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Euronext : Stéphane Boujnah, entre discipline budgétaire et jackpot salarial

Patron d'Euronext très bien payé, ancien militant de gauche, Stéphane Boujnah sermonne les États sur leurs déficits et choisit de garder son empire boursier autonome.

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Dans la salle d’audition du Sénat italien, les micros ne laissent rien passer. Assis à la table des invités, Stéphane Boujnah ajuste ses lunettes avant de répondre. Ce jour de mai 2026, les sénateurs l’interrogent sur le rôle d’Euronext à Milan, où la Bourse italienne a rejoint le groupe en 2021 après son rachat à London Stock Exchange, la société qui gérait auparavant la place de Londres. Le président du directoire d’Euronext glisse alors une phrase qui étonne le public : il explique avoir déjà cherché à fusionner à plusieurs reprises avec Deutsche Börse, l’opérateur de la Bourse de Francfort, avant d’indiquer qu’il n’attend plus de rapprochement « dans un avenir proche ».

Les propos circulent ensuite dans les dépêches économiques. Une dépêche de Reuters reprend cette audition en détaillant les termes de l’intervention : Boujnah décrit une fusion avec Deutsche Börse comme une opération qui « aurait du sens », tout en insistant sur le fait qu’elle n’est pas à l’ordre du jour. L’agence rappelle que la perspective d’un rapprochement entre grands opérateurs boursiers européens, dont Deutsche Börse, a déjà été évoquée par le passé, sans jamais aboutir, notamment en raison de réserves politiques et de questions de concurrence. À Rome, les sénateurs retiennent surtout que le patron de la Bourse paneuropéenne se présente comme celui qui a déjà exploré cette voie et se donne désormais la liberté de ne pas relancer le dossier.

À Milan, l’enjeu est désormais moins une fusion hypothétique que la place occupée par Euronext dans la finance italienne. Depuis le rachat de Borsa Italiana, l’opérateur contrôle la principale place de cotation du pays, mais aussi la plateforme où se négocie une part importante de la dette de l’État italien, c’est-à-dire les obligations émises par le Trésor. Les parlementaires veulent savoir si ce contrôle pourrait un jour glisser vers un ensemble dominé par Francfort, au risque de déplacer le centre de gravité des décisions. En renvoyant la fusion à plus tard, Boujnah rassure les élus sur l’ancrage actuel d’Euronext, tout en rappelant que cette option reste, à ses yeux, cohérente économiquement.

Cette audition offre un moment où se croisent technique boursière et souveraineté, autour d’un dirigeant qui intervient sur les deux terrains. Elle met en lumière un patron qui se présente comme un artisan patient de l’intégration des marchés européens, capable de dire non à une opération jugée pertinente pour ménager des équilibres politiques, tout en consolidant la position d’un groupe qu’il pilote depuis près de onze ans.

Un dirigeant face aux élus italiens

Quand Boujnah arrive à la tête d’Euronext en novembre 2015, l’opérateur sort tout juste de son histoire commune avec le New York Stock Exchange, la Bourse de Wall Street. Le groupe gère alors des marchés à Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne, avec un poids boursier inférieur à celui de Deutsche Börse ou de London Stock Exchange, qui sont les deux autres grandes plateformes européennes. En 2023, Euronext affiche un chiffre d’affaires de 1,48 milliard d’euros, en progression par rapport à 2020 où il se situait autour de 1,08 milliard d’euros, selon son document d’enregistrement universel. La société indique que 71% de ses revenus 2023 proviennent de ses activités dites « non liées aux volumes », c’est-à-dire des services de données, de produits dérivés et de compensation, moins dépendants des volumes d’ordres quotidiens que les simples commissions de négociation.

Dans un portrait publié fin février 2026, un magazine économique revient sur cette transformation en détaillant les acquisitions réalisées sous sa direction. Euronext a racheté la Bourse d’Oslo en 2019, puis Borsa Italiana en 2021, une opération qui a fait grimper ses revenus et modifié le centre de gravité du groupe. Le magazine souligne qu’Euronext fait désormais partie de l’indice CAC 40, à la suite d’une décision d’Euronext Paris et d’Euronext Indices, et qu’il côtoie des groupes comme TotalEnergies ou BNP Paribas en termes de visibilité boursière. Boujnah y explique comment il a transformé l’opérateur en plateforme financière européenne, en jouant sur les complémentarités entre les places de Paris, Amsterdam, Dublin, Lisbonne, Oslo et Milan.

À partir de 2022, son discours public ne se limite plus à la description de synergies entre Bourses. Dans une discussion publiée en avril 2025, il indique vouloir faire d’Euronext la colonne vertébrale de l’Union de l’épargne et de l’investissement, expression utilisée pour désigner l’Union des marchés de capitaux voulue par la Commission européenne pour rapprocher l’épargne et l’investissement. Il affirme que cette union doit notamment servir à financer le réarmement européen et les transitions énergétique et numérique, domaines où l’Europe investit moins que les États-Unis ou la Chine à ce stade, en citant les comparaisons de montants mobilisés. L’enjeu, avance-t-il, est de rapprocher l’Europe du niveau de profondeur de marché américain, où les entreprises lèvent plus facilement des montants importants grâce à des marchés plus liquides et à un nombre plus élevé d’investisseurs actifs.

En renonçant, au moins temporairement, à une fusion avec Deutsche Börse, Boujnah ne renonce pas à ce projet d’Europe financière. Il consolide un périmètre déjà étendu, où Euronext contrôle des infrastructures critiques, tout en gardant la possibilité de relancer un projet de rapprochement lorsque les conditions politiques et réglementaires auront évolué.

Euronext, de Paris à Milan

Au début des années 1980, le jeune Stéphane Boujnah fréquente les réunions de SOS Racisme, une association créée pour combattre les discriminations. Un magazine économique rappelle qu’il a participé aux débuts du mouvement, dans un milieu politique proche du Parti socialiste, avant de s’orienter vers des études à Sciences Po puis à l’ENA, deux écoles qui forment une partie des élites administratives françaises. Le portrait mentionne aussi ses origines familiales : un père ingénieur d’origine tunisienne, une mère française, et un parcours dans l’école publique parisienne, souvent présenté comme la matrice de sa trajectoire de méritocratie républicaine. Après sa sortie de l’ENA, il rejoint le ministère de l’Économie et des Finances, où il travaille notamment auprès de Dominique Strauss-Kahn puis de Christian Sautter, durant la période des gouvernements de gauche de la fin des années 1990.

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Cette expérience dans l’appareil d’État lui donne une première connaissance des marchés de capitaux, c’est-à-dire des marchés où se négocient actions et obligations. À Bercy, il suit des dossiers de privatisations et de régulation bancaire, alors que la France poursuit l’ouverture de son économie et la mise en place de l’euro comme monnaie unique. Peu après, il quitte la haute fonction publique pour la banque d’affaires, passant par de grandes institutions financières, notamment Santander, selon les biographies publiées par la presse, avant de rejoindre un poste de direction chez Santander France. Il y prend en charge des opérations de fusions-acquisitions et de financements structurés, domaines où les montants se mesurent en milliards d’euros et où l’on conseille des grandes entreprises sur leurs transactions.

Ce virage vers la finance marque une rupture nette avec le militantisme des débuts. L’ancien responsable associatif devient un professionnel des grandes transactions, au contact de clients internationaux qui cherchent à lever des fonds ou à se rapprocher de concurrents. Quand il arrive à Euronext, il cumule une expérience de l’État, des marchés et des cabinets ministériels, ce qui le place à l’intersection de plusieurs réseaux économiques et politiques. Cette trajectoire crée un contraste avec l’image qu’il renvoie aujourd’hui lorsqu’il parle des déficits publics et de la discipline budgétaire imposée aux États européens.

La manière dont il s’adresse désormais aux responsables politiques européens s’explique en partie par ce parcours de passage de la gauche militante à la finance de marché.

D’un local de SOS Racisme aux plateaux économiques

Le 22 mars 2026, Le Figaro publie une interview de Stéphane Boujnah consacrée à l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur les marchés financiers. Dans cet entretien, le patron d’Euronext met surtout en garde contre la trajectoire des finances publiques françaises, qu’il compare à celle d’autres pays de la zone euro qui ont déjà mené des ajustements budgétaires. « Notre addiction à la dépense publique va nous emmener aux urgences », déclare-t-il, en citant l’exemple de la Grèce ou du Portugal, qui ont réduit leurs déficits après la crise de la dette souveraine du début des années 2010. Le journal rappelle à cette occasion que la France affiche en 2025 un déficit public supérieur à 5% du PIB, alors que la moyenne de la zone euro se situe autour de 3%, selon les chiffres de la Commission européenne et d’Eurostat.

Cette prise de position s’inscrit dans une série d’interventions plus anciennes où il commente les politiques publiques. En octobre 2025, il est déjà interrogé par le même quotidien sur la trajectoire budgétaire française et mentionne les pays autrefois désignés par l’acronyme « PIGS » pour souligner que la Grèce et le Portugal ont récupéré leur crédibilité sur les marchés en appliquant des politiques d’austérité difficiles. Quelques mois plus tôt, début 2026, il répond aux questions d’un média économique sur la situation de l’économie française, où il évoque la défiance croissante d’une partie des investisseurs envers la capacité du pays à tenir ses engagements de réduction du déficit. Ces sorties rapprochées dessinent un rôle de commentateur macroéconomique, qui va au-delà de l’analyse des indices boursiers ou des introductions en Bourse.

Ses interventions touchent directement à la manière dont l’État finance sa dette sur les marchés. Euronext gère plusieurs segments obligataires, dont ceux où s’échangent des titres souverains et parapublics, et la perception de la discipline budgétaire française influe sur les taux auxquels ces titres se négocient par rapport à la moyenne de la zone euro. En appelant à une baisse de la dépense publique, le dirigeant prend donc position sur un sujet qui affecte aussi l’activité de ses propres plateformes, en termes de volumes d’émission et de volatilité des cours. Cette articulation entre rôle d’opérateur et discours sur la politique budgétaire nourrit le regard que portent ensuite les actionnaires sur sa propre trajectoire de rémunération et sur le partage de l’effort entre dirigeants et salariés.

Les débats sur la dette publique et ceux sur la rémunération des patrons de groupes cotés se retrouvent ainsi sur le même terrain, celui de la relation entre argent, pouvoir et responsabilité.

La dette française dans sa ligne de mire

Dans les bases financières qui compilent les données publiques, la rémunération totale de Stéphane Boujnah est évaluée à 5,18 millions d’euros pour la dernière année analysée, avec environ 20,4% de salaire fixe et 79,6% de composantes variables, principalement des bonus et des actions de performance. Ces mêmes sources indiquent que cette rémunération place le patron d’Euronext dans une fourchette comparable à celle d’autres dirigeants de groupes européens de services financiers de taille similaire, même si elle reste inférieure aux paquets octroyés à certains dirigeants de grandes banques universelles. Les données disponibles montrent qu’en 2021 sa rémunération annuelle se situait autour de 4,7 millions d’euros, ce qui traduit une progression sur quelques années, alors que le chiffre d’affaires d’Euronext est passé d’environ 1,08 milliard d’euros en 2020 à 1,48 milliard d’euros en 2023. Le bénéfice net du groupe pour 2023 atteint 459,7 millions d’euros, en hausse par rapport à 2020, ce qui alimente la justification interne d’une rémunération élevée liée à la performance.

Les documents de référence d’Euronext détaillent la structure de cette rémunération annuelle. Le salaire fixe représente un peu plus d’un cinquième du total, et le reste se répartit entre bonus annuel en numéraire et plans d’actions de performance attribués sur plusieurs années, selon des critères de croissance des revenus, de marge opérationnelle et de performance boursière, c’est-à-dire l’évolution du cours de l’action par rapport à un indice de référence. Les avantages en nature, la retraite complémentaire et les dividendes perçus sur les actions détenues par le dirigeant ne sont pas clairement chiffrés dans les extraits accessibles du document d’enregistrement, ce qui empêche de donner un montant consolidé pour ces éléments annexes. Sur la même période, la capitalisation d’Euronext a progressé avec l’intégration au CAC 40, ce qui a mécaniquement augmenté la valeur des actions de performance attribuées plusieurs années plus tôt.

En 2024, cette dynamique salariale est contestée par une partie des actionnaires de l’opérateur. Lors de l’assemblée générale, un vote consultatif rejette la politique de rémunération des dirigeants, en particulier une rémunération exceptionnelle accordée à Stéphane Boujnah et à Manuel Bento, directeur des opérations du groupe. Un quotidien économique indique que le désaccord porte autant sur le montant de ce bonus que sur le fait qu’il n’ait pas fait l’objet d’une résolution distincte, ce qui est recommandé par les codes de gouvernance français lorsque des rémunérations exceptionnelles sont envisagées. Ce vote n’a pas de portée juridique directe, mais il envoie un signal rare pour un groupe qui met en avant ses standards de gouvernance et dont le patron intervient régulièrement sur les questions de discipline financière.

Après ce revers symbolique, Euronext s’engage à revoir la présentation de ses politiques de rémunération, sans qu’il soit encore possible, à la lecture des documents récents, de mesurer l’ampleur des ajustements.

Un paquet salarial au sommet du secteur

Dans le document d’enregistrement universel 2023 d’Euronext, la partie consacrée aux ratios de rémunération ne permet pas, en l’état des extraits textuels accessibles, d’identifier un ratio officiel entre la rémunération du directeur général et celle du salarié médian du groupe, c’est-à-dire le salarié situé au milieu de l’échelle des salaires. Le document mentionne l’existence d’indicateurs internes destinés à suivre ces écarts, mais les tableaux chiffrés correspondants ne figurent pas dans les contenus consultables, qui se limitent à des descriptions de méthodologie de calcul. En l’absence de salaire médian consolidé publié, il serait fragile de déduire un ratio à partir d’indicateurs sectoriels ou de moyennes nationales, alors que le groupe emploie des salariés dans plusieurs pays d’Europe avec des niveaux de rémunération très différents. Les sources financières extérieures à l’entreprise se contentent donc de rapporter la rémunération du dirigeant, sans la mettre en regard d’un chiffre médian interne précis, contrairement à ce que font certaines grandes sociétés industrielles françaises qui publient ce ratio chaque année.

Le patrimoine personnel de Stéphane Boujnah reste lui aussi mal documenté dans les sources publiques récentes. Les documents de gouvernance indiquent le nombre d’actions Euronext détenues par les membres du directoire, mais ces chiffres ne sont pas repris dans les extraits textuels qui circulent dans les bases de données, ce qui empêche de calculer une valeur boursière de sa participation sans relecture approfondie du PDF d’origine. Aucune enquête patrimoniale de presse récente ne fournit à ce stade une estimation globale de ses actifs, qu’il s’agisse d’immobilier, d’autres participations cotées ou non cotées, ou de structures familiales utilisées pour détenir du capital. On sait seulement que les attributions d’actions de performance cumulées sur plusieurs années représentent, à la valeur actuelle d’Euronext, un élément important de son capital, dans une fourchette comparable à celle observée pour d’autres dirigeants de groupes de services financiers européens.

Cette zone d’ombre complique l’analyse du décalage entre la trajectoire de vie de l’ancien militant et celle du patron de groupe qui parle de discipline, et renvoie les observateurs à quelques indicateurs partiels pour mesurer la concentration d’argent et de pouvoir.

Ce que les chiffres ne disent pas

Le 16 mars 2026, Stéphane Boujnah est l’invité de l’émission « Ecorama », sur la plateforme Boursorama. Ce jour-là, il affirme qu’il n’y a pas de « panique » des investisseurs face aux tensions provoquées par la guerre au Moyen-Orient, observant que les indices européens ont reculé moins fortement que lors des grandes secousses de 2008, au moment de la faillite de Lehman Brothers, ou de 2020, au début de la pandémie de Covid-19. L’interview reprend une tonalité déjà entendue pendant la crise sanitaire, lorsque le même dirigeant estimait, au printemps 2020, que la crise des marchés était « plus circonscrite qu’on l’imagine », en comparant les corrections de cours à celles enregistrées lors des épisodes précédents de volatilité. Cette manière d’inscrire les chocs actuels dans une série statistique rassure les investisseurs, en suggérant que le système résiste, même si les indices effacent en quelques jours plusieurs mois de progression.

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Depuis plusieurs années, le patron d’Euronext multiplie les interventions publiques sur ce registre. Il participe à des débats sur le financement du réarmement européen, comme en avril 2025 lorsqu’il discute du rôle des marchés dans la constitution d’un budget de défense européen avec des responsables politiques et des experts issus de centres de réflexion. Il intervient aussi dans des conférences organisées par des think tanks ou des médias spécialisés, où il détaille les besoins de capital des entreprises européennes par rapport à leurs concurrentes américaines et asiatiques, en mettant en avant l’écart de taille des marchés actions et obligations. Cette présence régulière renforce son statut de visage connu de la finance européenne, aux côtés des responsables de banques centrales et de ministres des finances qui s’expriment sur les mêmes sujets.

Le portrait de 2026 insiste sur un trait de caractère qui revient dans les témoignages recueillis. Le magazine cite un proche, qui le décrit comme direct, et rapporte cette phrase : « pour diriger, il faut accepter d’avoir moins d’amis », en référence à sa manière de trancher les dossiers de consolidation et de rémunération. Dans une interview vidéo de 2022, toujours sur Boursorama, Boujnah résume son bilan à Euronext en déclarant : « nous avons toujours délivré plus que promis », avant de détailler les objectifs de croissance de l’époque et les résultats finalement publiés par le groupe. Ces formules participent à l’image d’un dirigeant qui revendique une exigence de résultats et qui mesure son pouvoir à l’aune des chiffres qu’il présente aux marchés.

Les plateaux télé, les conférences et les portraits contribuent ainsi à installer une figure de patron de place qui parle à la fois au grand public et à un cercle d’initiés, et qui place constamment les chiffres et les comparaisons au centre de son récit.

Plateaux télé et conférences sur l’Europe

Dans la salle du Sénat italien, les sénateurs replient leurs notes alors que l’audition se termine. La phrase sur les tentatives de fusion avec Deutsche Börse est déjà notée par les journalistes présents, qui la comparent aux déclarations antérieures de dirigeants d’opérateurs boursiers sur l’avenir du paysage européen. Les responsables politiques italiens savent que l’idée d’un grand opérateur unique, reliant Francfort, Paris, Amsterdam et Milan, a régulièrement été évoquée depuis les années 2000, puis repoussée pour des raisons de concurrence et de souveraineté nationale. Ils entendent aujourd’hui un patron affirmer que cet horizon n’est plus devant lui, du moins pour la durée de son mandat en cours à la tête d’Euronext.

Dans les salles de marché, la question ne disparaît pas pour autant. Les intermédiaires qui exécutent les ordres sur les plateformes d’Euronext et de Deutsche Börse suivent les mouvements de consolidation dans d’autres régions du monde, comme aux États-Unis, où les grandes plateformes ont déjà absorbé plusieurs concurrents depuis une quinzaine d’années. Ils savent que les conditions politiques et réglementaires peuvent évoluer rapidement, en fonction des gouvernements en place et des autorités chargées de la concurrence. La possibilité d’un nouveau projet de rapprochement reste donc, pour eux, une hypothèse de travail, même si le principal acteur concerné la renvoie à plus tard devant les élus italiens.

À la fin de l’audition, les caméras se coupent et le président de séance remercie le dirigeant pour ses réponses. Stéphane Boujnah range ses dossiers, quitte la salle sous le regard de quelques assistants, puis rejoint le couloir où l’attendent des conseillers et des journalistes, qui ont en main la phrase qu’ils retiendront de cette journée de printemps.

Stéphane Boujnah aime expliquer comment il a fait grandir Euronext, de Paris à Milan. L’ancien militant des années 1980 parle aujourd’hui de discipline budgétaire et de souveraineté financière. Son parcours le place au croisement des États, des marchés et des actionnaires, qui scrutent chaque ligne de ses rapports annuels. Son bilan récent dessine une autre histoire, faite de millions d’euros, de fusions évoquées puis écartées et de dettes publiques sous tension.



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