis vers le Beau Responsable », fondé sur 22 critères couvrant le cycle de vie des produits, de l’origine des matières à la fin de vie. Le groupe indique que plus de 500 marques sont aujourd’hui référencées dans ce cadre, sur quatre axes : protection de la nature, respect des personnes, économie circulaire et transparence.
La seconde main est devenue un axe plus visible à partir de 2021 avec l’ouverture du « 7e ciel » sous la coupole du boulevard Haussmann, un espace consacré aux pièces de luxe d’occasion, avec vue sur les toits de Paris. Jean-Marc Bellaiche avait alors déclaré que « la seconde main est un axe stratégique important qui s’inscrit dans une stratégie plus globale pour retrouver de l’unicité et du « wahou » ».
En 2025, le lancement de la marque Saison 1865 a prolongé ce positionnement. Le Printemps y met en avant une production majoritairement européenne, des matières certifiées et le reversement de 1% des bénéfices à une association soutenant les jeunes. Cette orientation accompagne la montée de la demande pour des offres plus circulaires, mais elle ne suffit pas à effacer les tensions sur les résultats.
Une enseigne sous surveillance
Printemps Haussmann reste l’un des hauts lieux du commerce parisien, avec ses vitrines, ses dômes et ses terrasses fréquentées par les touristes français et étrangers. Cet ancrage patrimonial continue d’attirer du public, mais il ne garantit plus la solidité économique de l’ensemble du réseau.
En 2026, le groupe se retrouve à gérer en même temps une fermeture de magasin à Rennes, un nouveau plan social portant sur 229 postes, une transition de gouvernance et une stratégie d’expansion internationale encore peu documentée sur le plan financier. La suite dépendra du nom du prochain dirigeant, de la capacité du groupe à réduire ses pertes en France et du poids réel que prendront ses activités hors de l’Hexagone dans les prochains exercices.
