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Zidane, le placement le plus cher de l’histoire des Bleus

Salaire hors norme, dérogation à une loi à peine votée, conflit latent entre deux équipementiers : en recrutant Zinédine Zidane, la FFF n'a pas seulement choisi un entraîneur. Elle a acheté une marque.

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Vendredi soir à Izmit, le premier chiffre de l’ère Zidane tenait en deux caractères : 1-0 face à la Turquie en Ligue des nations. Une victoire, avec des promesses dans le jeu et des moments de fébrilité. Le second chiffre est tombé dans la foulée, moins réjouissant : Kylian Mbappé, blessé au genou gauche, manquera les trois prochains matchs des Bleus. Le capitaine, auteur du seul but de la soirée. Pour une fédération qui vient de consentir l’investissement le plus lourd de son histoire sur un banc de touche, la coïncidence a valeur de rappel : dans le football, l’actif le plus cher reste soumis à l’aléa le plus banal.

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Car c’est bien d’investissement qu’il faut parler. Nommé le 28 juillet pour quatre ans, jusqu’à la Coupe du monde 2030, Zidane percevrait, selon RMC Sport, environ 300 000 euros par mois hors primes, soit 3,6 millions d’euros par an. Avec les bonus liés aux résultats, l’enveloppe annuelle pourrait atteindre 5,4 millions d’euros. Didier Deschamps, lui, touchait environ 3,8 millions d’euros après quatorze ans de mandat et un titre mondial.

Le montant, en soi, n’a rien d’extravagant à l’échelle du football européen. Ce qui frappe, c’est le calendrier. Le 8 juillet, le Parlement a voté une réforme du sport professionnel limitant à 450 000 euros par an les revenus des salariés des fédérations. Quelques jours plus tard, la ministre des Sports, Marina Ferrari, confirmait sur RTL qu’une dérogation pourrait être signée par son ministère. Une règle de sobriété adoptée en juillet, une exception accordée dans la foulée. Difficile de mieux illustrer le statut à part de Zidane : il n’est pas soumis au droit commun des fédérations, il en est l’exception fondatrice.

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Interrogé sur France Inter, Philippe Diallo a balayé le sujet : « Sincèrement, ce n’est pas une question d’argent ». On veut bien le croire. Mais une fédération ne sollicite pas un passe-droit ministériel pour un simple supplément d’âme.

Une fédération riche, mais dans le rouge

Le pari se lit mieux à la lumière des comptes. Sur l’exercice 2024-2025, la FFF a enregistré un déficit de 8,7 millions d’euros, lié pour l’essentiel à un abandon de créance de 10 millions d’euros au profit du football professionnel et au fiasco du France-Israël, qui a coûté 2,5 millions d’euros. Dans le même temps, l’institution s’est offert un filet de sécurité considérable : le nouveau contrat Nike, entré en vigueur le 1er juillet 2026, doit rapporter entre 80 et 100 millions d’euros par saison.

Rapporté à ces volumes, le salaire de Zidane pèse peu. Mais la facture ne s’arrête pas au sélectionneur : RMC évoque un staff pouvant compter 25 personnes, dont de nombreux spécialistes de la data. La FFF ne recrute pas un homme, elle recrute un dispositif. Et elle fait le calcul, classique dans l’industrie du divertissement, que la tête d’affiche rentabilise l’ensemble.

Adidas sur le cœur, Nike sur le survêtement

Reste l’angle mort de l’opération, le plus révélateur peut-être. Zidane est lui-même une entreprise. D’après Le Revenu, ses partenariats commerciaux lui rapportent chaque année entre 6 et 10 millions d’euros, dont environ 3 millions d’euros versés par Adidas. Soit davantage que son salaire fédéral de base.

Le paradoxe est connu : l’homme aux trois bandes dirige désormais l’équipe à la virgule. Le jour de sa présentation, Zidane a tranché avec une franchise désarmante : « Je ne vais pas laisser mon sponsor ». Philippe Diallo a fixé la frontière dans la foulée : « Le sélectionneur, quand il est en rassemblement, il sera en Nike ». En dehors, il reste libre. Une ligne de partage nette sur le papier, plus poreuse dans les faits, à l’heure où chaque apparition publique est un contenu monétisable.

Ce que la FFF achète vraiment

Il faut donc renverser la question. Zidane n’est pas payé comme un entraîneur, mais comme un multiplicateur de valeur. Son nom rassure les partenaires, relance l’intérêt d’un public lassé par le pragmatisme de fin de règne, et donne à la marque Bleus un récit neuf pour les cycles Euro 2028 et Mondial 2030. En termes financiers, la FFF a acheté de la visibilité et du temps.

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Mais tout actif de prestige porte un risque de concentration. La valeur de Zidane repose sur une réputation bâtie à Madrid, où il n’a plus exercé depuis 2021. Si les résultats déçoivent, l’exception accordée par l’État deviendra un argument politique, et le contrat record une ligne embarrassante dans les comptes d’une fédération déjà déficitaire. Le mythe a un avantage : il ne se déprécie pas. Le sélectionneur, lui, sera jugé au prochain match.



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