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Efferalgan, le paracétamol français… importé

UPSA promet un Efferalgan « 100% français ». Mais la molécule vient encore d’Asie, en attendant la montée en puissance des usines de paracétamol en Isère.

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Le petit comprimé effervescent qui trône dans les armoires à pharmacie s’est vu promettre un avenir bleu-blanc-rouge. Des ministères aux salles de réunion d’Agen, un même mot revient : souveraineté. Sur les slides, Efferalgan devient « 100% français ». Dans les cuves, le principe actif reste, pour l’instant, fabriqué loin de la France.

Dans une salle vitrée du siège d’UPSA, à Agen, une présentation PowerPoint s’affiche sur un écran géant. Au centre du slide, le dessin d’un comprimé effervescent est recouvert d’un drapeau bleu-blanc-rouge stylisé. Autour de la table, des responsables des achats et de la production commentent un calendrier affiché en bas de page : commercialisation des premiers lots de principe actif produit en France en 2026, basculement progressif sur plusieurs années. Une formule revient sur plusieurs diapositives : « Dafalgan et Efferalgan, paracétamol 100% tricolore ».

Dans cette salle de réunion, personne ne l’ignore : aujourd’hui, la poudre de paracétamol qui alimente les cuves du site d’Agen vient encore majoritairement de Chine et d’Inde, selon les constats dressés par les autorités et les industriels sur la dépendance européenne. Les sacs de principe actif sont expédiés sur palettes, réceptionnés puis stockés avant d’être mélangés, comprimés et conditionnés dans l’usine. La nouvelle unité de Roussillon, en Isère, construite par Seqens, n’a pas encore alimenté les lignes d’Efferalgan vendues en officine. Les communiqués de l’entreprise indiquent que le site pourra produire jusqu’à 15 000 tonnes de paracétamol par an à partir de fin 2026, soit près de la moitié de la consommation européenne estimée à 30 000 tonnes.

Pénuries et souveraineté

À l’hiver 2022-2023, des affichettes manuscrites fleurissent sur les vitrines de pharmacies : « Paracétamol : délivrance limitée à deux boîtes par client ». L’Agence nationale de sécurité du médicament publie en janvier 2023 un point de situation sur des « tensions d’approvisionnement plus ou moins longues » pour le paracétamol, dans une période marquée par trois épidémies simultanées de Covid-19, de grippe et de bronchiolite. L’agence indique que ces difficultés entraînent un suivi renforcé des stocks et recommande de limiter les délivrances pour éviter les achats de précaution. La presse économique relaie un chiffre : près de 5 000 signalements de ruptures ou de tensions de stock pour l’ensemble des médicaments en 2023.

Le paracétamol, utilisé pour faire baisser la fièvre et calmer les douleurs, devient alors un sujet de débats à l’Assemblée nationale et au Sénat. Des auditions évoquent l’externalisation progressive de la fabrication de la plupart des principes actifs vers l’Asie depuis les années 2000. Une question écrite au gouvernement rappelle que plus de 80% des principes actifs de médicaments utilisés en Europe sont désormais produits hors de l’Union européenne, principalement en Chine et en Inde. Pour le paracétamol, ces mêmes zones sont citées comme principales sources d’approvisionnement pour les laboratoires.

Le gouvernement inscrit la relocalisation du paracétamol parmi les projets soutenus par France 2030. Un communiqué ministériel publié le 5 janvier 2025 annonce un soutien à sept nouveaux projets d’investissements industriels, qui s’ajoutent à ceux déjà accompagnés dans le cadre de France Relance. L’ensemble doit contribuer au renforcement de la production sur le territoire de 42 médicaments considérés comme essentiels. Le site de Roussillon figure parmi les projets mis en avant pour cette molécule.

D’Agen à Tokyo

UPSA naît en 1935 à Agen sous le nom d’« Union de pharmacologie scientifique appliquée ». Le laboratoire se développe autour des formes effervescentes et des médicaments d’usage courant, au moment où l’industrie pharmaceutique française s’organise à grande échelle. En 1972, UPSA lance Efferalgan, un comprimé effervescent à base de paracétamol, présenté comme une alternative à l’aspirine pour traiter la fièvre et les douleurs. Cette arrivée coïncide avec la montée du paracétamol dans les usages médicaux, à mesure que d’autres molécules plus anciennes reculent.

En 1994, le groupe américain Bristol-Myers Squibb rachète UPSA, selon les archives de la presse économique et nationale. Efferalgan entre alors dans un portefeuille international de médicaments sans ordonnance. Le site d’Agen devient une base de production importante pour les antalgiques du groupe en Europe. En 2019, Bristol-Myers Squibb finalise la vente d’UPSA au japonais Taisho Pharmaceutical pour 1,6 milliard de dollars. Le siège, la recherche et le site industriel restent à Agen.

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Depuis ce rachat, UPSA se présente comme une entreprise de taille intermédiaire française, bien que son actionnaire soit japonais. Le site institutionnel du groupe décrit l’usine d’Agen comme l’un des plus grands sites de production pharmaceutique du pays, avec une capacité maximale de 450 millions de boîtes par an. Les dirigeants mettent en avant les effectifs locaux, la continuité de la production et le maintien de la recherche sur place. Le récit insiste sur l’ancienneté de la présence à Agen et sur la place du site dans l’économie locale.

Où commence le « 100% français » ?

La fabrication d’un comprimé d’Efferalgan se déroule en plusieurs étapes. Le principe actif, le paracétamol, arrive sous forme de poudre produite hors de France, principalement en Asie. Cette poudre est réceptionnée sur le site d’Agen, contrôlée en laboratoire, puis mélangée avec des excipients pour former un granulat adapté à l’effervescence ou à la forme sèche. Ce granulat est ensuite comprimé, conditionné en blisters, puis inséré dans des étuis.

Le site d’Agen assure ces opérations de formulation et de conditionnement pour la France et pour d’autres marchés européens. Les notices sont imprimées en plusieurs langues, les boîtes sont adaptées à chaque marché, puis expédiées vers les grossistes-répartiteurs qui approvisionnent les pharmacies. Dans cette organisation, la partie française de la chaîne concerne le médicament fini, pas la synthèse chimique de la molécule elle-même. Une réponse ministérielle publiée fin 2025 rappelle que la localisation du site de production est désormais un critère que le Comité économique des produits de santé peut prendre en compte pour fixer les prix, afin d’encourager une fabrication plus locale.

Le plan industriel porté par Seqens prévoit une production de principe actif de paracétamol à partir de 2026. À terme, le site de Roussillon doit atteindre 15 000 tonnes par an, soit environ la moitié de la consommation européenne. En parallèle, la société toulousaine Ipsophène développe un procédé de synthèse en flux continu, présenté comme moins énergivore. UPSA a indiqué, à l’automne 2024, avoir signé des accords d’approvisionnement à long terme avec Seqens et Ipsophène. Un article spécialisé publié en mars 2026 situe l’intégration effective de ce principe actif relocalisé dans les médicaments UPSA à partir de 2027, une fois les étapes réglementaires franchies.

Pour le consommateur, la conséquence est simple : les boîtes d’Efferalgan actuellement vendues comme « fabriquées en France » contiennent encore un principe actif importé. Le « 100% français » reste, à ce stade, un objectif industriel et commercial, pas une réalité déjà généralisée. La confusion vient du fait qu’un médicament peut être fabriqué et conditionné en France tout en reposant sur une molécule venue d’ailleurs.

« Zéro pénurie » affiché

À l’automne 2022, alors que l’ANSM met en garde contre les difficultés d’approvisionnement, les laboratoires cherchent à rassurer. Un sujet diffusé à la télévision rapporte les propos de représentants du secteur, dont UPSA, indiquant ne pas craindre de pénurie de paracétamol pour leurs marques, avec « plus d’un mois de stocks » en moyenne dans les pharmacies. Dans le même temps, des pharmaciens évoquent des tensions sur certaines présentations, qui les obligent parfois à orienter les patients vers d’autres dosages ou d’autres marques.

En octobre 2023, UPSA diffuse un communiqué affirmant que les médicaments à base de paracétamol pour adultes fabriqués à Agen, dont Efferalgan et Dafalgan, « ne sont pas concernés par des tensions d’approvisionnement ». Le texte met en avant la production réalisée sur le site d’Agen pour expliquer cette situation. La précision compte : l’engagement porte sur certaines formes adultes, pas sur l’ensemble du marché du paracétamol. Dans le même temps, les données publiques continuent de recenser des signalements de tensions ou de ruptures sur des spécialités à base de paracétamol, toutes marques confondues.

Cette ligne se prolonge en 2024. Un article économique décrit un accord entre l’État et UPSA pour relocaliser la production de molécules jugées stratégiques. L’entreprise s’engage à produire deux de ces molécules dans son usine d’Agen d’ici 2026. En contrepartie, l’accord prévoit un moratoire de deux ans sur la baisse des prix de Dafalgan et d’Efferalgan, alors qu’une baisse de 10% était attendue fin 2024. Le ministère de l’Économie présente cet accord comme un moyen de lier réindustrialisation et sécurité d’approvisionnement.

Cette promesse de « zéro pénurie » s’inscrit dans un rapport tendu entre État, laboratoires et pharmaciens. Le gouvernement cherche des industriels capables d’investir sur le territoire. Les fabricants utilisent l’argument de la continuité d’approvisionnement pour défendre leurs investissements et leurs prix. Les pharmaciens, eux, restent confrontés à la réalité du comptoir, entre messages de prudence des autorités et annonces rassurantes des laboratoires.

Le vert des boîtes et le noir des poubelles

En octobre 2022, UPSA publie une vidéo sur un réseau social professionnel pour présenter un « diagnostic d’éco-conception » de ses emballages. Les packagings de médicaments, notamment ceux d’Efferalgan, sont analysés avec l’appui d’Adelphe, éco-organisme spécialisé dans la valorisation des emballages. L’objectif affiché est de réduire le grammage des étuis, de diminuer la quantité de carton utilisée et de choisir des encres plus faciles à recycler. L’entreprise indique alors être le premier laboratoire à lancer une telle analyse sur l’ensemble de ses gammes.

Le rapport RSE 2023 d’UPSA détaille ensuite plusieurs essais sur la taille des notices, la densité des cartons, les formats de boîtes et certains flux logistiques. Efferalgan figure parmi les produits mentionnés dans cette démarche. Le document chiffre des réductions de tonnages de carton et de plastique, ainsi que des économies estimées d’émissions de CO₂.

En septembre 2024, une enquête de l’UFC-Que Choisir, reprise par un journal télévisé, ajoute un autre élément au débat. Selon cette étude, huit médicaments périmés sur dix conservent plus de 90% de leur efficacité, y compris des produits à base de paracétamol. L’association dénonce le gaspillage que représentent les destructions de stocks invendus ou périmés, surtout lorsque ces mêmes médicaments ont fait l’objet de tensions d’approvisionnement quelques mois plus tôt.

Pour Efferalgan, la contradiction est nette. D’un côté, la marque s’inscrit dans un discours sur les emballages allégés et l’empreinte carbone réduite. De l’autre, elle appartient à un marché où des volumes importants de médicaments finissent détruits pour des raisons logistiques et réglementaires. Les documents publics ne permettent pas encore de dire si la relocalisation du paracétamol réduira réellement ce gaspillage.

Un sirop rappelé et des cuves surveillées

En 2015 et 2016, plusieurs autorités sanitaires publient des avis sur l’Efferalgan sirop destiné aux enfants. À Madagascar notamment, des autorités relaient la décision d’UPSA de rappeler des lots dont la date de péremption était antérieure à octobre 2018, en raison d’un risque de présence de particules lié à un équipement de conditionnement. Les lots concernés doivent être retirés par mesure de précaution.

Cet épisode rappelle qu’un médicament d’apparence simple repose sur une chaîne de production sensible. Cuves, filtres, lignes de remplissage et systèmes de bouchage peuvent introduire des défauts invisibles pour le consommateur. Pour un sirop pédiatrique, le niveau d’exigence est particulièrement élevé. Un rappel de lots entraîne non seulement des destructions de produits, mais aussi des coûts logistiques et un suivi renforcé par les autorités sanitaires.

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Depuis ces rappels, UPSA met en avant ses procédures de contrôle qualité dans ses rapports institutionnels. Le groupe détaille la présence de laboratoires d’analyses internes, les tests réalisés par lot et le respect des référentiels de fabrication. Ces données couvrent Efferalgan, Dafalgan et d’autres médicaments fabriqués à Agen. Elles servent aussi à étayer l’idée que le site dispose des outils nécessaires pour accompagner une montée en charge liée à la relocalisation du principe actif.

L’enjeu, ici, est direct. Une promesse de paracétamol « 100% français » n’est crédible que si elle s’accompagne d’une chaîne de production fiable et continue. Toute nouvelle alerte qualité sur Efferalgan pèserait immédiatement sur ce récit industriel et politique.

Un champion sous surveillance publique

En novembre 2024, un média économique en ligne consacre un dossier à UPSA, présenté comme un rival de Sanofi sur le marché des médicaments sans ordonnance. Le texte décrit un accord entre l’État et l’entreprise pour relocaliser la production de molécules jugées stratégiques. UPSA s’engage à produire deux de ces molécules à Agen d’ici 2026, en échange d’un moratoire de deux ans sur la baisse des prix de ses marques phares, Dafalgan et Efferalgan. Le ministère de l’Économie présente ce type d’accord comme un levier de réindustrialisation pharmaceutique.

En parallèle, le gouvernement confirme que la localisation des sites de production fait désormais partie des critères que le CEPS peut prendre en compte lorsqu’il fixe les prix des médicaments remboursés. Cette évolution apparaît dans une réponse ministérielle publiée fin 2025 au Sénat. Le paracétamol y est régulièrement cité comme un cas prioritaire en raison de ses volumes de vente et de sa place dans l’automédication.

UPSA prend publiquement position sur ce terrain. Dans un entretien publié en octobre 2024, une dirigeante de l’entreprise explique qu’il reste possible de produire en France et rappelle que le site d’Agen fabrique déjà l’intégralité des formes finies d’Efferalgan et de Dafalgan vendues dans le pays. Dans le même entretien, elle précise que le principe actif provient encore de Chine et d’Inde, tout en indiquant que des contrats d’approvisionnement ont été conclus avec Seqens et Ipsophène pour 2026-2027. Un article de mars 2026 consacré à la stratégie achats d’UPSA décrit ce projet comme un levier de « souveraineté sanitaire » visant la relocalisation du principe actif du paracétamol en 2027.

Au bout de la chaîne, la question reste entière. Le paracétamol « tricolore » promis pour Efferalgan devra être jugé non seulement sur son origine, mais aussi sur sa capacité à réduire les pénuries, à limiter la dépendance aux importations et à tenir ses promesses de production. Les objectifs sont désormais publics. Les preuves industrielles, elles, se joueront à partir de la montée en charge réelle des usines et des premiers lots commercialisés.



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