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La marque née à Buis-les-Baronnies appartient à un groupe américain coté à New York. En France, McCormick France SAS, installée à Avignon, exploite le nom Ducros. Le capital de McCormick réunit fonds, investisseurs et salariés, tandis que les droits de vote suivent une mécanique distincte. Un projet avec Unilever, examiné depuis le 16 septembre par l’autorité britannique de la concurrence, pourrait modifier cet équilibre à partir de 2027.
Les petits flacons rouges et blancs ont gardé leur nom, leur slogan et une part de leur imaginaire provençal. Leur propriétaire a changé depuis longtemps. Ducros relève aujourd’hui de McCormick & Company, Incorporated, groupe américain spécialisé dans les épices, les sauces et les condiments, coté au New York Stock Exchange.
McCormick cite Ducros parmi ses principales marques de la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique. Le groupe américain place également ce nom dans la liste de ses marques stratégiques, avec Schwartz, Kamis ou Vahiné. Cette inscription dans le rapport annuel du groupe fixe la chaîne de contrôle actuelle : la marque française dépend d’un acteur mondial installé à Hunt Valley, dans le Maryland.
Cette propriété prend une importance nouvelle depuis l’annonce, au printemps, d’un rapprochement entre McCormick et l’activité Foods d’Unilever. L’opération n’a toutefois pas transféré Ducros. Le 16 septembre, la Competition and Markets Authority, l’autorité britannique de la concurrence, a ouvert une enquête préliminaire sur le projet. Sa décision initiale est attendue au plus tard le 11 novembre. Ducros reste donc, à ce stade, sous contrôle de McCormick.
McCormick au sommet de la chaîne
McCormick & Company, Incorporated, la maison mère américaine, contrôle les activités du groupe et ses marques sur les marchés mondiaux. Ducros figure dans son portefeuille européen, aux côtés des assaisonnements Schwartz au Royaume-Uni ou Kamis en Pologne. Cette présence dans les comptes et les communications du groupe ne se réduit pas à un affichage commercial : McCormick considère Ducros comme l’un de ses actifs importants et indique que la disparition de certaines de ses marques phares, parmi lesquelles Ducros, pourrait peser sur son activité.
À lireCaudalie, trente ans et toujours sous contrôle familialLa maison mère américaine fixe ainsi les orientations industrielles et stratégiques de la marque. Ses décisions portent sur les investissements, l’organisation des activités, l’innovation et les grands choix de portefeuille. Elles remontent au siège de Hunt Valley, bien au-delà des flacons vendus dans les supermarchés français. Ce contrôle mondial s’exerce toutefois par une société française.
Avignon, le relais français
McCormick France SAS exploite le nom Ducros en France. Les mentions légales du site de la marque précisent que les marques et logos qui y figurent sont déposés par cette société. McCormick France SAS est immatriculée au registre du commerce et des sociétés d’Avignon sous le numéro 622 980 027. Son siège se trouve au 315, rue Marcel-Demonque, sur le site d’Agroparc, à Avignon. La société affiche un capital social de 19,57 millions d’euros.
Cette adresse donne une matérialité française à une marque contrôlée par le groupe américain. McCormick France commercialise les produits, porte les marques utilisées sur son territoire et représente le groupe auprès des distributeurs et des consommateurs. La société avignonnaise appartient à l’organisation de McCormick, qui distribue ses marques dans près de 150 pays et territoires. Le logo Ducros reste français dans les rayons ; son contrôle remonte à la maison mère américaine.
Le nom d’une famille
La maison mère américaine a pris la suite d’une entreprise née dans le sud-est de la France. Gilbert et Marc Ducros ont créé cette entreprise en 1963 à Buis-les-Baronnies, dans la Drôme, en commercialisant herbes, aromates et épices. Les deux frères ont ensuite fait du conditionnement en petits flacons et de la grande distribution les ressorts de leur développement. La marque a gagné les cuisines françaises avec ses mélanges, son poivre et ses herbes de Provence. Le nom de famille s’est ainsi imposé avant de devenir un repère publicitaire.
Cette histoire familiale a pris fin sur le plan capitalistique au début des années 1990. La famille a cédé l’entreprise à Eridania-Béghin-Say en 1992. McCormick a ensuite repris Ducros en 2000, faisant entrer la marque dans son portefeuille. Le nom a survécu à ces changements d’actionnaires. Il désigne aujourd’hui une marque connue par plusieurs générations de consommateurs, sans lien capitalistique avec la famille qui l’a créée.
Un capital dispersé
McCormick ne relève pas d’un propriétaire unique. La société américaine est cotée et son capital se répartit entre fonds, investisseurs institutionnels, épargnants, dirigeants et salariés. Des sociétés de gestion telles que BlackRock ou Vanguard peuvent figurer parmi les détenteurs déclarés de titres McCormick. Ces groupes administrent toutefois, pour l’essentiel, des portefeuilles appartenant à leurs clients, à des fonds indiciels ou à des régimes de retraite. Une ligne dans leur portefeuille donne une exposition économique à McCormick ; elle ne leur attribue pas la direction de Ducros.
McCormick pilote son portefeuille de marques par l’intermédiaire de ses dirigeants et de ses filiales. Les actionnaires financent le groupe, participent à sa gouvernance selon les droits attachés à leurs titres et peuvent percevoir des dividendes. Cette dispersion rend vaine la recherche d’un héritier ou d’un industriel qui contrôlerait seul Ducros. Le propriétaire économique de la marque prend la forme d’une société cotée, dont les détenteurs changent au rythme des marchés.
Deux actions, deux pouvoirs
La dispersion du capital ne résume pas la gouvernance de McCormick. Le groupe a organisé son capital autour de deux catégories d’actions. La première, cotée sous le symbole MKC.V, donne droit au vote. La seconde, cotée sous le symbole MKC, porte le nom d’action ordinaire non votante.
A la fin de l’année 2025, McCormick comptait 14 851 729 actions votantes et 253 586 510 actions non votantes. Ces chiffres dessinent une structure singulière : la très grande majorité des titres du groupe donne accès à sa valeur économique, tandis que les votes ordinaires se concentrent dans une catégorie beaucoup plus réduite.
Les détenteurs des actions MKC votent dans certains cas exceptionnels, lorsqu’une opération touche directement à leurs droits. Les statuts prévoient notamment des votes séparés lors de certaines fusions, d’une dissolution, de la vente de la quasi-totalité des actifs ou d’une modification statutaire affectant leur catégorie.
Pour les assemblées annuelles et les décisions ordinaires, les actions MKC.V jouent le rôle central. McCormick limite aussi à 10% les droits de vote d’une personne qui détient au moins 10% des actions votantes. Ce plafond réduit la capacité d’un investisseur à imposer seul ses choix par l’accumulation de titres votants. Le groupe a prévu un second garde-fou : si une personne contrôlait plus de 50% des votes liés aux actions votantes, les actions non votantes seraient automatiquement converties en actions votantes, à raison d’une pour une. Le mécanisme placerait alors l’essentiel du capital dans le débat.
À lireQui dirige et possède Urgo, le groupe des pansements ?Les intérêts économiques et le pouvoir de gouvernance ne se répartissent donc pas dans les mêmes proportions. McCormick a ainsi limité la possibilité d’une prise de contrôle progressive.
Unilever et le capital futur
Cette organisation pourrait évoluer avec le projet annoncé par McCormick et Unilever. Les deux groupes ont présenté, le 30 mars, un accord destiné à combiner McCormick avec l’essentiel des activités alimentaires d’Unilever, connues notamment pour les marques Knorr et Hellmann’s.
Les termes annoncés prévoient que les actionnaires d’Unilever reçoivent 55,1% du capital dilué, c’est-à-dire calculé après prise en compte de l’ensemble des titres susceptibles d’être créés ou convertis, du futur ensemble. Unilever conserverait directement 9,9%, tandis que les actionnaires actuels de McCormick détiendraient 35%. Le groupe combiné garderait le nom McCormick.
Les actionnaires d’Unilever et Unilever détiendraient ainsi ensemble 65% du futur capital, si la transaction était menée à son terme dans les conditions annoncées. Cette répartition transformerait l’équilibre économique de la maison mère de Ducros. La CMA britannique examine précisément si le rapprochement risque de réduire la concurrence au Royaume-Uni. D’autres autorisations et le vote des actionnaires de McCormick doivent encore intervenir.
McCormick et Unilever visent une clôture vers le milieu de l’année 2027. Les flacons Ducros resteraient alors dans le portefeuille d’un groupe portant le nom McCormick, avec un actionnariat profondément recomposé.
