Montrer le sommaire Cacher le sommaire
En 2026, Lipton Ice Tea reste la première marque de thé glacé en grande distribution en France avec 52% de part de marché en valeur. En hors domicile, sa part dépasse 74%, ce qui confirme une présence très forte dans les cafés, hôtels, restaurants et circuits de consommation nomade. La marque est présente dans un foyer sur deux en France.
Cette domination n’efface pas le tassement du leadership. Lipton Ice Tea perd du terrain face à Fuze Tea et à May Tea, tandis que Nestea est revenu sur le marché français via un nouveau distributeur. Le marché français du thé glacé a progressé de 9,4% en valeur en 2023, avant un ralentissement de la dynamique et un durcissement de la concurrence en 2024 et 2025. La saveur pêche reste de très loin la plus consommée, avec environ 80% des ventes de la catégorie en France.
Sur le thé chaud et les infusions, le paysage est plus fragmenté. Lipton y affronte Twinings, Les 2 Marmottes, Écotone, Léa Nature et une offre plus large de marques bio, premium ou spécialisées. Les thés verts, les infusions bien-être et les références bio progressent plus vite que les thés noirs classiques. Cette évolution pèse sur une marque historiquement associée au sachet standard de grande distribution.
De Glasgow aux supermarchés
L’histoire commence en 1871 à Glasgow, lorsque Thomas Johnston Lipton ouvre son premier magasin et se lance dans un commerce du thé fondé sur les volumes et la baisse des prix. Le développement de plantations à Ceylan, l’actuel Sri Lanka, permet à Lipton de contrôler une partie de sa chaîne d’approvisionnement et d’abaisser ses coûts. La promesse est alors simple : vendre un thé accessible au plus grand nombre.
Ce modèle fait entrer Lipton dans l’ère de la consommation de masse. Au XXᵉ siècle, la marque se diffuse largement en Europe grâce à la standardisation des mélanges, des formats et des packagings. En France, elle s’installe durablement avec la montée en puissance de la grande distribution, qui élargit l’accès aux produits alimentaires standardisés dans les décennies d’après-guerre. Le sachet jaune devient un repère familier des linéaires de supermarché et des cuisines domestiques.
Cet héritage reste central pour comprendre la situation actuelle. Le succès de Lipton s’est construit sur une logique de thé industriel, simple, identifiable et bon marché. Or ce socle est aujourd’hui concurrencé par des attentes nouvelles sur l’origine, la naturalité, le bio et le vrac.
L’ice tea change d’échelle
Lipton change de dimension en rejoignant le portefeuille d’Unilever, qui en fait une grande marque mondiale du thé. Le groupe contribue à rationaliser les gammes, à renforcer les moyens marketing et à appuyer le déploiement international du nom Lipton.
À lireFlanby au cœur des coupes chez NestléLe second basculement intervient avec le thé glacé prêt à boire. La coentreprise entre PepsiCo et Unilever est créée en 1991 pour développer Lipton Ice Tea sur plusieurs marchés, dont la France. Le produit arrive dans un paysage dominé par les sodas, avec un positionnement intermédiaire : boisson sucrée, mais adossée à l’univers du thé, donc perçue comme différente des colas.
En France, cette stratégie produit des effets durables. Lipton Ice Tea s’installe dans les stations-service, les fast-foods, les rayons frais et les terrasses d’été. La pêche devient sa saveur de référence, et le mot « Lipton » en vient, pour une partie du public, à désigner d’abord la bouteille de thé glacé plutôt que la boîte de sachets. Cet ancrage commercial donne à la marque une profondeur populaire rare dans l’univers du thé.
CVC, ekaterra, nouvelle phase
En novembre 2021, Unilever annonce la cession de la majeure partie de son activité mondiale de thé à CVC Capital Partners pour 4,5 milliards d’euros. Le périmètre cédé comprend 34 marques et réalisait autour de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel en 2020. L’entité prend d’abord le nom ekaterra, avant de communiquer sous l’identité LIPTON Teas and Infusions.
Cette opération modifie l’architecture du groupe autour de Lipton. D’un côté, les thés et infusions relèvent désormais de LIPTON Teas and Infusions ; de l’autre, Lipton Ice Tea reste opéré dans le cadre des accords historiques avec PepsiCo, périmètre explicitement exclu de la cession de 2021. Pour un lecteur français, cette distinction est essentielle : la marque Lipton recouvre aujourd’hui deux réalités industrielles et stratégiques différentes.
En France, la société LIPTON TEAS AND INFUSIONS FRANCE existe depuis 2021, sous forme de SASU, avec siège au 10 rue de Madrid à Paris. La continuité juridique avec l’étape ekaterra apparaît dans les bases légales d’entreprise. Les informations publiques disponibles sur la gouvernance opérationnelle française restent en revanche trop mouvantes pour être avancées avec certitude dans un papier de synthèse.
Au niveau international, le discours de l’entreprise a changé depuis la sortie d’Unilever. Son rapport de durabilité 2024, publié en juin 2025, met en avant trois axes : santé et bien-être, impact social et impact environnemental. Cette ligne doit permettre d’accélérer l’innovation et d’adapter plus vite les gammes à un marché du thé en mutation.
Le plastique au centre du dossier
En France, le chantier environnemental le plus visible concerne Lipton Ice Tea. En 2020, PepsiCo France annonce que toutes les bouteilles Lipton Ice Tea vendues dans l’Hexagone passent au plastique 100% recyclé, le rPET, et qu’elles sont embouteillées en France. L’entreprise chiffre cette bascule à 4 800 tonnes de plastique vierge évitées chaque année. Elle avance aussi une baisse de 21% des émissions de CO₂ liées aux emballages.
Cette séquence se prolonge ensuite par une reconnaissance professionnelle autour du recyclage et de l’économie circulaire. Pour PepsiCo France, le sujet est devenu un axe de défense de marque dans un moment où les emballages plastiques sont de plus en plus attaqués dans le débat public.
La branche thé chaud avance, elle aussi, ses propres marqueurs. En 2025, LIPTON Teas and Infusions affirme avoir obtenu la validation de ses objectifs climatiques par la Science Based Targets initiative. Son rapport de durabilité 2024 fait état d’avancées sur la recherche agronomique, les salaires décents dans la filière thé et la réduction de certains contaminants. Des communications récentes mettent aussi en avant des sachets davantage compostables, des emballages plus recyclables et des programmes d’approvisionnement responsable. Ces données relèvent toutefois du périmètre global de l’entreprise et non de la seule activité française.
Santé, recettes et nouveaux formats
La pression concerne aussi la recette elle-même. Le marché des boissons est travaillé par la baisse du sucre, la progression des versions allégées et la demande de produits présentés comme plus naturels. Pour Lipton Ice Tea, cette évolution crée un dilemme : conserver la recette qui a fait le succès de la marque tout en répondant à une attente croissante de modération.
À lireLe grand virage de FranprixPepsiCo a choisi d’ajouter de nouveaux formats et de nouveaux usages plutôt que de s’en tenir au produit historique. En 2025, la marque renforce sa présence sur le hors domicile avec Lipton Tropical en canette 33 cl, présenté comme une innovation pensée pour ce circuit. D’autres déclinaisons récentes autour de formats pétillants et nomades visent à recruter de nouveaux acheteurs et à élargir les occasions de consommation. Le pari consiste à déplacer Lipton vers des usages plus larges que le thé glacé classique.
Du côté des thés chauds, la logique est différente. Les tendances de marché en France font apparaître une progression des thés verts, des infusions bien-être et des références bio ou fonctionnelles. Les publications de la marque mettent en avant une offre plus orientée vers ces segments, avec un accent accru sur les bénéfices liés au bien-être et à la santé. Sur ce terrain, Lipton avance toutefois dans un espace déjà occupé par des acteurs plus spécialisés.
Une bataille de position
Le cas Lipton en France ne se résume plus à une seule question de volume. Les chiffres montrent qu’il s’agit encore d’une marque de masse, avec une pénétration élevée et une forte présence hors domicile. Mais les moteurs de croissance du marché se déplacent vers des catégories où la promesse ne repose plus seulement sur le prix, la disponibilité ou la notoriété.
Les consommateurs les plus jeunes, les distributeurs et les régulateurs demandent davantage de preuves sur la composition, l’origine, la certification, la recyclabilité et le bilan carbone des produits. Les grandes marques de boissons doivent répondre à cette demande sans perdre leur accessibilité ni leur lisibilité commerciale. Pour Lipton, cela signifie tenir ensemble deux lignes difficiles à concilier : rester un nom familier de la consommation courante et convaincre qu’un acteur historiquement industriel peut encore gagner du terrain sur le goût, la santé et l’environnement.
