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- Un patron qui redoute la surtaxe en pleine embellie
- Le poids nouveau d’Equans
- Le socle historique tient, l’immobilier flanche
- SFR et TF1 sous surveillance
- Un DG au centre du dispositif
- Une ascension entièrement maison
- Un package calibré au millimètre
- Les angles morts
- Une parole rare, très contrôlée
- Prochain rendez-vous
Il dirige un groupe présent sur les routes, les réseaux et la télévision. Son bureau donne sur un capital verrouillé par une famille et des salariés très présents. Dans les rapports, son salaire est décrit avec une précision d’horloger. Les tensions qui entourent désormais ce pouvoir ne sont plus seulement techniques.
Un patron qui redoute la surtaxe en pleine embellie
Sur le plateau vitré d’Ecorama, à La Défense, une main lisse les notes posées devant la caméra. Le costume est sombre, la cravate discrète, la voix posée. Face au journaliste, Olivier Roussat vient d’expliquer que Bouygues a signé en 2025 un bénéfice net part du groupe de 1 138 millions d’euros, en hausse de 80 millions d’euros par rapport à l’année précédente, malgré une contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises qui a alourdi la facture fiscale. Quelques secondes plus tard, il dit qu’il a « peur » de voir cet impôt « exister plusieurs années », alors que le dividende proposé aux actionnaires a été relevé à 2,10 euros par action, contre 2,00 euros versés au titre de 2024.
Le directeur général détaille les chiffres sans hausser le ton. Le groupe a maintenu en 2025 un chiffre d’affaires de 56,9 milliards d’euros, quasiment stable par rapport aux 56,8 milliards d’euros de 2024, malgré un effet de change défavorable estimé autour de plusieurs centaines de millions d’euros sur l’exercice. Son résultat opérationnel courant des activités, indicateur qui mesure le résultat des métiers avant éléments non récurrents, atteint 2 655 millions d’euros, en progression de 120 millions d’euros sur un an, et le flux de trésorerie disponible avant variation du besoin en fonds de roulement s’établit à 1 808 millions d’euros, un plus haut historique après deux années de hausse. Dans le même échange, le dirigeant met en avant la réduction de l’endettement financier net, passé de 6,1 milliards d’euros fin 2024 à 4,2 milliards d’euros fin 2025, et sa « crainte » de voir la surtaxe reconduite au-delà de 2026.
Pour expliquer cette inquiétude, il renvoie aux comptes publics et à la loi de finances. « On a cru qu’exceptionnel, c’était sur la durée, en fait, exceptionnel, c’était sur le montant », a-t-il déclaré à l’antenne, interrogé sur le risque de pérennisation du dispositif en 2027 alors que la contribution a déjà été prolongée au titre des exercices 2025 et 2026. Il ajoute que pour revenir à un niveau de déficit jugé acceptable, l’État devra choisir entre hausse durable des prélèvements et réduction des dépenses, dans un contexte où l’impôt sur les sociétés atteint déjà, surtaxe comprise, plus de 30% pour les très grandes entreprises. Pour Bouygues, la contribution exceptionnelle représente plusieurs dizaines de millions d’euros de charges supplémentaires en 2025, selon les estimations issues des résultats annuels, ce qui vient rogner une partie de la hausse du résultat net.
Le poids nouveau d’Equans
Derrière le débat fiscal, un autre enjeu apparaît dans les tableaux financiers présentés ce jour-là. Le groupe a confirmé une trajectoire prudente pour 2026, avec un objectif de stabilité du chiffre d’affaires à taux de change constants, après une croissance quasi nulle en 2025, et une ambition de maintien du résultat opérationnel courant des activités au niveau atteint l’an dernier. La direction met en avant la montée en puissance d’Equans, filiale spécialisée dans les services à l’énergie et aux infrastructures, qui a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires de 18,7 milliards d’euros dans vingt pays, et une marge des activités de 4,4%, soit 0,8 point de plus que l’année précédente. Equans concentre désormais près d’un tiers du chiffre d’affaires consolidé de Bouygues et constitue l’un des principaux moteurs de génération de trésorerie du groupe, à côté des métiers de la construction.
Cette nouvelle configuration donne un relief particulier aux propos du directeur général sur la « richesse » créée par les entreprises. Au-delà de la construction, des routes et des télécoms, Bouygues s’appuie désormais sur des contrats de services énergétiques, de maintenance industrielle et de réseaux électriques, souvent conclus avec des collectivités, des opérateurs de réseaux ou de grands groupes industriels. Equans emploie plusieurs dizaines de milliers de personnes, dont une part importante en Europe, et vise, pour 2026, une marge des activités à 5%, assortie d’un taux de conversion du résultat opérationnel en flux de trésorerie compris entre 80% et 100%, selon la feuille de route publiée fin février. Ce profil d’intégrateur de services aux infrastructures, très gourmand en investissements et en ressources humaines qualifiées, sert directement l’argument de Roussat lorsqu’il plaide pour préserver la « capacité d’investissement » des grands groupes mis à contribution.
Le socle historique tient, l’immobilier flanche
Les métiers historiques n’ont pourtant pas disparu des communiqués de résultats. La division Construction, qui regroupe Bouygues Construction, Bouygues Immobilier et Colas, a terminé l’année 2025 avec un flux de trésorerie libre en nette amélioration, portée par un carnet de commandes élevé, alors qu’elle avait été plus heurtée au moment de la pandémie en 2020. Colas, qui réalise l’essentiel de son activité dans les routes et les infrastructures de transport, bénéficie d’un carnet de commandes élevé, porté par des programmes de rénovation et de construction en Europe et en Amérique du Nord. Bouygues Construction, présent dans le bâtiment et les ouvrages complexes, reste exposé à la hausse des coûts et aux aléas de la commande privée, mais continue d’alimenter le chiffre d’affaires global avec des contrats publics et privés à long terme, comme les chantiers d’infrastructures de transport et de bâtiments publics.
À lireSalaire minimum en Côte d’Ivoire : que fait Alassane Ouattara ?L’immobilier pèse pourtant sur la photo d’ensemble que le groupe présente aux investisseurs. Bouygues Immobilier, filiale dédiée au logement et à l’immobilier tertiaire, souffre d’un marché français du neuf en recul, avec des réservations en baisse et des marges comprimées par la hausse des coûts de financement pour les ménages comme pour les promoteurs, phénomène relevé dans les documents 2023 et confirmé dans les commentaires de 2025. Le rapport 2023 du groupe signalait déjà la dégradation du marché résidentiel, après plusieurs années de ralentissement et une chute des ventes dans certaines régions, phénomène encore accentué depuis par la remontée des taux d’intérêt. Cette fragilité persiste en 2025, alors que les autres métiers dégagent des flux de trésorerie record, ce qui renforce le contraste entre un pôle immobilier en difficulté et des divisions tirées par l’investissement public et la transition énergétique.
SFR et TF1 sous surveillance
Du côté des télécoms, le dossier SFR remet la question du pouvoir de marché sur la table. Bouygues Telecom, troisième opérateur français derrière Orange et SFR, a consolidé en 2025 ses positions dans le mobile et le fixe, après avoir résisté à la guerre des prix initiée par Free à partir de 2012, avec des investissements massifs dans la 4G puis la 5G. Le groupe regarde toujours SFR, détenu par Altice, comme une cible potentielle : une offre évaluée autour de 17 milliards d’euros, formulée en 2025, a été rejetée, mais Olivier Roussat a indiqué sur Le Figaro TV qu’« il y a un chemin » pour reprendre ce dossier si les conditions évoluent, en référence à la situation financière d’Altice. La consolidation du marché reste étroitement surveillée par l’Autorité de la concurrence, qui avait déjà bloqué, en 2016, un projet de rapprochement entre Orange et Bouygues Telecom, ce qui limite d’emblée le champ des possibles pour un nouvel accord.
La télévision relève de la même logique d’arbitrage entre ambition et contraintes. En 2022, l’Autorité de la concurrence a mis fin au projet de fusion entre TF1, contrôlée par Bouygues, et M6, qui devait créer un groupe audiovisuel de taille comparable aux grands acteurs européens. Le projet abandonné, TF1 a lancé TF1+, une plateforme de streaming gratuite financée par la publicité et disponible sur les box et les téléviseurs connectés, pour tenter de retenir des audiences qui migrent vers Netflix, Disney+ ou YouTube. Dans ce domaine, l’espace de manœuvre de Bouygues reste borné par les autorités de régulation, même si TF1 demeure parmi les premières chaînes généralistes en part d’audience sur le marché français, selon les mesures d’audience publiées en 2025.
Un DG au centre du dispositif
Le pouvoir d’Olivier Roussat se déploie à l’intérieur de cet ensemble aux frontières multiples. Depuis 2021, il est directeur général du groupe Bouygues, tout en siégeant au conseil d’administration de Colas, Bouygues Construction, Bouygues Immobilier, Equans, Bouygues Telecom et TF1, soit l’ensemble des grandes filiales opérationnelles. Cette accumulation de mandats l’installe au centre des décisions sur les routes, les chantiers, les réseaux et les programmes de télévision, avec un rôle de coordinateur malgré la présence de dirigeants spécifiques dans chaque entité. Le conseil d’administration lui a par ailleurs délégué, en janvier 2024, avec le directeur général délégué Pascal Grangé, le pouvoir de constater les augmentations de capital consécutives à la levée d’options de souscription d’actions et de modifier en conséquence les statuts, compétence peu visible mais très concrète dans un groupe coté.
Ce détail juridique donne la mesure de sa marge de manœuvre dans la répartition des droits. Au-delà du pilotage des résultats, le directeur général a la main sur la mécanique d’émission d’actions destinée aux salariés et aux dirigeants, ce qui rejoint directement son propre système de rémunération et les dispositifs d’actionnariat salarié qui renforcent la stabilité du capital. Les documents officiels indiquent que la famille Bouygues, via la holding SCDM, et les salariés contrôlent ensemble une part importante du capital et plus de 50% des droits de vote, ce qui réduit la capacité d’intervention d’actionnaires activistes ou opportunistes. Dans ce cadre verrouillé, l’essentiel des contre-pouvoirs vient des régulateurs sectoriels, des autorités politiques lorsqu’elles légifèrent sur la fiscalité des entreprises et des marchés de capitaux lorsqu’ils sanctionnent un éventuel décrochage des résultats.
Une ascension entièrement maison
Le parcours de Roussat dans la maison éclaire aussi cette situation de pouvoir partagé. Diplômé de l’INSA Lyon, il commence sa carrière chez IBM en 1988, avant de rejoindre Bouygues Telecom en 1995 pour créer le centre de gestion de réseau, un « cockpit » technique chargé de surveiller en temps réel l’état du réseau mobile. En 2003, il devient directeur réseau et entre au comité de direction, puis directeur général délégué de Bouygues Telecom en 2007, au moment où Nonce Paolini part diriger TF1, ce qui le place dans la chaîne de décision à un moment clé de développement du mobile. Il est nommé directeur général de Bouygues Telecom en 2013, puis président-directeur général, et affronte la période d’intense pression concurrentielle ouverte par l’arrivée de Free sur le mobile, avec des baisses de prix et des plans d’investissement lourds sur les antennes et la fibre optique.
En 2016, sa trajectoire change de dimension et rejoint les dossiers du groupe. Il est nommé directeur général délégué de Bouygues SA, tout en conservant des responsabilités chez Bouygues Telecom, ce qui l’introduit dans la gouvernance du conglomérat dans son ensemble. Entre octobre 2019 et février 2021, il préside le conseil d’administration de Colas, filiale chargée des routes, où il suit de près l’activité dans les travaux publics et les concessions routières. En février 2021, il devient directeur général du groupe Bouygues, Martin Bouygues conservant la présidence du conseil, avec à ses côtés Pascal Grangé et Edward Bouygues comme directeurs généraux délégués, ce qui formalise la séparation entre présidence familiale et direction exécutive.
Le communiqué diffusé alors précise la répartition des tâches entre ces niveaux. Martin Bouygues, en tant que président, est chargé d’« arrêter les grandes orientations de l’activité du Groupe » et d’« entretenir les relations avec les principaux partenaires institutionnels », formulation qui renvoie aux interlocuteurs politiques, clients et partenaires stratégiques. Olivier Roussat, lui, prend en charge la direction générale de Bouygues SA et la coordination entre les cinq métiers, en présidant le comité de direction générale, instance qui réunit les patrons des principales filiales. Dans les faits, ce dispositif place la famille au sommet via le conseil, et confie au directeur général la gestion des équilibres entre métiers, des arbitrages financiers et des réponses aux régulateurs, dans un cadre où les changements de stratégie doivent obtenir l’aval de cet actionnariat stable.
Un package calibré au millimètre
Cette position se traduit dans son statut de mandataire social et dans son salaire. Pour l’exercice 2023, la rémunération fixe annuelle brute d’Olivier Roussat s’élève à 1,5 million d’euros, un niveau inchangé par rapport à 2022, selon le rapport sur la rémunération des dirigeants publié en avril 2024. Cette rémunération de base s’accompagne d’une rémunération variable annuelle, construite à partir de cinq critères (résultat opérationnel courant des activités, résultat net part du groupe, endettement financier net, stratégie, critères extra-financiers), chacun pondéré et exprimé en pourcentage du fixe pour aboutir à un maximum de 180% de ce montant. Le total de cette partie variable ne peut pas dépasser 2,7 millions d’euros, ce qui fixe la limite théorique du bonus annuel autour du double de son salaire fixe, niveau comparable à celui d’autres dirigeants du CAC 40 cités dans les classements récents.
Le détail des critères donne une idée de la manière dont le conseil évalue sa performance. Une première part dépend du résultat opérationnel courant des activités, avec des niveaux « bas », « intermédiaire » et « haut » associés à des pourcentages de la rémunération fixe, entre 12,5% et 35%, ce qui relie directement la prime au résultat des métiers. Une deuxième part repose sur le résultat net part du groupe, avec une fourchette de 20% à 50% du fixe, et une troisième sur l’évolution de l’endettement financier net, entre 15% et 40%, ce qui prend en compte la capacité de désendettement. Une part distincte intègre des critères de stratégie et de performance extra-financière, jusqu’à 40% du fixe, liés à la conformité, à la santé-sécurité, au climat, à la mixité et au management, le conseil pouvant réduire ces montants en cas d’évènement jugé grave, comme un accident majeur ou un scandale de conformité.
Cette architecture s’ajoute à un étage de long terme construit sur les actions de performance. Le plan 2023 d’actions de performance prévoit, pour Olivier Roussat, l’attribution potentielle de 61 000 à 100 000 actions Bouygues, selon l’atteinte de trois séries d’objectifs : rendement du capital employé moyen sur 2023‑2025, performance boursière relative par rapport à des indices sectoriels européens et objectifs de responsabilité sociale en matière de climat et de mixité. La valeur de ces actions ne peut pas dépasser 100% de la rémunération fixe et variable, ce qui inscrit l’ensemble dans un plafond global destiné à rester dans les recommandations du code Afep-Medef qui encadre la rémunération des dirigeants des grandes sociétés françaises. Selon les estimations publiées par des sites spécialisés, le total de la rémunération annuelle du directeur général se situe, au titre de 2023, dans une fourchette de plusieurs millions d’euros, avec une part variable majoritaire, ce qui le place parmi les patrons les mieux payés du CAC 40 mais pas au tout premier rang du classement 2024.
À lireCombien gagne vraiment Jean Messiha ?La rémunération ne s’arrête pas à ces composantes centrées sur le court et le moyen terme. Le rapport précise qu’Olivier Roussat bénéficie d’avantages en nature : voiture de fonction, chauffeur-agent de sécurité, couverture d’assurance perte d’activité et forfait d’heures de conseil fiscal et patrimonial, dispositifs fréquents pour les dirigeants de grands groupes. Il est couvert par les régimes collectifs de retraite, de prévoyance et de frais de santé applicables aux salariés, et participe à un régime de retraite à droits acquis, avec un taux d’acquisition de 0,92% de la rémunération de référence par an, plafonné à huit fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 351 936 euros en 2023. Ses droits ayant atteint ce plafond, un dispositif complémentaire prévoit l’attribution d’actions de performance dédiées à la retraite, pouvant porter la base de calcul jusqu’à quatorze fois le plafond annuel, ce qui crée un lien direct entre sa retraite future et la valeur de l’action Bouygues.
D’autres lignes du rapport attirent l’attention sur ce qu’il ne touchera pas. Aucune indemnité de cessation de fonctions n’est prévue pour le directeur général, pas plus qu’une clause de non-concurrence rémunérée, ce que le groupe met en avant pour se distinguer des packages les plus contestés où des montants importants sont versés à la sortie. À l’inverse, le poids de la rémunération en actions et en instruments de long terme fait dépendre une part significative de son patrimoine de l’évolution du cours de Bouygues et de la réalisation des objectifs financiers et extra-financiers fixés par le conseil. Selon des données récentes issues de fournisseurs d’informations boursières, il détient une fraction du capital de Bouygues valorisée à plusieurs millions d’euros au cours actuel, ce qui le distingue des dirigeants sans participation significative mais le place loin derrière la famille Bouygues, qui reste le premier actionnaire.
Les angles morts
Sur d’autres aspects, la documentation publique reste plus lacunaire. Le Document d’enregistrement universel indique une masse globale de « rémunération et avantages » de plusieurs milliards d’euros pour l’ensemble des collaborateurs du groupe, mais ne fait pas apparaître, dans les extraits consultés, de ratio explicite de rémunération entre le directeur général et le salarié médian, indicateur présent dans certains rapports d’autres grands groupes. Aucune donnée de salaire médian n’est mentionnée noir sur blanc, ce qui rend délicate toute estimation précise, dans un groupe qui emploie des ouvriers, des ingénieurs, des cadres commerciaux et des journalistes dans des pays et des métiers très différents avec des niveaux de rémunération éloignés. L’entreprise est donc détaillée sur la rémunération de son dirigeant et sur les montants globaux versés aux collaborateurs, mais laisse en suspens la comparaison directe entre le sommet et la médiane, qui résume le rapport entre le patron et le salarié « du milieu » dans l’échelle de salaires.
Le patrimoine personnel du dirigeant n’apparaît guère davantage dans les documents. Hormis sa participation dans le capital de Bouygues, aucune information publique récente n’évoque d’autres actifs, qu’il s’agisse d’immobilier, d’actions détenues dans d’autres sociétés ou de parts dans des structures non cotées, comme des holdings familiales. La seule estimation chiffrée accessible tient à la valeur de son bloc d’actions et aux dividendes potentiels qui en découlent, calculés en multipliant, par exemple, le dividende versé par action par le nombre d’actions effectivement détenues, qui n’est pas détaillé dans les documents de référence accessibles au public. Pour le reste, la frontière entre patrimoine privé et responsabilité publique de dirigeant reste étanche, ce qui laisse à l’observateur un angle mort sur la répartition de son patrimoine entre actions et autres actifs.
Une parole rare, très contrôlée
La manière dont Olivier Roussat se présente au public complète ce tableau d’ensemble. Sur les plateaux d’Ecorama, de BFM Business ou du Figaro TV, il prend rarement la parole pour autre chose que des présentations de résultats, des annonces d’acquisitions ou des commentaires sur des dossiers sectoriels comme SFR ou TF1, en laissant à d’autres dirigeants le soin de communiquer sur des sujets plus symboliques. Dans l’interview de février 2026, il enchaîne les chiffres de flux de trésorerie, de résultat opérationnel courant et d’endettement, avant de glisser que « ce sont les entreprises qui créent la richesse dans un pays », une formule qui s’inscrit dans un débat plus large sur la contribution demandée aux grands groupes au budget de l’État. La Tribune, dans un portrait publié en 2024, parle d’un « directeur général résilient », passé par les crises du mobile et désormais aux commandes d’un ensemble qui rassemble les routes, les réseaux et la télévision, dans un groupe longtemps associé à la figure de Martin Bouygues.
Ce style discret tranche avec celui de certains dirigeants plus présents dans le débat public. Roussat ne multiplie pas les tribunes, ne commente pas les sujets de société et privilégie les formats où il peut commenter des tableaux de chiffres ou des plans d’investissement, ce qui renvoie à sa formation d’ingénieur et à son parcours dans les métiers techniques. Sa progression interne, du cockpit réseau de Bouygues Telecom à la direction générale du groupe, en passant par la présidence de Colas, le positionne comme un dirigeant issu des équipes opérationnelles, plutôt que des cercles de communication ou des conseils d’administration externes qui produisent des profils plus visibles. Cette trajectoire lui donne une légitimité dans les métiers qu’il dirige et le place au centre d’un système où la famille conserve la main sur les grandes orientations et sur la continuité de la stratégie, dans un équilibre qui dépend aussi de la confiance des marchés et des autorités publiques.
Prochain rendez-vous
La prochaine étape est déjà inscrite à l’agenda financier du groupe. Le calendrier boursier de Bouygues prévoit une publication des résultats semestriels 2026 à la fin du mois de juillet, suivie d’un point sur l’avancement du plan stratégique Perform d’Equans et sur les discussions éventuelles dans les télécoms, notamment si la situation de SFR évolue. Les analystes suivront de près l’évolution du flux de trésorerie, la dynamique dans l’immobilier et la trajectoire de la dette, dans un environnement où les taux d’intérêt restent plus élevés qu’avant 2022. Sur les rangs des assemblées générales, certains pourraient aussi poser des questions directes sur le ratio de rémunération entre le directeur général et le salarié médian, ou sur la place des retraités et des salariés dans la répartition des dividendes que le conseil proposera d’ici là.
Les informations relatives aux revenus, patrimoine ou rémunérations mentionnées dans cet article sont issues de sources publiques (déclarations fiscales rendues publiques, rapports officiels, estimations de tiers, déclarations des intéressés eux-mêmes ou de leurs représentants, ainsi que de publications et articles de presse). Ces données sont fournies à titre informatif et peuvent être approximatives, incomplètes ou ne plus refléter la situation actuelle à la date de lecture. Elles ne constituent en aucun cas une évaluation comptable ou juridique certifiée. Toute personne concernée qui souhaiterait apporter un correctif peut contacter la rédaction
