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- Le Rafale, un carnet de commandes qui écrase la concurrence
- Des chasseurs chinois sans acheteurs
- L’opération Sindoor, point de départ de la campagne
- À Xuchang, des J-16 chinois s’entraînent contre des Rafale indiens
- Deux ans de faux documents, de fausses annulations et de deepfakes
- Taïwan, le dossier que Pékin redoute plus que les autres
L’Inde s’apprête à signer le plus grand contrat d’armement en cours de négociation dans le monde, portant sur 114 Rafale supplémentaires. Dans le même temps, la Chine orchestre depuis deux ans une campagne de désinformation systématique pour convaincre les acheteurs potentiels que l’avion français peut être abattu. Ces deux réalités ne sont pas sans lien.
Le Rafale, un carnet de commandes qui écrase la concurrence
Le Defence Acquisition Council indien a donné son feu vert, en février 2026, à l’ouverture de négociations en gré-à-gré pour l’achat de 114 Rafale supplémentaires. Le montant estimé avoisine 30 milliards d’euros. Cette étape, désignée Acceptance of Necessity dans la procédure d’acquisition indienne, marque l’entrée dans la phase contractuelle formelle. L’Élysée a salué « un jalon très important ». La signature définitive n’est pas acquise, mais si le contrat se concrétise, l’Inde deviendra le premier client export de toute l’histoire du programme.
Le contexte industriel dans lequel s’inscrit cette négociation parle de lui-même. Le carnet de commandes de Dassault Aviation atteignait 46,6 milliards d’euros fin 2025, avec 220 appareils restant à livrer. Le chiffre d’affaires annuel s’établissait à 7,42 milliards d’euros, en hausse de 19 %. Sur la seule année 2025, le groupe avait enregistré 10,9 milliards d’euros de prises de commandes. Chaque appareil livré en Asie du Sud, au Moyen-Orient ou en Afrique ferme un marché aux chasseurs chinois.
Des chasseurs chinois sans acheteurs
C’est précisément là que le problème se pose pour Pékin. Le J-10CE, que la Chine a tenté de placer en Égypte, en Indonésie et au Bangladesh, n’a trouvé aucun preneur malgré des annonces répétées. Le J-35, présenté comme le pendant chinois du F-35, se heurte au verrouillage géopolitique occidental et à des problèmes d’interopérabilité avec les flottes de ses clients potentiels. L’École de guerre économique, dans une étude publiée en décembre 2025, l’établit sans ambiguïté : aucun État, aucun prospect, n’a renoncé à l’achat de Rafale à la suite des campagnes chinoises.
Ne disposant d’aucun appareil compétitif à proposer sur ces marchés, Pékin a choisi un autre terrain : les opérations d’influence. C’est, à ce stade, le seul levier disponible pour freiner les ventes françaises.
L’opération Sindoor, point de départ de la campagne
Le 7 mai 2025, lors de l’opération Sindoor opposant l’Inde au Pakistan, des pièces d’aéronef ont été retrouvées à Aklian Kalan, dans le Pendjab indien, à une vingtaine de kilomètres de la base aérienne de Bathinda. Des responsables américains cités par Reuters ont confirmé la perte d’au moins un Rafale au combat. La rumeur est montée rapidement à trois appareils abattus par des missiles air-air PL-15E tirés depuis des chasseurs J-10C pakistanais.
La Commission américaine de révision économique et de sécurité sur la Chine (USCC) a documenté, dans son rapport annuel de novembre 2025, comment Pékin a instrumentalisé l’événement : faux comptes, images générées par intelligence artificielle, captures d’écran de jeux vidéo présentées comme des preuves de destruction. La revendication officieuse chinoise a ainsi été portée à trois Rafale détruits.
À lire14 juillet : Macron veut faire défiler la guerre au-dessus de ParisCe que le récit de Pékin omet soigneusement, des sources militaires citées par Challenges l’ont établi : la perte serait imputable à une erreur de renseignement tactique indien. Les pilotes opéraient sans savoir que la version exportée du PL-15E livrée au Pakistan atteignait une portée supérieure à 200 kilomètres, contre les 150 kilomètres estimés jusqu’alors. Un exemplaire du missile a été récupéré quasi intact en territoire indien. Il est désormais analysé par les services américains, français et indiens. En cherchant à documenter la défaite du Rafale, Pékin a livré les secrets de son missile le plus avancé à ses adversaires directs. La force aérienne indienne, à l’issue du conflit, a officiellement confirmé que le Rafale avait « pleinement tenu ses promesses ».
À Xuchang, des J-16 chinois s’entraînent contre des Rafale indiens
Le 21 décembre 2025, la chaîne d’État CCTV a diffusé les images d’un exercice militaire conduit à Xuchang, dans la province du Henan. Huit chasseurs J-16 de l’Armée populaire de libération y affrontent six Rafale identifiés aux couleurs indiennes, dans le cadre d’une initiative nationale impliquant une vingtaine d’unités. L’information est restée discrète jusqu’à ce qu’un tweet de Lyle Morris, chercheur au Stimson Center, la rende virale en Occident.
Le rapport annuel 2025 de l’USCC relève un paradoxe révélateur : en choisissant le Rafale comme adversaire de référence dans ses exercices diffusés publiquement, Pékin lui attribue un niveau de menace que ses propres chasseurs à l’export n’ont jamais atteint. Le narratif associé à l’exercice présente le J-16 comme capable de submerger le Rafale par la masse et la saturation des capteurs. Aucun client existant, aucun prospect, n’a modifié sa position après la diffusion de ces images.
Deux ans de faux documents, de fausses annulations et de deepfakes
La campagne débute réellement à l’été 2024. En août, une infox circule massivement sur les réseaux arabophones et francophones : les Émirats arabes unis auraient annulé leur contrat pour 80 Rafale en représailles à l’arrestation en France de Pavel Dourov, le dirigeant de Telegram, le 24 août 2024. Les autorités émiriennes ont dû publier un démenti officiel.
Entre le 25 novembre et le 8 décembre 2025, trois faux documents circulent sur X, attribués tantôt à Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, tantôt à des responsables diplomatiques indiens. L’un d’eux affirmait que l’Inde devait envoyer ses pilotes en formation dix semaines avant toute livraison de Rafale Marine. Viginum a établi l’origine pakisto-chinoise de l’opération.
Le 17 novembre 2025, la France et l’Ukraine signaient une lettre d’intention portant sur environ 100 Rafale, lors d’une visite du président Zelensky à Villacoublay. Les experts de l’Ifri rappellent qu’il s’agit d’un engagement politique non contraignant, assorti de très sérieuses incertitudes de financement. En janvier 2026, le réseau russe Storm-1516 fabrique une infox affirmant que des chefs d’état-major français ont détourné deux milliards d’euros destinés à cet achat, en s’appuyant sur un faux site imitant l’agence ukrainienne NABU. L’AFP et TF1 Info ont formellement démenti.
En février 2026, un deepfake vidéo attribue à Emmanuel Macron des propos fictifs sur le Rafale, diffusé par des comptes pro-pakistanais. Face à cette accumulation, le ministère des Armées français publie depuis septembre 2025 un décryptage régulier intitulé « Le Rafale face à la désinformation », adressé directement aux prospects : Indonésie, Grèce, Égypte, Qatar. Devant le Sénat, Éric Trappier a tranché : « La campagne de désinformation ne gêne pas ceux qui ont déjà des Rafale, parce qu’ils savent que c’est faux. »
Taïwan, le dossier que Pékin redoute plus que les autres
La flotte taïwanaise de Mirage 2000-5 vieillit. Le maintien en condition opérationnelle devient coûteux, et Taipei cherche un successeur. Le volume évoqué, entre 36 et 60 appareils, couvrirait le remplacement complet de la flotte existante. Le 24 septembre 2025, Éric Trappier, entendu par la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, n’a pas éludé la question : « Vous savez très bien ce que veulent les Taïwanais, ils veulent du Rafale. Mais ça ne dépend pas de moi. »
À lireRenault va produire 1000 drones kamikazes par mois en FrancePour Pékin, une vente française à Taïwan transformerait la France en maillon actif du dispositif d’endiguement américain. Les représailles envisageables iraient du gel diplomatique aux sanctions économiques ciblées contre la base industrielle et technologique de défense française, avec une intensification parallèle des opérations d’influence déjà documentées.
La pression sur l’Élysée ne vient pas exclusivement de Pékin. L’Arabie Saoudite avait sollicité une offre Rafale en 2023. Fin 2025, le Pentagone examinait une vente potentielle de 48 F-35 à Riyad, qui s’oriente désormais vers Washington. Sur le dossier taïwanais comme sur les autres, la décision finale n’appartient ni à Dassault ni aux prospects. Elle appartient à l’Élysée. Et elle n’a pas encore été prise.
