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La France a placé son parc atomique sous le contrôle d’un groupe redevenu entièrement public. L’État décide des grandes orientations et l’électricien répond du fonctionnement quotidien des réacteurs. Les dépenses de sûreté, de démantèlement et de renouvellement du parc restent rattachées à la même entreprise. Cette organisation associe donc contrôle public et responsabilité industrielle.
Le 8 juin 2023, l’État français est devenu l’unique actionnaire d’EDF après le rachat des titres encore détenus par des investisseurs minoritaires. Au 31 décembre 2025, il détenait 100% du capital et des droits de vote de l’électricien.
EDF est propriétaire des centrales qu’il exploite. Le groupe compte 57 réacteurs nucléaires en fonctionnement en France. Selon les présentations d’EDF, ces réacteurs sont répartis sur 18 ou 19 sites, selon le mode de décompte retenu pour Flamanville ; le nombre de réacteurs, lui, reste identique. Les équipes d’EDF assurent la conduite des réacteurs, les arrêts programmés, les contrôles techniques et la maintenance. L’État ne commande pas directement les centrales de Gravelines, Cattenom, Civaux ou Flamanville ; il détient l’entreprise qui les possède et les exploite.
EDF au cœur du parc
À Gravelines, dans le Nord, EDF exploite six réacteurs de 900 mégawatts. Le site atteint une puissance totale de 5 400 mégawatts. Quatre réacteurs de 1 300 mégawatts sont exploités par EDF à Cattenom, en Moselle. À Civaux, dans la Vienne, deux réacteurs de 1 450 mégawatts relèvent du même opérateur.
EDF exploite l’ensemble des centrales nucléaires civiles françaises. Le pays repose ainsi sur un modèle très concentré, contrairement aux États-Unis ou au Royaume-Uni, où plusieurs entreprises se partagent l’exploitation nucléaire. Le parc français comprend 32 réacteurs de 900 mégawatts, 20 de 1 300 mégawatts, quatre de 1 450 mégawatts et l’EPR de Flamanville, d’une puissance de 1 650 mégawatts. La puissance installée autorisée du parc atteint 62,9 gigawatts.
Les deux réacteurs de Fessenheim, arrêtés en 2020, ne produisent plus d’électricité. EDF reste chargé de leur démantèlement, qui comprend notamment le retrait du combustible, le nettoyage des équipements, leur découpe et la gestion des déchets.
L’État possède EDF
L’État détenait environ 84% du capital d’EDF avant l’offre publique lancée en 2022. Le retrait obligatoire de juin 2023 a supprimé les actionnaires privés et retiré EDF de la Bourse de Paris. L’Agence des participations de l’État représente l’État actionnaire dans EDF. Le gouvernement fixe les grandes orientations de la politique énergétique, tandis qu’EDF décide et réalise les opérations industrielles sur les centrales.
À lireDerrière Blédina, le contrôle total de DanoneLe 24 juin 2026, l’assemblée générale d’EDF a approuvé un dividende de 1 milliard d’euros versé à l’État pour l’exercice 2025. Bernard Fontana, président-directeur général d’EDF, a présidé la réunion.
EDF a produit 373 térawattheures d’électricité nucléaire en France en 2025. Un térawattheure correspond à un milliard de kilowattheures, l’unité utilisée pour mesurer la production des grandes centrales électriques. Le groupe a enregistré 113,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 8,4 milliards d’euros de résultat net en 2025. Entre janvier et juin 2026, EDF a produit 189,9 TWh d’électricité nucléaire en France et maintient pour 2026 une estimation comprise entre 350 et 370 TWh.
EDF répond de la sûreté
EDF est le « premier responsable de la sûreté » des centrales qu’il exploite. L’État, même actionnaire unique, ne remplace pas EDF dans cette responsabilité légale.
L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, l’ASNR, contrôle les activités nucléaires civiles au nom de l’État depuis le 1er janvier 2025. Elle a réuni l’ancienne Autorité de sûreté nucléaire et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. EDF doit signaler à l’ASNR les incidents significatifs, présenter les dossiers nécessaires lors des modifications importantes et appliquer les prescriptions de sûreté. L’Autorité publie les incidents et accidents classés à partir du niveau 1 sur l’échelle internationale INES, qui compte sept niveaux.
La corrosion sous contrainte détectée à partir de 2021 sur certains tuyaux a conduit EDF à effectuer des contrôles et des réparations. Les arrêts prolongés qui en ont résulté ont contribué à faire tomber la production nucléaire française à son plus bas niveau depuis plusieurs décennies en 2022.
Le rapport annuel publié par l’ASNR le 28 mai 2026 juge que la sûreté des centrales s’est maintenue à « un niveau satisfaisant » en 2025. L’Autorité mentionne aussi des retards dans certaines opérations de démantèlement et dans la gestion de déchets radioactifs.
Des charges jusqu’après l’arrêt
EDF avait constitué 54,344 milliards d’euros de provisions au 31 décembre 2025 pour les obligations liées aux centrales nucléaires qu’il exploite en France. Une provision est une somme inscrite dans les comptes pour couvrir une dépense future estimée. Les comptes répartissent ce montant entre 31,557 milliards d’euros pour l’aval du cycle nucléaire, le traitement du combustible usé et la gestion des déchets et 22,787 milliards d’euros pour le démantèlement des centrales ainsi que les derniers cœurs de combustible.
EDF a constitué des actifs dédiés, réservés au financement de ces dépenses. Leur valeur couvrait 108,8% des provisions nucléaires à la fin de 2025, contre 104,7% au 31 décembre 2024. Orano traite à La Hague, dans la Manche, une part du combustible usé d’EDF. L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, l’Andra, prépare à Bure, entre la Meuse et la Haute-Marne, le projet Cigéo, destiné au stockage profond des déchets les plus radioactifs et les plus durables.
La dette financière nette d’EDF s’élevait à 51,5 milliards d’euros au 30 juin 2026. Cette dette correspond aux emprunts du groupe, une fois retranchée sa trésorerie disponible. La Cour des comptes a estimé que les investissements d’EDF pourraient atteindre jusqu’à 460 milliards d’euros entre 2025 et 2040. Le programme comprend notamment l’entretien des centrales existantes, les réseaux électriques et la construction de nouveaux réacteurs.
Les EPR2 restent à construire
Le Conseil de politique nucléaire du 12 mars 2026 a retenu trois sites pour six futurs réacteurs EPR2 : Penly, en Seine-Maritime, Gravelines, dans le Nord, et le Bugey, dans l’Ain. Chaque site doit accueillir une paire de réacteurs.
EDF évalue le coût prévisionnel de ces six EPR2 à 72,8 milliards d’euros, en valeur 2020. Son conseil d’administration a prévu 2,7 milliards d’euros pour le programme en 2026.
À lireFranprix : Casino propriétaire, Křetínský aux commandesLe décret du 22 août 2026 a autorisé EDF à commencer des travaux préparatoires sur le site de Gravelines. Le texte permet l’aménagement du terrain, mais ne donne pas encore l’autorisation de construire les deux réacteurs ni leurs bâtiments nucléaires.
La décision finale d’investissement des six premiers EPR2 est attendue avant la fin de 2026. EDF vise une première mise en service à Penly en 2038.
Si EDF construit ces réacteurs, ils rejoindront les actifs du groupe. L’État les contrôlera par sa participation de 100% dans EDF, tandis que l’ASNR contrôlera leur sûreté avant puis pendant leur exploitation.
