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Maroc : à combien s’élève le salaire minimum en 2026 ?

Avec 3 422 dirhams bruts par mois, le Maroc occupe le 2e rang africain des salaires minimums, devant l'Afrique du Sud. Combien touche réellement un smicard marocain en 2026.

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Trois salaires minimums coexistent au Maroc, et plus de 2 000 dirhams par mois séparent le plus élevé du plus bas. Celui des ouvriers agricoles reste le dernier, malgré deux hausses successives et une mise à niveau promise pour 2028. Le royaume vient pourtant de prendre la deuxième place du continent africain. Ce qu’il versera l’an prochain dépend du scrutin du 23 septembre.

17,92 dirhams de l’heure

Depuis le 1er janvier 2026, une heure de travail payée au minimum légal vaut 17,92 dirhams au Maroc, contre 17,10 dirhams l’année précédente. La loi marocaine calcule le salaire mensuel sur 191 heures, ce qui porte le brut à 3 422,72 dirhams, environ 314 euros.

Le pays ne dit pas SMIC mais SMIG, pour Salaire minimum interprofessionnel garanti. Ce barème couvre l’industrie, le commerce et les services. Les ouvriers agricoles dépendent d’un autre montant, plus bas.

Un décret fixe ces chiffres chaque fois qu’ils changent. Le dernier en date, le n° 2.25.983, a été adopté en Conseil de gouvernement le 18 décembre 2025 et signé par le chef du gouvernement Aziz Akhannouch. Sa publication au Bulletin officiel a annulé le texte précédent, qui datait de janvier 2025. La hausse accordée est de 5 %, soit 156,62 dirhams bruts supplémentaires chaque mois.

Comme en France, deux cotisations sont retenues sur ce brut avant versement. Le salarié verse 4,48 % à la Caisse nationale de sécurité sociale, la CNSS, l’équivalent marocain de la Sécurité sociale, et 2,26 % au titre de l’assurance maladie obligatoire. Il lui reste environ 3 192 dirhams nets par mois, près de 293 euros au cours actuel.

Ce montant met un point final à l’accord signé le 29 avril 2024 entre le gouvernement, les syndicats et le patronat. Le texte prévoyait deux hausses de 5 %, l’une en janvier 2025, l’autre en janvier 2026. Il n’en annonçait pas de troisième.

Dans les champs, on compte encore en journées

Un ouvrier agricole marocain est payé à la journée, selon un barème appelé SMAG, le Salaire minimum agricole garanti. Le même décret du 18 décembre 2025 fixe les deux montants, mais les fait entrer en vigueur à des dates différentes : le SMIG au 1er janvier 2026, le SMAG seulement au 1er avril. Trois mois pendant lesquels les ouvriers agricoles ont continué à toucher l’ancien tarif.

La journée est ensuite passée de 93 à 97,44 dirhams, soit 8,92 euros. Sur 26 jours travaillés, cela fait 2 533,44 dirhams bruts par mois, contre 2 418,23 dirhams en 2025. Après cotisations, l’ouvrier touche environ 2 362,68 dirhams nets, à peu près 217 euros. Il a gagné 107,65 dirhams de plus qu’un an plus tôt.

L’écart avec les autres secteurs atteint 828 dirhams nets, près de 26 %. Les deux barèmes ayant augmenté de 5 % chacun, cette distance n’a pas bougé en proportion. La mise à niveau entre les deux salaires minimums, annoncée pour 2028, n’a donc pas commencé.

Depuis 2021, le SMAG a progressé de 25 % et le SMIG de 20 %. Le pourcentage plus élevé de l’agriculture ne signifie pas qu’elle rattrape son retard : appliqué à une base plus faible, il rapporte 539,24 dirhams supplémentaires en cinq ans, contre 594,01 dirhams pour un salarié de l’industrie ou des services.

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Les exploitants devaient appliquer le nouveau tarif avant la fin avril 2026. Un expert en droit du travail cité par le quotidien Les Inspirations Éco a indiqué que ceux qui ne l’ont pas fait s’exposent à des sanctions et devront verser les cotisations manquantes.

Vingt pour cent en cinq ans

En 2021, le salaire minimum marocain s’élevait à 2 828,71 dirhams bruts. Il atteint aujourd’hui 3 422,72 dirhams, soit 594,01 dirhams et 20 % de plus en cinq ans. Jamais le pays n’avait relevé son plancher aussi vite depuis sa création.

Les hausses ont commencé en 2022, puis l’accord d’avril 2024 leur a donné un calendrier précis, avec deux étapes de 5 % chacune. Un salarié au SMIG gagne donc aujourd’hui près de 600 dirhams bruts de plus qu’il y a cinq ans.

Ces gains n’ont pas tous été perçus comme tels. En 2024 et 2025, la hausse des prix a mangé l’essentiel des sommes ajoutées aux bulletins de paie.

3 192 dirhams qui ne fondent pas

L’année 2026 a rompu avec cette mécanique. Le Haut-Commissariat au Plan, l’institut de statistiques marocain, a mesuré des prix en baisse à partir de février : -0,6 % par rapport au même mois de 2025, et encore -0,6 % en juillet.

Le parcours de l’année s’est fait en deux temps. Mars a d’abord vu les prix monter de 1,2 % en un mois, sous l’effet de l’alimentation (+1,9 %), et avril de 0,4 %. Puis la courbe s’est retournée : -0,9 % en mai, -0,4 % en juin, -1 % en juillet. Les légumes ont perdu 7,6 % sur ce seul mois de juillet.

Sur les sept premiers mois de l’année, les prix n’ont augmenté que de 0,3 % par rapport à 2025. L’alimentation a reculé de 1,4 %, ce qui a plus que compensé la hausse des carburants et des transports (+4,1 % sur un an en juillet).

Le Haut-Commissariat au Plan prévoyait en janvier une inflation de 1,3 % sur l’année et une croissance de 5 %, portée par une récolte en hausse de 10,4 % après plusieurs années de sécheresse.

Un salarié au SMIG a donc reçu 156,62 dirhams bruts de plus en janvier, dans un pays où le panier alimentaire coûtait moins cher qu’un an plus tôt. Depuis le début des revalorisations en 2022, c’est la première fois que les deux mouvements vont dans le même sens.

Ce que le même salarié coûte à son employeur

Les 3 422,72 dirhams inscrits sur la fiche de paie ne représentent pas toute la dépense de l’entreprise. L’employeur verse en plus sa propre cotisation à la CNSS, calculée sur ce brut, qui augmente donc à chaque relèvement du taux horaire.

Le montant final dépend de chaque entreprise, selon les assurances complémentaires souscrites. Les cabinets spécialisés en paie ont recommandé de mettre à jour barèmes et logiciels dès le premier trimestre 2026.

Une société restée au taux de 17,10 dirhams après le 1er janvier verse 156,62 dirhams de trop peu chaque mois à chacun de ses smicards. Elle risque un contrôle de la CNSS et devra régler les cotisations non payées.

4 500 dirhams, le plancher de l’administration

Le troisième salaire minimum marocain est réservé aux agents de l’État. Il a été porté à 4 500 dirhams nets par mois lors d’une réunion entre gouvernement et syndicats en avril 2026, contre 3 258 dirhams jusque-là. La hausse approche 38 %, alors que l’accord de 2024 ne promettait que 1 000 dirhams.

Le fossé entre les trois planchers s’est élargi d’autant. Un fonctionnaire débutant gagne 1 308 dirhams nets de plus qu’un salarié au SMIG, et 2 137 dirhams de plus qu’un ouvrier agricole.

L’ensemble des mesures salariales du secteur public coûte 48,3 milliards de dirhams pour la seule année 2026, dont 18,47 milliards pour l’Éducation nationale, où 325 000 enseignants et personnels voient leur rémunération augmenter de 1 500 à 5 000 dirhams selon leur grade. Le gouvernement a prévu 49,7 milliards pour 2027.

Entre 2021 et 2025, le salaire moyen d’un fonctionnaire marocain est passé de 8 237 à 10 600 dirhams nets, soit 29 % de plus.

Devant l’Afrique du Sud, derrière Maurice

Nairametrics, un média économique nigérian, a publié fin juillet 2026 un classement des salaires minimums africains convertis en dollars. Les 3 422,72 dirhams marocains y valent 365,55 dollars par mois, deuxième montant du continent, derrière les 374,21 dollars de l’île Maurice.

L’Afrique du Sud suit à 311,23 dollars. Chez les deux voisins immédiats du Maroc, le plancher est deux fois plus bas : 187,77 dollars en Tunisie, 179,99 dollars en Algérie.

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Cette étude signale une progression de 12,41 % du salaire minimum marocain en dollars depuis janvier, alors que le décret n’a accordé que 5 %. La différence vient du taux de change, le dirham s’étant apprécié face au dollar. Un classement établi à une autre date donnerait donc un autre résultat.

Le Maroc fournit par ailleurs des vêtements à l’Union européenne. Parmi ces pays fournisseurs, son salaire minimum arrivait en 2025 au troisième rang, derrière la Turquie et la Chine, très au-dessus du Bangladesh et du Pakistan.

Le prochain montant attend le 23 septembre

Aucune nouvelle hausse n’était décidée début septembre 2026. Le taux horaire reste fixé à 17,92 dirhams, et la journée agricole à 97,44 dirhams.

Les négociations entre gouvernement et syndicats se sont arrêtées puis reprises au fil de l’année. Une réunion attendue en septembre 2025 n’a jamais eu lieu : l’Union marocaine du travail, l’UMT, a parlé en janvier 2026 d’une «°rentrée sociale sans substance°». Une session s’est finalement tenue en avril, confirmée par le porte-parole du gouvernement Mustapha Baitas, et c’est là qu’ont été décidés les 4 500 dirhams de la fonction publique.

Les législatives du 23 septembre 2026 ont ensuite divisé les syndicats. La Confédération démocratique du travail, la CDT, a envoyé le 10 août un courrier réclamant de nouvelles négociations «°dans les plus brefs délais°», pour peser sur le budget 2027. Le patron de l’UMT, Miloudi Moukharik, a jugé «°erroné°» de discuter avec un gouvernement sur le départ, et a déclaré qu’une telle réunion «°ne serait qu’un coup de publicité°». Aucune date n’a été fixée.

Deux dossiers restent donc en attente. Le texte qui doit organiser le rapprochement entre le SMIG et le SMAG d’ici à 2028 n’a toujours pas de calendrier : les 828 dirhams qui séparent les deux montants ne bougeront pas avant un nouvel accord. La réforme des retraites, dont l’examen des quatre caisses s’est achevé en juin 2026, a elle aussi été renvoyée par Aziz Akhannouch au gouvernement suivant.

Les syndicats qui voudraient obtenir davantage par la grève disposent d’une marge plus étroite qu’avant. Une loi adoptée le 24 septembre 2025 les oblige désormais à déposer un préavis et à assurer un service minimum.

Le salaire minimum de 2027 sera fixé par le gouvernement issu du scrutin du 23 septembre.



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