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Sous les terres françaises, des canalisations relient les terminaux méthaniers, les stockages, les usines et les frontières. Deux entreprises les font fonctionner, avec des actionnaires aux intérêts distincts. L’une reste dominée par ENGIE. L’autre dépend désormais d’un tandem italien et espagnol.
NaTran exploite 32 622 kilomètres de canalisations de gaz à haute pression en France. La société, connue sous le nom de GRTgaz jusqu’au 30 janvier 2025, exploite aussi 26 stations de compression, qui maintiennent la pression nécessaire au déplacement du gaz dans les conduites.
Teréga exploite environ 5 100 kilomètres de canalisations dans le Sud-Ouest. Ses deux sites de stockage souterrain représentent environ 27% de la capacité française de stockage du gaz, selon Enagás. NaTran et Teréga assurent le transport du gaz sur de longues distances. Les réseaux de distribution, qui conduisent ensuite le gaz jusqu’aux logements, commerces et petites entreprises, relèvent principalement de GRDF et des entreprises locales de distribution.
Deux réseaux, deux actionnariats
ENGIE détient 60,85% du capital de NaTran. La Société d’Infrastructures Gazières, appelée SIG, détient 38,47%, tandis que le Fonds Alto, qui représente les salariés de l’entreprise, possède 0,68%.
La SIG réunit la Caisse des Dépôts et CNP Assurances. Les deux institutions détiennent leur participation dans NaTran par l’intermédiaire de Holding Infrastructures Gazières. La Caisse des Dépôts présente NaTran comme une « participation stratégique ». Ses comptes arrêtés au 31 décembre 2025 indiquent qu’elle exerce, avec CNP Assurances, un contrôle sur 38,47% du capital de NaTran et qu’elle y détient un intérêt économique de 26,73%.
ENGIE garde le contrôle de l’entreprise. Le groupe indique que le pacte conclu avec la SIG lui permet de désigner la majorité des membres du conseil d’administration et de décider des investissements ainsi que du financement. La SIG détenait environ un quart de GRTgaz avant décembre 2021. Elle a acheté 11,5% supplémentaires à ENGIE pour 1,1 milliard d’euros, ce qui a porté sa participation à près de 39%.
À lireLe Petit Marseillais n’est plus vraiment marseillaisLes documents publiés par NaTran en juillet et août 2026 maintiennent la même répartition. ENGIE reste donc propriétaire majoritaire du principal réseau de transport de gaz français.
Teréga change de partenaire
Enagás a acquis 31,5% de Teréga auprès de GIC, un investisseur institutionnel de Singapour, pour 573 millions d’euros. Teréga a annoncé la finalisation de l’opération le 30 juillet 2026.
Snam détient 40,5% du capital de Teréga. Enagás possède 31,5%, EDF Invest 18% et Crédit Agricole Assurances 10%. Snam est l’opérateur italien du réseau de transport de gaz. Enagás assure une fonction comparable en Espagne.
Les deux groupes détiennent ensemble 72% de Teréga. La Commission européenne a autorisé, le 8 juillet 2026, leur prise de contrôle conjointe de l’entreprise ; sa décision a été rendue publique le 9 juillet. GIC figurait encore à hauteur de 31,5% dans les décisions de la CRE publiées en 2023 et 2024. Le fonds singapourien a été remplacé par Enagás à la fin de juillet 2026.
EDF Invest et Crédit Agricole Assurances conservent donc ensemble 28% du capital. Aucun document public publié après le 30 juillet 2026 ne fait état d’un changement dans cette répartition.
Des réseaux régulés
Un fournisseur de gaz ne devient pas propriétaire d’une canalisation lorsqu’il y fait circuler du gaz. Il réserve une capacité sur le réseau et paie un tarif encadré par la Commission de régulation de l’énergie, la CRE.
La CRE est une autorité administrative indépendante. Elle fixe ou contrôle les tarifs d’utilisation des réseaux, approuve certaines dépenses d’investissement et surveille le respect des règles imposées aux gestionnaires de réseaux.
NaTran appartient majoritairement à ENGIE, qui vend également du gaz. La CRE soumet donc les liens entre NaTran et les autres sociétés d’ENGIE à des règles particulières : certains contrats commerciaux ou financiers doivent respecter les conditions du marché et recevoir l’approbation du régulateur.
La CRE a par exemple approuvé, en avril 2026, un contrat de fourniture de flexibilité entre NaTran et Storengy, filiale d’ENGIE spécialisée dans le stockage. La décision rappelle que NaTran reste tenu de préserver son autonomie de fonctionnement.
Teréga fait aussi l’objet d’une certification de la CRE. Les documents de la CRE publiés en 2026 emploient toutefois deux qualifications différentes pour son régime de séparation : un rapport annuel l’associe au modèle ITO, tandis qu’un rapport consacré aux codes de bonne conduite le rattache au modèle OU.
Le public ne trouve pas, au 9 septembre 2026, de décision de certification de la CRE postérieure à l’entrée d’Enagás au capital de Teréga. La nouvelle structure actionnariale a néanmoins reçu l’autorisation de la Commission européenne et, selon Teréga, celle du ministère français de l’économie.
L’État reste en arrière-plan
L’État français ne possède pas directement la majorité de NaTran ou de Teréga. La Caisse des Dépôts, établissement public, détient toutefois avec CNP Assurances 38,47% de NaTran par l’intermédiaire de la SIG.
À lireComment Bridor a enrichi Louis Le DuffEDF Invest détient 18% de Teréga. Cette présence française ne donne toutefois pas à l’État le contrôle de Teréga, dont Snam et Enagás exercent conjointement le contrôle depuis l’été 2026. Les infrastructures qui garantissent l’approvisionnement énergétique figurent parmi les activités soumises au contrôle français des investissements étrangers. La Direction générale du Trésor inclut explicitement ces infrastructures dans le champ de l’autorisation préalable prévue pour les investissements étrangers.
L’entrée d’Enagás dans Teréga a fait l’objet d’une autorisation de Bruxelles sur le terrain de la concurrence. Teréga a aussi indiqué avoir obtenu l’autorisation du ministère de l’économie.
Des tuyaux appelés à évoluer
La CRE a approuvé 613,6 millions d’euros d’investissements pour NaTran et 120,2 millions d’euros pour Teréga Transport au début de 2026. Elle a ensuite ramené le programme annuel de NaTran à 528,1 millions d’euros et fixé celui de Teréga Transport à 120,8 millions d’euros en juillet.
NaTran relie ses canalisations à des terminaux méthaniers, à des stockages souterrains et aux réseaux de plusieurs pays européens. L’entreprise prévoit aussi des raccordements pour des producteurs de biométhane et des adaptations liées aux gaz bas carbone.
Enagás et Teréga travaillent sur H2med et BarMar, deux projets européens de transport d’hydrogène entre la péninsule Ibérique et la France. La participation d’Enagás donne à l’opérateur espagnol une place directe dans une entreprise située à l’une des jonctions entre les réseaux français et espagnols.
ENGIE possède la majorité du capital de NaTran, qui exploite le plus grand réseau français de transport de gaz. Snam et Enagás exercent le contrôle conjoint de Teréga, tandis que la Caisse des Dépôts, CNP Assurances, EDF Invest et Crédit Agricole Assurances occupent les autres positions majeures dans ces deux entreprises.
