Un passager sur deux n’a jamais reçu l’indemnisation à laquelle il avait légalement droit après un retard ou une annulation de vol. Ce chiffre, issu d’une étude de la plateforme Flightright publiée le 8 juin 2026, tombe au pire moment pour les compagnies aériennes : le 15 juin, l’Union européenne se prononce sur la réforme du règlement qui protège les voyageurs depuis 2004.
Ce que mesure l’index Flightright
Chaque année, Flightright publie un classement des vingt compagnies aériennes européennes les plus importantes. L’édition 2026 porte sur la période du 15 novembre 2025 au 14 mai 2026. Trois critères sont notés sur une échelle de 1 à 5 : la fiabilité des vols (retards et annulations), le comportement de paiement (rapidité à verser les indemnités), et la satisfaction des clients.
Le classement global confirme un fossé entre compagnies historiques et transporteurs à bas coûts, les premières se montrant globalement plus respectueuses des droits des passagers. Mais le tableau comporte des surprises. KLM, compagnie du groupe Air France-KLM, figure à la quatrième place des moins bons élèves de l’index. Ryanair se classe cinquième et easyJet septième parmi les mauvais résultats. Air France, elle, se stabilise à la douzième position, un résultat quasi identique à celui de l’année précédente où elle occupait la treizième place.
Sur le critère de la fiabilité, les compagnies à bas coûts tirent paradoxalement leur épingle du jeu. easyJet obtient 3/5, là où Air France ne dépasse pas 1,5/5. L’explication tient au modèle économique : les low-cost opèrent des vols courts avec des rotations serrées, ce qui limite mécaniquement les aléas. Les compagnies traditionnelles, qui multiplient les liaisons long-courriers et les connexions en correspondance, s’exposent davantage aux effets en cascade d’une perturbation.
Indemnisations : les compagnies traditionnelles paient plus vite
Sur le terrain des indemnisations, la hiérarchie s’inverse. Air France décroche la meilleure note de sa catégorie avec 3,5/5 pour le comportement de paiement. Ryanair ferme la marche avec 1,5/5. Cette notation reflète la rapidité avec laquelle chaque compagnie verse à Flightright les compensations dues aux passagers lésés, conformément au règlement européen CE 261/2004. Les compagnies historiques se conforment plus régulièrement à leurs obligations légales, quand certains transporteurs low-cost allongent les délais au point de contraindre les passagers à recourir à des plateformes spécialisées.
Le 15 juin, un vote qui engage l’avenir des voyageurs européens
Dans une semaine, le Parlement européen entre dans la phase finale de la révision du règlement CE 261/2004. Les législateurs devront trancher : renforcer la protection des passagers, la maintenir en l’état ou l’affaiblir. Les données de Flightright dressent un état des lieux peu flatteur. 76 % des passagers ignorent précisément leurs droits. 45 % n’ont pas perçu l’indemnisation due après une annulation. Le coût moyen d’une annulation s’établit à 224,57 euros par voyageur. Et 23 % des passagers ont manqué un événement qu’ils considéraient comme unique à cause d’une perturbation.
Pour Imane El Bouanani, responsable juridique France de Flightright, l’enjeu dépasse la seule question des remboursements : « Près de 60 % des passagers estiment ne pas être soutenus par les compagnies face aux perturbations. Peu connu, le règlement européen leur apporte pourtant des droits. Peut-être trop tard pour les voyageurs en Europe qui seront impactés par la décision prise le 15 juin prochain à Bruxelles. Et rien ne garantira demain une indemnisation en cas de grève. »
