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Forbes évalue la fortune de Pavel Durov à 6,6 milliards de dollars. Le créateur de Telegram contrôle une messagerie revendiquant plus d’un milliard d’utilisateurs mensuels, mais ses actifs ne s’échangent sur aucune Bourse. Ses milliards dépendent d’une entreprise privée, de ses revenus, de sa dette et de ses avoirs en cryptomonnaies.
En décembre 2013, Pavel Durov a vendu les 12% qu’il détenait dans VKontakte à Ivan Tavrin, alors directeur général de l’opérateur MegaFon. Tavrin était proche de l’homme d’affaires Alisher Usmanov, dont les alliés ont ainsi atteint environ 52% du capital du réseau social russe.
Le prix exact payé à Durov n’a jamais été publié. À l’époque, VKontakte était évalué entre 3 et 4 milliards de dollars, ce qui plaçait la valeur théorique de ses 12% à plusieurs centaines de millions de dollars. En 2016, plusieurs informations de presse ont rapporté que Durov avait utilisé une partie d’une somme pouvant atteindre 300 millions de dollars, issue de sa sortie de VKontakte, pour financer Telegram. Durov a déclaré être tenu par un accord qui lui interdisait d’indiquer le montant exact de la transaction.
Telegram a été lancé en 2013 par Pavel Durov et son frère Nikolaï. L’argent de VKontakte a servi de point de départ, mais il ne représente qu’une part limitée des 6,6 milliards de dollars attribués aujourd’hui au fondateur de la messagerie.
VKontakte, le premier pactole
Pavel Durov a créé VKontakte en 2006. Le réseau social est devenu l’un des plus utilisés en Russie avant que son fondateur ne perde progressivement le contrôle de l’entreprise.
En avril 2014, trois mois après la vente de ses 12%, Durov a annoncé qu’il quittait la direction de VKontakte. Mail.Ru Group a ensuite renforcé son contrôle sur la société en rachetant les titres détenus par Ivan Tavrin.
Mail.Ru Group détenait alors 52% de VKontakte. Le 16 septembre 2014, le groupe a acheté les 48% restants pour 1,47 milliard de dollars. L’opération de septembre 2014 ne permet pas de calculer le montant reçu par Durov neuf mois plus tôt, mais elle montre que VKontakte valait plusieurs milliards de dollars au moment où il en a quitté le capital.
Durov a quitté la Russie en 2014 après avoir refusé des demandes des autorités russes visant à fermer des communautés d’opposition sur VKontakte. Il vit à Dubaï et possède les nationalités française et émiratie.
Telegram vaut plus que le cash
Pavel Durov est le fondateur, le propriétaire et le directeur général de Telegram. Sa participation dans la messagerie représente l’essentiel de la fortune qui lui est attribuée.
Forbes estimait sa fortune à 6,6 milliards de dollars en septembre 2026. Le magazine avait retenu 17,1 milliards de dollars dans son classement annuel de 2025 et 15,5 milliards de dollars dans celui de 2024. Ces chiffres ne correspondent pas à une somme détenue sur un compte bancaire : ils reposent sur une estimation de la valeur des actifs de Durov, dont Telegram constitue la principale composante.
À lireZidane, le placement le plus cher de l’histoire des BleusTelegram est une société privée, c’est-à-dire qu’elle n’est pas cotée en Bourse. Aucun cours public ne permet de connaître, jour après jour, la valeur exacte de ses actions. La valeur attribuée à Telegram dépend donc de plusieurs éléments concrets : ses revenus, le nombre de clients qui paient un abonnement, sa dette, ses actifs en cryptomonnaies et les conditions auxquelles elle trouve des investisseurs.
Forbes a diminué de 10,5 milliards de dollars son estimation de la fortune de Durov entre 2025 et 2026. Cette variation ne signifie pas qu’il a retiré ou dépensé cette somme ; elle traduit une révision de la valeur attribuée à Telegram et à ses actifs.
Telegram gagne enfin de l’argent
En décembre 2024, Pavel Durov a déclaré que Telegram avait dépassé 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires annuel et enregistré son premier bénéfice. Il a aussi indiqué que la société détenait plus de 500 millions de dollars de trésorerie, hors cryptomonnaies, et comptait plus de 12 millions d’abonnés à Telegram Premium.
Des documents financiers présentés à des investisseurs ont fait état de 1,4 milliard de dollars de revenus en 2024 et de 540 millions de dollars de bénéfice, après une perte nette de 173 millions de dollars en 2023. Telegram Premium a rapporté 292 millions de dollars en 2024. La publicité a généré 250 millions de dollars, tandis que les activités désignées comme « partenariats et écosystème » ont apporté près de la moitié des revenus de l’entreprise.
Un abonnement Premium donne accès à des fonctions supplémentaires dans Telegram. La publicité est diffusée dans certains canaux publics de la messagerie. Le bénéfice de Telegram appartient d’abord à Telegram : aucun document public n’indique la somme que Durov aurait reçue en dividendes, en salaire ou sous une autre forme pour l’exercice 2024.
Telegram a dépassé le milliard d’utilisateurs actifs mensuels en 2025. Au premier semestre 2025, Telegram a réalisé 870 millions de dollars de revenus, contre 525 millions de dollars un an plus tôt. Ces données proviennent d’états financiers non audités.
La société a dégagé près de 400 millions de dollars de bénéfice sur son activité courante pendant ces six mois. Elle a pourtant terminé la période avec une perte nette de 222 millions de dollars, après un bénéfice net de 334 millions de dollars un an plus tôt. L’écart vient d’une dépréciation de ses avoirs en Toncoin : Telegram a estimé que cette cryptomonnaie valait moins que lors de son inscription dans ses comptes.
TON : richesse et risque
En 2018, Telegram a levé environ 1,7 milliard de dollars auprès d’investisseurs privés pour financer Telegram Open Network et le jeton Gram. Deux opérations de 850 millions de dollars ont été réalisées.
La Securities and Exchange Commission, le régulateur boursier américain, a engagé une procédure avant que Telegram ne distribue les Grams. Elle a estimé que l’entreprise avait vendu des titres financiers sans respecter les obligations d’enregistrement prévues par la loi américaine.
Le 26 juin 2020, Telegram Group et sa filiale TON Issuer ont accepté de restituer plus de 1,2 milliard de dollars aux investisseurs et de payer 18,5 millions de dollars de pénalité civile. Le jugement fixe précisément la restitution à 1,224 milliard de dollars.
Les 1,7 milliard de dollars levés pour Gram ne correspondent donc pas à un revenu personnel connu de Pavel Durov. L’argent avait été versé à Telegram pour financer une blockchain, avant qu’une grande partie ne soit rendue aux investisseurs.
Le jeton Gram n’a jamais été mis en circulation comme prévu. Des développeurs indépendants ont poursuivi un projet de blockchain sous le nom de The Open Network, généralement désigné par son sigle TON. Telegram a ensuite intégré Toncoin, la cryptomonnaie associée à TON, dans certains de ses services. Les utilisateurs peuvent notamment y recourir dans des mini-applications et pour certaines opérations de paiement.
Au premier semestre 2025, les accords d’exclusivité associés à Toncoin ont rapporté environ 300 millions de dollars à Telegram. Ce montant représentait près d’un tiers des revenus de l’entreprise sur la période. Le Toncoin a aussi pesé sur ses comptes : la baisse de sa valeur en 2025 a conduit Telegram à réduire la valeur comptable de ses avoirs, ce qui a contribué à la perte nette de 222 millions de dollars.
Telegram a indiqué avoir vendu plus de 450 millions de dollars de Toncoin durant 2025. La société ne publie pas la valeur de ses avoirs restants.
Emprunter plutôt que vendre
Telegram a levé une partie de ses fonds grâce à des obligations. Une obligation est un prêt : l’investisseur avance de l’argent à l’entreprise, qui doit le rembourser avec des intérêts.
Telegram avait émis environ 2,4 milliards de dollars d’obligations au cours des quatre années précédant mai 2025. L’entreprise a aussi racheté 375 millions de dollars de dette entre septembre et décembre 2024.
En mai 2025, Telegram a levé 1,7 milliard de dollars supplémentaires avec des obligations convertibles à cinq ans. Ces titres versaient un rendement annuel de 9%. Une obligation convertible peut, dans certaines conditions, être échangée contre des actions. Les titres émis par Telegram prévoyaient une conversion avec une décote de 20% si l’entreprise entrait en Bourse avant l’échéance.
Telegram devait utiliser 955 millions de dollars pour racheter des obligations arrivant à échéance en 2026. Les 745 millions de dollars restants devaient financer l’activité et le développement de l’entreprise. Pavel Durov a déclaré que cette opération donnait à Telegram les moyens de rembourser le solde de ses obligations arrivant à échéance en 2026.
Aucun bilan annuel audité et public ne permet de connaître exactement la dette nette de Telegram à ce jour. En janvier 2026, environ 500 millions de dollars d’obligations Telegram étaient bloqués au National Settlement Depository russe, le dépositaire central du pays, à cause des sanctions occidentales. Telegram avait déjà racheté la majorité des obligations arrivant à échéance en 2026.
Les titres convertibles pourraient donner à leurs détenteurs accès au capital si les conditions prévues se réalisent.
La justice entre dans le calcul
Le 24 août 2024, Pavel Durov a été interpellé au Bourget et placé en garde à vue. La procédure concernait le fondateur et dirigeant de Telegram.
Le 28 août 2024, des juges français l’ont mis en examen. Le tribunal judiciaire de Paris a cité, parmi les infractions visées, la complicité d’administration d’une plateforme permettant des transactions illicites en bande organisée, le refus présumé de transmettre certaines informations requises par les autorités et le blanchiment en bande organisée.
À lireEBay et PayPal, à l’origine de la fortune de Pierre OmidyarLes juges ont fixé une caution de 5 millions d’euros. Ils ont aussi imposé à Durov de se présenter deux fois par semaine au commissariat et lui ont interdit, dans un premier temps, de quitter le territoire français.
Le 15 mars 2025, un juge d’instruction l’a autorisé à quitter temporairement la France. Durov a rejoint Dubaï, tandis que l’information judiciaire française se poursuivait.
Le 29 juillet 2026, le FSB, le service de sécurité russe, a accusé Pavel Durov de faciliter des activités terroristes. Les autorités russes ont affirmé que Telegram avait été utilisé par des services ukrainiens pour recruter des personnes destinées à commettre des attaques en Russie.
Le FSB a annoncé son inscription sur une liste internationale de personnes recherchées. Le 30 juillet 2026, Rosfinmonitoring, l’agence russe de surveillance financière, a ajouté Durov à sa liste des « extrémistes et terroristes ».
Aucune condamnation n’a été prononcée dans la procédure française à ce stade. Les accusations russes ne valent pas davantage condamnation. Ces dossiers peuvent compliquer les projets de financement ou d’introduction en Bourse de Telegram. Ils comptent aussi dans la valeur que des investisseurs accepteraient de donner à une entreprise privée dirigée par Pavel Durov.
Une fortune sur une seule entreprise
Pavel Durov a obtenu son premier capital grâce à la vente de sa participation dans VKontakte. Il a vendu ses 12% en 2013, mais aucun document public ne permet de connaître la somme exacte qu’il a reçue.
Forbes estime aujourd’hui sa fortune à 6,6 milliards de dollars. La part principale de ce montant provient de Telegram, une entreprise privée dont Durov demeure le propriétaire.
Telegram a augmenté ses revenus grâce aux abonnements Premium, à la publicité et aux accords liés à Toncoin. La baisse de la cryptomonnaie a toutefois contribué à faire basculer ses comptes dans le rouge au premier semestre 2025, malgré la hausse de ses recettes.
La levée de fonds de 2018 a apporté 1,7 milliard de dollars à Telegram, mais la Securities and Exchange Commission a imposé la restitution de 1,224 milliard de dollars aux investisseurs et une pénalité de 18,5 millions de dollars. Cette opération ne constitue pas un enrichissement personnel direct connu de Pavel Durov.
La fortune de Durov dépend d’abord de Telegram. Sa valeur monte ou baisse selon les revenus de la messagerie, ses dettes, le prix de ses cryptomonnaies et les procédures qui visent son fondateur.
