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Qui possède vraiment Panzani depuis son rachat en 2021 ? Enquête sur CVC, les holdings Pimente et les 525 millions d’euros de dette financière.
Vendue 550 millions d’euros par le groupe espagnol Ebro Foods à la fin de 2021, Panzani a conservé son siège lyonnais, ses usines et ses semouleries françaises. En 2024, la société d’exploitation a dégagé 35,6 millions d’euros de bénéfice net. La dette du rachat se concentre toutefois dans la holding Pimente Investissement, qui affichait environ 525 millions d’euros de dettes financières fin 2024. Cette architecture situe le pouvoir financier de la marque.
Panzani est contrôlée depuis le 31 décembre 2021 par des fonds gérés ou conseillés par CVC Capital Partners VIII. Ebro Foods a vendu 100% de Panzani SAS à Pimente Investissement, une holding française que le groupe espagnol décrivait comme majoritairement détenue par ces fonds ou leurs affiliés.
Les comptes arrêtés au 31 décembre 2024 éclairent la mécanique de l’opération. Pimente Investissement inscrivait environ 525 millions d’euros de dettes financières dans son bilan. Panzani SAS, l’entreprise qui fabrique et commercialise les produits, affichait environ 3,4 millions d’euros de dettes financières. Ces deux montants dessinent la structure du contrôle : Panzani SAS emploie, produit, vend et dégage des résultats ; Pimente Investissement détient ses titres et porte l’essentiel du financement lié à son acquisition. Les fonds liés à CVC pilotent cet investissement au sommet de la chaîne.
Pimente, au-dessus de Panzani
Pimente Investissement a acheté Panzani SAS. La holding s’insère dans un ensemble de sociétés qui organisent la détention des titres, les flux fiscaux, la consolidation des comptes et le financement du rachat.
Les comptes de Panzani indiquent que la société est détenue indirectement à plus de 50% par Pimente Luxembourg Sàrl. Cette entité établit les comptes consolidés du groupe. Panzani a aussi rejoint, en 2022, le groupe d’intégration fiscale de Financière Pimente, un dispositif qui permet à plusieurs sociétés liées de calculer ensemble leur impôt sur les bénéfices.
La chaîne suit plusieurs niveaux. Panzani SAS produit et vend ; Pimente Investissement détient la société ; Financière Pimente coordonne l’intégration fiscale française ; Pimente Luxembourg consolide les comptes. Les fonds liés à CVC Capital Partners VIII ont fourni l’essentiel du capital du véhicule acquéreur, selon Ebro Foods.
À lireRicoré, une marque Nestlé sous contrôle suisseCes sociétés remplissent des fonctions distinctes. Panzani SAS exploite les sites de production ; Pimente Investissement concentre les emprunts contractés pour l’achat ; Pimente Luxembourg rassemble les résultats du groupe dans des comptes consolidés. Cette répartition place le centre du financement hors de la société qui fabrique les produits.
CVC Capital Partners plc, cotée à Amsterdam depuis 2024, ne détient pas directement les titres de Panzani. La société de gestion administre des fonds alimentés par des investisseurs institutionnels. Le fonds CVC Capital Partners VIII, qui a financé l’acquisition, avait levé 22,3 milliards d’euros lors de sa clôture en 2020. Les documents publics identifient le contrôle des fonds liés à CVC, sans détailler la quote-part de chaque investisseur dans l’opération Panzani.
Le périmètre vendu par Ebro
Ce contrôle s’exerce sur un périmètre plus étroit que l’univers de marques souvent associé à Panzani. Ebro Foods a valorisé la cession à 550 millions d’euros, avant ajustements de dette et de besoin en fonds de roulement. Le groupe espagnol a finalisé la vente le 31 décembre 2021.
La transaction incluait les marques Panzani, Ferrero, Regia, Zakia et Le Renard. Elle couvrait les pâtes sèches, les semoules, le couscous et les sauces, ainsi que les actifs industriels correspondants. Ebro Foods a conservé les activités de riz et de pâtes fraîches. Taureau Ailé et Lustucru Sélection sont restées dans le périmètre du groupe espagnol.
Le contrôle de CVC porte donc sur les activités cédées à Pimente Investissement, dont la marque Panzani constitue l’élément le plus connu. La vente incluait les usines de Vitrolles, de La Montre et de Nanterre, ainsi que les semouleries de Gennevilliers, de Saint-Just et de Littoral. Ce périmètre associe une marque nationale à des sites qui transforment le blé dur avant la fabrication des pâtes et des graines de couscous.
Ces actifs ont justifié le prix payé en 2021. Ils ont aussi servi de base à un rachat financé par l’endettement.
La dette du rachat
Le montage relève d’un LBO, ou rachat avec effet de levier : une holding emprunte pour acheter une entreprise, puis les résultats de cette entreprise soutiennent la capacité de remboursement et de refinancement du groupe.
Pimente Investissement suit ce schéma. Ses comptes 2024 font apparaître environ 525 millions d’euros de dettes financières. Le même exercice laisse apparaître, dans Panzani SAS, une dette financière limitée à environ 3,4 millions d’euros. Cette différence découle du rôle de chaque société : Pimente Investissement a acheté les titres ; Panzani SAS poursuit ses activités de fabrication et de vente. Le bilan de la société industrielle renseigne donc d’abord sur son exploitation, tandis que celui de la holding mesure la charge financière du rachat.
Le financement initial reposait sur un prêt senior garanti de 340 millions d’euros et une ligne de crédit renouvelable de 60 millions d’euros, c’est-à-dire une réserve de financement que l’emprunteur peut utiliser selon ses besoins. En 2024, la structure a négocié un financement supplémentaire de 185 millions d’euros, notamment pour une recapitalisation par dividende.
Cette recapitalisation consiste à contracter une dette afin de verser une distribution aux propriétaires de la holding. Elle a accru le levier financier, c’est-à-dire le poids de la dette rapporté à la capacité du groupe à générer des résultats. Les comptes de Pimente Investissement mesurent cet endettement à la fin de 2024.
Une rentabilité sous surveillance
Panzani SAS a réalisé 662,3 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, contre environ 688,2 millions en 2023. Ses ventes ont reculé de 3,8% sur un an. La société a néanmoins porté son résultat d’exploitation à 50,7 millions d’euros, après 45,6 millions un an plus tôt, et son bénéfice net à 35,6 millions, contre environ 31 millions en 2023.
Cette progression des résultats traduit une amélioration de la rentabilité de la société opérationnelle. Elle donne à la holding des flux susceptibles de soutenir le financement du rachat.
À lireCochonou : l’histoire cachée derrière le saucisson du TourS&P Global Ratings avait pourtant abaissé, en 2024, la note de crédit de Panzani à B-. L’agence anticipait alors un ratio de dette ajustée rapportée à l’EBITDA, soit le résultat avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements, compris entre 9,5 et 10 fois pour 2024, contre 6,9 fois en 2023.
Cette estimation intégrait les effets attendus du refinancement. Elle ne constituait pas un bilan comptable certifié. S&P évaluait le risque de crédit du groupe à partir de ses propres critères, qui incluent les flux financiers et les emprunts logés dans les holdings.
La rentabilité de Panzani SAS éclaire la force de l’activité industrielle. Le ratio suivi par l’agence éclaire la pression créée par le financement de son acquisition.
Panzani, un outil industriel français
Cette pression financière s’exerce sur un groupe qui conserve son implantation en France. Panzani a son siège à Lyon et revendique sept implantations, siège compris, avec trois semouleries et trois ateliers de production. Le groupe indique employer plus de 800 salariés et travailler avec plus de 3 000 agriculteurs partenaires.
Les semouleries transforment le blé dur avant que les ateliers ne fabriquent les pâtes et les graines de couscous. Cette organisation lie Panzani à ses fournisseurs agricoles, à ses sites français et aux rayons où ses produits sont distribués.
Albert Mathieu préside Panzani et représente le groupe dans ses communications publiques. L’entreprise continue de décider de sa production, de ses achats et de sa commercialisation depuis la France. Les holdings Pimente concentrent les titres, les emprunts et la consolidation des comptes. Les fonds liés à CVC contrôlent cet ensemble depuis la vente conclue avec Ebro Foods le 31 décembre 2021.
