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Air Liquide : combien gagne le directeur général François Jackow

Air Liquide place François Jackow au cœur de la transition hydrogène et lie ses émoluments à ces projets, laissant ouverte la question de la facture finale.

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Dans la grande salle de l’assemblée d’Air Liquide, les votes défilent sans accrocs visibles. À la tribune, un directeur général pêu connu du grand public voit son mandat prolongé et sa place confirmée pour plusieurs années. Autour de lui, des projets d’hydrogène à plusieurs centaines de millions d’euros engagent le groupe sur des décennies, bien au-delà de l’horizon de son contrat. Entre ces promesses industrielles et les rémunérations qu’elles conditionnent, un équilibre se joue, que les salariés et l’opinion n’ont pas encore entièrement mis en chiffres.

Un vote massif pour un patron discret

La salle est plongée dans la lumière blanche des projecteurs.
À la tribune, un écran affiche les résolutions de l’assemblée générale d’Air Liquide, réunie le 5 mai dans un centre de conférence parisien. Les lignes résument des mois de travail de conseil d’administration et de comités spécialisés, des avenants à des contrats, des arbitrages sur des budgets d’investissement. Les votes s’affichent, un à un, dans un silence attentif, parfois ponctué du bip discret des boîtiers électroniques. Sur les rangs, quelques actionnaires individuels consultent leurs documents, stylo à la main, pendant que les représentants des grands investisseurs restent concentrés sur l’écran.

L’ordre du jour comprend la reconduction des mandats à la tête du groupe, la validation des comptes et l’approbation des rémunérations des dirigeants. Les bulletins enregistrent des majorités élevées en faveur de Benoît Potier, président, et de François Jackow, directeur général, pour quatre années supplémentaires à la tête du numéro deux mondial des gaz industriels, une activité qui consiste à produire et livrer des gaz comme l’oxygène ou l’hydrogène à l’industrie et à la santé. Une résolution détaille les éléments de rémunération du directeur général, qui atteignent 1,21 million d’euros de salaire fixe, 1,44 million de rémunération variable annuelle et 1,8 million d’euros d’actions de performance au titre de l’exercice 2025. Une autre entérine une hausse de son salaire fixe à 1,4 million d’euros pour 2026, une progression de plus de 27% par rapport au niveau de 1,1 million décidé pour 2023. Les applaudissements qui suivent restent mesurés, mais aucune contestation organisée ne se manifeste, ni sur la stratégie ni sur les montants.

Les chiffres projetés renvoient à un exercice 2025 marqué par un bénéfice net record de 3,5 milliards d’euros, en hausse de 6,4% sur un an par rapport à 2024. Les ventes annuelles reculent légèrement de 0,4%, mais la marge, c’est-à-dire la part de bénéfice dans le chiffre d’affaires, progresse et la génération de trésorerie demeure élevée selon les indicateurs présentés aux actionnaires. Le dividende proposé au titre de 2025 s’élève à 3,7 euros par action, en hausse de plus de 12% par rapport au coupon versé au titre de 2024, avec une bonification pour les titres détenus depuis au moins deux ans, qui bénéficient d’une « prime de fidélité ». Un actionnaire individuel, micro en main, demande comment le groupe compte absorber la volatilité des prix de l’énergie dans ses contrats à long terme, ces accords pluriannuels qui sécurisent des volumes et des prix pour les clients industriels. Le président du conseil renvoie à la diversification du portefeuille de clients et à la montée des projets bas carbone, sans remettre en cause les orientations prises.

La structure exacte de la rémunération de François Jackow s’affiche ensuite à l’écran sous la forme d’un tableau. Pour l’année 2025, le salaire fixe atteint 1,21 million d’euros, contre 1,1 million fixé en 2023 lors de la mise en place de sa nouvelle grille en tant que directeur général. La rémunération variable annuelle, versée après l’arrêté des comptes, s’élève à 1,44 million d’euros, un niveau à comparer aux 1,471 million versés au titre de 2023 pour un montant de fixe inférieur, ce qui montre un maintien proche de la cible. À ces montants s’ajoutent 1,8 million d’euros d’actions de performance attribuées au titre de la rémunération de long terme, niveau supérieur aux 1,649 million d’euros valorisés pour 2023. L’ensemble porte la rémunération globale autour de 4,45 millions d’euros pour 2025, dans une fourchette comparable aux estimations d’analystes qui situent sa rémunération totale autour de 4,7 millions en 2024. Sur l’écran, la part fixe apparaît minoritaire, largement dépassée par les composantes liées à la performance passée et future.

Pour 2026, le conseil propose une nouvelle grille qui modifie le profil de ce package en faveur de l’horizon long. Le salaire fixe passe ainsi de 1,21 à 1,4 million d’euros, première revalorisation significative depuis l’entrée en vigueur de la grille décidée en 2023. La rémunération variable annuelle conserve une structure indexée sur la performance, avec une cible ramenée de 120% du fixe à 105%, soit environ 1,47 million d’euros, mais un plafond porté à 160% du fixe, contre 150% auparavant, pour atteindre un maximum potentiel de 2,24 millions en cas de sur-performance. La composante de long terme progresse plus nettement : la cible d’actions de performance, calculée en pourcentage du fixe, grimpe de 150% à 180%, ce qui représente un montant indicatif de 2,52 millions pour une réalisation à 100% des objectifs pluriannuels. La part des incitations de long terme dans la rémunération globale de François Jackow augmente ainsi, renvoyant davantage au destin d’Air Liquide dans les prochaines années qu’aux seuls résultats de l’exercice écoulé.

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Le vote sur ces résolutions obtient 96,86% de suffrages favorables pour les éléments de rémunération 2025, selon le tableau de résultats publié après l’assemblée. Aucune coalition d’actionnaires minoritaires ne dépose de contre-résolution sur la rémunération du directeur général, alors que d’autres sociétés du CAC 40 ont connu ces dernières années des votes serrés sur ces sujets. Les investisseurs interrogés à la sortie mettent en avant la régularité de la politique de dividende, en progression, et le positionnement d’Air Liquide sur des segments jugés porteurs, comme l’hydrogène et les gaz pour le secteur hospitalier. La question de la comparaison entre les rémunérations de la direction et celles des salariés, évoquée par quelques voix isolées, renvoie à d’autres documents que les rapports financiers votés ce jour-là.

Une stratégie prolongée sous pression

Au fil de la matinée, un autre élément resurgit à plusieurs reprises dans les échanges avec les dirigeants. Air Liquide ne présentera pas de nouveau plan stratégique avant 2026, a rappelé la direction quelques mois auparavant, dans un communiqué expliquant ce choix par l’environnement économique et géopolitique. « Advance », le plan lancé pour la période 2022-2025, a été prolongé d’un an, avec des objectifs de performance rehaussés, en particulier sur l’amélioration de la marge opérationnelle, c’est-à-dire la marge avant intérêts et impôts. Cette prolongation a été annoncée en février 2025, alors que le groupe préparait déjà l’assemblée suivante, en mettant en avant un contexte changeant et des projets en cours de maturation. Les représentants de la direction évoquent les effets combinés de la guerre en Ukraine, de l’inflation et des tensions sur les chaînes d’approvisionnement sur les décisions d’investissement de leurs clients. L’assemblée prend acte de ce calendrier décalé, sans demander de changement immédiat de cap.

Les documents destinés aux investisseurs détaillent les objectifs quantifiés du plan « Advance » prolongé. Air Liquide vise une amélioration de 4,6 points de sa marge opérationnelle sur la période 2022-2026, contre 3,2 points sur 2022-2025 dans la version initiale du plan, ce qui signifie une exigence accrue sur quatre ans. Le groupe prévoit également un niveau d’investissements élevé, avec un portefeuille de grands projets présenté comme « record » en volume à l’horizon 2026, au-delà des 4 milliards d’euros évoqués lors des précédentes communications. La direction parle d’un « réservoir de croissance » inédit, en référence à l’ensemble des projets en cours de développement dans les gaz industriels et l’hydrogène. Sur les rangs, certains actionnaires s’interrogent sur la manière dont ces projets se traduiront dans les comptes à moyen terme, en termes de rentabilité et de retour sur capital. Les résultats de 2025, alignés sur les ambitions du plan, apportent pour l’instant une réponse favorable sur ce point.

Des paris géants sur l’hydrogène

Le report du nouveau plan stratégique renvoie aussi à la succession de décisions prises dans le champ de l’hydrogène, qui pèse désormais dans la trajectoire de François Jackow. En novembre 2024, il s’est rendu à Berlin pour inaugurer, avec le chancelier Olaf Scholz et le patron de Siemens Energy, une usine présentée comme l’une des plus grandes gigafactories d’électrolyseurs d’Europe, ces équipements qui permettent de produire de l’hydrogène en séparant l’eau en oxygène et hydrogène grâce à l’électricité. La coentreprise créée entre Air Liquide et Siemens Energy doit permettre de produire jusqu’à 3 gigawatts d’électrolyseurs par an, une capacité présentée comme pouvant alimenter des projets d’ampleur équivalente à plusieurs unités de production d’énergie décarbonée. La nouvelle usine doit alimenter un ensemble de projets de production d’hydrogène renouvelable en Allemagne, aux Pays-Bas et en France, en ciblant des sites industriels et des infrastructures de transport. Sur place, la mise en scène se concentre sur les lignes d’assemblage et les perspectives de baisse des coûts de ces équipements, plutôt que sur la figure des dirigeants.

En Normandie, un autre projet occupe une place centrale dans les dossiers suivis par le directeur général. Près du Havre, Air Liquide développe le projet Normand’Hy, un électrolyseur de 200 mégawatts destiné à produire environ 28 000 tonnes d’hydrogène renouvelable par an pour l’industrie locale, notamment les raffineries et la chimie. Le site vise une mise en service à partir de 2026, après l’annonce d’un investissement de plus de 400 millions d’euros par Air Liquide pour la construction de cet électrolyseur. Le projet a reçu, dans le cadre d’un dispositif européen dit « projet important d’intérêt européen commun » (PIIEC), un soutien de 190 millions d’euros de l’État français, décidé en 2023. Une enquête de presse publiée à l’automne 2025 rappelait toutefois que la production envisagée n’était, à ce stade, prévendue qu’à hauteur d’environ 60%, laissant une part d’incertitude sur la rentabilité commerciale du projet à ce niveau d’investissement. Les dirigeants d’Air Liquide avaient alors indiqué que des discussions étaient en cours avec d’autres industriels du bassin du Havre pour compléter les volumes et sécuriser davantage les débouchés.

La liste des projets hydrogène portés par Air Liquide ne se limite pas à l’Europe occidentale. Au Texas, le groupe s’est engagé avec ExxonMobil dans un projet d’hydrogène bas carbone sur le site de Baytown, combinant la production d’hydrogène et la capture du CO₂ émis pour le séquestrer, afin de réduire l’empreinte carbone globale. L’investissement annoncé par Air Liquide dans cette opération atteint jusqu’à 850 millions de dollars, un ordre de grandeur qui s’ajoute aux engagements déjà pris en Europe sur la même molécule. En parallèle, la joint-venture TEAL Mobility, cofondée avec TotalEnergies, vise à développer un réseau de stations d’hydrogène pour les poids lourds sur les principaux axes routiers français et européens, à partir d’un premier réseau de stations déployé depuis 2024. À l’échelle du groupe, Air Liquide a annoncé qu’il envisageait d’investir environ 8 milliards d’euros dans la chaîne de valeur de l’hydrogène bas carbone d’ici 2035, ce qui inclut la production, le transport et la distribution. Ces engagements donnent la mesure de l’ampleur des paris en cours pour la direction générale.

Quand la rémunération suit les projets

Ces projets, dont les retours s’étalent sur des décennies, s’inscrivent dans un horizon qui dépasse largement la durée du mandat actuel de François Jackow, fixé à quatre ans à compter de 2026. Ils contribuent aussi à la structure de sa rémunération, via les plans d’actions de performance qui ne sont définitivement acquis que si certains objectifs financiers, boursiers et extra-financiers sont atteints sur plusieurs années. Les critères extra-financiers incluent des indicateurs climatiques, comme la réduction des émissions directes du groupe, et des indicateurs de sécurité, comme la baisse du nombre d’accidents du travail. La hausse de la composante de long terme décidée pour 2026 renforce cette liaison entre enrichissement potentiel du dirigeant et trajectoire des grands projets hydrogène et bas carbone engagés sous sa responsabilité. Dans les documents transmis aux actionnaires, le conseil d’administration explique cette évolution par la volonté de mieux aligner la rémunération de la direction avec les « pratiques de marché » observées dans des groupes industriels comparables, tout en conservant une part fixe limitée.

Une carrière construite à l’intérieur

Pour comprendre comment ce dirigeant a été placé au cœur de ces paris, il faut revenir sur son parcours. François Jackow est né en 1969 à Paris, où il a suivi une scolarité dans les grands lycées parisiens avant d’intégrer l’École normale supérieure en filière sciences, une institution qui forme enseignants-chercheurs et cadres scientifiques. Il obtient en 1992 un diplôme en chimie et biologie de l’ENS, puis un Master of Arts en chimie à Harvard la même année, dans le cadre d’un programme d’échanges entre grandes écoles et universités américaines. En 1993, il complète ce profil scientifique par un MBA du Collège des ingénieurs, une école qui associe formation théorique et missions en entreprise pour des jeunes diplômés d’écoles d’ingénieurs et d’universités. Les biographies disponibles ne documentent pas son milieu familial d’origine au-delà de ces éléments scolaires, ce qui laisse un angle mort sur la trajectoire sociale qui a précédé son entrée dans ces établissements.

Avant de rejoindre Air Liquide, il effectue deux passages brefs dans d’autres groupes industriels. En 1990, il travaille quelques mois comme chercheur associé chez L’Oréal, sur des sujets de chimie appliquée aux cosmétiques. Il intervient ensuite comme consultant en risques industriels pour Shell en 1991 et 1992, un rôle qui consiste à évaluer les risques d’accidents et les mesures de prévention sur les sites pétroliers et chimiques. Il entre chez Air Liquide en 1993, à 24 ans, sur des fonctions de marketing et de développement dans les gaz industriels, un métier qui combine suivi de clients industriels et montage de contrats d’approvisionnement. Au fil des années, il occupe différents postes en France, aux États-Unis et aux Pays-Bas, en combinant des responsabilités commerciales, d’ingénierie de projets et, progressivement, de gestion de centres de profit. Les portraits de presse décrivent une progression régulière dans l’entreprise, sans rupture apparente, dans une maison connue pour privilégier les promotions internes.

Un tournant intervient au début des années 2000. En 2002, il devient vice-président Recherche et Développement, en charge des technologies avancées et de l’innovation, ce qui le place au centre de la relation entre les laboratoires et les unités commerciales. Ce poste lui permet de suivre des dossiers allant des gaz pour les hôpitaux aux applications pour les semi-conducteurs, deux segments en croissance à cette époque. En 2007, il est nommé président d’Air Liquide Japon, à la tête d’une filiale stratégique dans un pays où les exigences de qualité et de continuité de service sont élevées. Il y supervise des activités qui vont des gaz pour l’électronique à l’approvisionnement des grands industriels locaux, dans un contexte de concurrence avec d’autres grands acteurs internationaux du secteur des gaz industriels. Cette parenthèse asiatique dresse un premier portrait de dirigeant opérationnel, confronté à un marché exigeant et à des clients puissants.

Après son retour en Europe, il prend la tête de la branche Grande Industrie, qui gère les contrats de long terme avec des clients comme les sidérurgistes, les raffineurs et les chimistes, contrats souvent indexés sur la durée des installations industrielles. En 2014, il est nommé directeur de la stratégie et du développement, avec un rôle central dans le plan NEOS, feuille de route précédente d’Air Liquide, et dans l’acquisition de l’américain Airgas, opération réalisée en 2016 pour plus de 10 milliards d’euros. Ce rachat permet à Air Liquide de renforcer sa présence en Amérique du Nord et d’équilibrer son portefeuille géographique, jusque-là très centré sur l’Europe et l’Asie. En 2019, François Jackow est promu directeur général adjoint, membre du comité exécutif, responsable notamment de l’Europe industrielle, de l’Europe santé et de la zone Afrique/Moyen-Orient/Inde, ce qui lui donne une vue d’ensemble sur des marchés contrastés en termes de croissance et de risques. La décision de le choisir comme successeur de Benoît Potier à la direction générale est annoncée fin 2021, pour une prise de fonctions effective le 1er juin 2022, après l’assemblée de cette année-là.

Un noyau dirigeant stable et fermé

Cette carrière longue au sein de la « maison » éclaire la manière dont Air Liquide organise son pouvoir au sommet. Le 1er juin 2022, le groupe met en place une structure dissociant les fonctions de président et de directeur général, Benoît Potier devenant président non exécutif du conseil, tandis que François Jackow prend la direction générale, concentrant la responsabilité opérationnelle. Le communiqué publié alors insiste sur la continuité de la stratégie, en rappelant les années passées de Jackow à la tête de la stratégie et de la Grande Industrie. Le comité exécutif est remanié en 2024 pour « simplifier l’organisation » et regrouper les activités en grands pôles géographiques et métiers, afin de répondre, selon le groupe, aux besoins croissants des marchés industriels et des clients de la transition énergétique. La plupart des dirigeants de ce cercle restreint sont eux aussi issus d’un long parcours interne, parfois passé par des postes aux États-Unis ou en Asie, ce qui renforce l’idée d’un noyau dirigeant stable et fortement socialisé à la culture du groupe.

L’argent, les salariés et les données manquantes

Au fil de cette trajectoire, la rémunération de François Jackow suit une courbe ascendante qui accompagne l’élargissement de ses responsabilités. Les documents remis aux actionnaires montrent qu’en 2022, année de transition où il n’a été directeur général qu’à partir de juin, le total de ses rémunérations attribuées s’élève à 2,524 millions d’euros, en incluant fixe, variable et actions de performance. En 2023, année pleine de mandat, le salaire fixe atteint 1,1 million d’euros, la rémunération variable 1,471 million et la composante de long terme 1,649 million, soit un total de 4,238 millions, avantages en nature compris, ce qui représente une progression de près de 68% par rapport à 2022. Cette hausse correspond en partie à un changement de statut, mais aussi à une décision du conseil prise en février 2023, qui prévoit une augmentation globale de 10% de sa rémunération sur la durée de son mandat, soit une hausse moyenne de 3,2% par an, présentée comme alignée sur les augmentations moyennes des collaborateurs.

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Les années suivantes confirment cette trajectoire, tout en la stabilisant autour d’un niveau élevé. Des analyses financières publiées au printemps 2025 estiment sa rémunération totale de 2024 autour de 4,7 millions d’euros, pour une capitalisation boursière d’Air Liquide alors proche de 100 milliards d’euros, ce qui le place dans une fourchette courante pour une entreprise de cette taille en Europe. Ces études comparent ce montant à celui de directeurs généraux de groupes comparables du secteur des matériaux, de la chimie et des gaz industriels, et le jugent proche de la médiane des pairs, avec une part fixe représentant environ un quart du total. Le détail du rapport de rémunération 2024, déposé auprès de l’Autorité des marchés financiers dans le Document d’enregistrement universel, comporte les tableaux exhaustifs, mais ceux-ci ne sont pas intégralement reproduits dans les brochures de convocation accessibles au grand public.

La question de l’écart avec les salariés reste plus difficile à documenter, malgré l’abondance d’indicateurs sociaux. Un site de suivi des multinationales mentionne un écart de 88 entre la rémunération du directeur général d’Air Liquide et celle du salarié moyen en 2021, à une époque où Benoît Potier occupait encore la direction générale, ce qui donne un ordre de grandeur sans concerner directement François Jackow. Les bilans sociaux d’Air Liquide, notamment pour 2024, évoquent des indicateurs d’égalité professionnelle, de distribution salariale et de rémunération médiane, mais sans mentionner, dans les extraits disponibles, un ratio explicite entre le directeur général actuel et le salarié médian du groupe. Sans accès à l’intégralité de ces documents, il n’est pas possible de calculer de manière rigoureuse un ratio Jackow/salarié médian pour les années 2023 à 2025, ni de le comparer à celui d’autres entreprises du CAC 40. Cette absence de donnée publiquement lisible laisse une part du débat sur l’ampleur réelle des écarts en suspens, y compris pour les observateurs extérieurs.

Les engagements d’Air Liquide en matière de rémunération et d’avantages des mandataires sociaux sont publiés sur le site du groupe, dans une page qui se réfère au code AFEP-MEDEF, le code de bonne conduite des grandes entreprises françaises en matière de gouvernance. Elle précise que les indemnités de cessation de fonctions ne peuvent excéder deux ans de rémunération et qu’elles sont conditionnées à l’atteinte de certains critères de performance, ce qui inclut les cas de départ contraint. Les documents portant sur François Jackow ne signalent pas l’existence d’une indemnité de départ supérieure à ces normes ou dérogatoire. Les avantages en nature et régimes de retraite spécifiques sont pris en compte dans les tableaux de rémunération, mais sans détail chiffré séparé dans les résumés publics, ce qui rend leur part exacte plus difficile à apprécier pour un lecteur non spécialiste.

Un dirigeant sans scandale visible

À ce jour, aucune affaire judiciaire ou fiscale impliquant directement François Jackow n’est mentionnée dans la presse économique ou généraliste, malgré la forte exposition du groupe sur des sujets sensibles comme le climat et la fiscalité internationale. Les débats autour d’Air Liquide concernent plutôt des sujets sectoriels, comme les aides publiques à la décarbonation, le rythme de la transition énergétique ou les conséquences sociales de certaines restructurations industrielles, par exemple lors de fermetures de sites dans la chimie. Lors d’une audition devant le Sénat en avril 2025, dans le cadre d’une commission d’enquête sur les aides aux grandes entreprises, le directeur général a été entendu sur l’usage des soutiens publics reçus par Air Liquide, notamment pour les projets hydrogène, et sur les engagements de décarbonation associés. Les comptes rendus disponibles font état d’un échange technique, centré sur les volumes de CO₂ évités, les montants de subventions et les investissements correspondant, sans débordement polémique sur sa personne.

Une influence qui s’étend aux autres conseils

Dans les portraits publiés par la presse spécialisée, l’image qui se dessine est celle d’un dirigeant mesuré, peu présent dans les médias généralistes, davantage dans les conférences professionnelles et les rencontres avec les investisseurs. Un article de presse économique le décrivait en 2022 comme le « nouveau père de famille » d’Air Liquide, dans un groupe présenté comme une entreprise « quasi familiale » par sa gouvernance et la fidélité de ses cadres dirigeants. Les photographies de la gigafactory de Berlin le montrent en casque de chantier, entouré d’ingénieurs, de techniciens et de responsables politiques allemands, plus que de communicants, dans un environnement très industrialisé. Ces scènes disent quelque chose de la manière dont il occupe sa place, au milieu des équipements et des schémas d’implantation, plutôt qu’au centre de plateaux télévisés.

Quelques jours après l’assemblée générale de mai 2026, un autre communiqué attire l’attention des observateurs du capitalisme français. Schneider Electric a annoncé qu’il proposait la nomination de François Jackow comme administrateur indépendant, à soumettre au vote de son assemblée générale du 7 mai 2026, ajoutant ainsi la perspective d’un mandat dans un groupe majeur de l’électrification et de la gestion énergétique. Si l’élection est confirmée, le directeur général d’Air Liquide siègera au conseil d’un autre acteur de la transition énergétique, aux côtés de dirigeants venus d’autres secteurs industriels et financiers. Dans les discours officiels, cette nomination est présentée comme une manière de renforcer les échanges d’expériences sur la décarbonation et l’efficacité énergétique à l’échelle européenne. En arrière-plan, elle place aussi un même dirigeant au croisement de plusieurs conseils, de projets hydrogène très capitalistiques et d’une rémunération de plus en plus liée à la réussite de ces paris.



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