Les actifs associés au fondateur de Free vont des réseaux télécoms aux holdings familiales, des médias aux investissements technologiques. Les estimations de fortune changent avec les cours, la dette et la valeur d’entreprises non cotées. Mais l’essentiel des ressources se situe dans les abonnements et les infrastructures. Depuis le Minitel, Xavier Niel a réinvesti dans le même secteur.
Iliad a réalisé 10,35 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et dégagé 4,042 milliards d’euros d’EBITDAaL, un indicateur de rentabilité avant intérêts, impôts et amortissements, après prise en compte des loyers. Le groupe, qui exploite Free en France, Iliad en Italie et Play en Pologne, a également généré 2,25 milliards d’euros de free cash-flow opérationnel, c’est-à-dire les liquidités produites après les investissements courants dans les réseaux.
Ces résultats appartiennent à Iliad, non à Xavier Niel à titre personnel. Ils renseignent toutefois sur la valeur du groupe qu’il contrôle depuis le retrait d’Iliad de la Bourse de Paris, en 2021.
La fortune de Xavier Niel et de sa famille était évaluée autour de 15,6 milliards de dollars durant l’été 2026. Cette estimation comprend des entreprises non cotées, des titres négociés en Bourse et des actifs détenus par des holdings familiales ; elle ne représente pas une somme disponible sur un compte bancaire.
Le premier capital vient du Minitel. La fortune actuelle repose sur Iliad-Free et sur des investissements télécoms financés à partir de cette base.
Les premiers gains du Minitel
En 1987, Xavier Niel lance à 19 ans un premier service sur Minitel. Les messageries à caractère érotique utilisent alors le réseau de France Télécom et facturent les connexions à la durée.
Au début des années 1990, Xavier Niel rachète avec Fernand Develter Fermic Multimédia, une entreprise active dans les messageries roses, les services pornographiques et les peep-shows. La société prend ensuite le nom d’Iliad.
Les activités liées au Minitel fournissent à Xavier Niel son premier capital. En 2004, un portrait le décrivait comme un entrepreneur devenu millionnaire grâce à ces services avant de se tourner vers l’accès à Internet.
En 1995, Xavier Niel participe au développement de Worldnet, l’un des premiers fournisseurs d’accès à Internet français. Worldnet commercialise alors des connexions destinées aux particuliers et aux entreprises, avant l’arrivée du haut débit dans les foyers.
Worldnet est revendu au tournant des années 2000. Le montant souvent avancé atteint environ 38 millions d’euros.
Les messageries Minitel ont apporté les premiers gains. La revente de Worldnet a fourni des liquidités supplémentaires avant le lancement de Free.
Free installe les abonnements
À lireBordeaux : la crise du vin atteint les grandes fortunesFree lance en 1999 un accès à Internet sans abonnement mensuel. Les internautes paient alors principalement leur communication téléphonique, tandis que Free obtient une rémunération liée aux connexions et aux accords conclus avec France Télécom.
En novembre 2002, Free commercialise la Freebox avec une offre ADSL à 29,99 euros par mois. L’abonnement réunit l’accès à Internet, la téléphonie fixe et la télévision.
Les clients installent la Freebox dans leur logement. Iliad facture ensuite un abonnement mensuel et, selon les offres, des options de télévision, des services de téléphonie et des équipements.
Iliad entre en Bourse en janvier 2004. Xavier Niel conserve le contrôle du groupe, tandis que les actions cotées donnent à l’entreprise des moyens supplémentaires pour financer ses réseaux.
Le 10 janvier 2012, Free Mobile lance un forfait sans engagement à 19,99 euros par mois. Les abonnés Freebox peuvent alors souscrire une formule à 15,99 euros ; elle inclut les appels, les SMS et un volume de données mobiles.
Orange, SFR et Bouygues Telecom baissent ensuite certains de leurs tarifs. Iliad recrute 2,61 millions d’abonnés mobiles nets en 2012.
Ce modèle produit des revenus réguliers : un client paie chaque mois son accès fixe ou mobile. Iliad doit d’abord financer des réseaux, des fréquences et des équipements ; une fois ces investissements effectués, les abonnements peuvent produire des liquidités pendant plusieurs années.
En 2025, Iliad a recruté 1,5 million d’abonnés nets dans ses trois pays d’activité. Le groupe a enregistré environ 200 000 recrutements nets en France, 900 000 en Italie et 200 000 en Pologne.
Le contrôle quitte la Bourse
Le 30 juillet 2021, HoldCo II, société contrôlée par Xavier Niel, lance une offre de 182 euros par action sur les titres Iliad qu’elle ne détient pas. L’opération vise le rachat des actionnaires minoritaires pour environ 3,1 milliards d’euros.
Avant l’offre, Xavier Niel détenait 70,63% du capital d’Iliad et 78,67% des droits de vote. Le 29 septembre 2021, HoldCo II indique avoir dépassé 96% du capital. L’opération ouvre la voie au retrait obligatoire des dernières actions, puis à la sortie d’Iliad de la Bourse de Paris.
La fortune liée à Iliad ne se calcule donc plus à partir d’un cours boursier affiché chaque jour. Sa valeur dépend désormais des performances du groupe, de sa dette, de ses investissements et de la valeur que des acheteurs potentiels accorderaient à l’entreprise.
Iliad a réalisé 9,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires de services en 2025, en hausse de 3,4% sur un an. Le chiffre d’affaires consolidé, qui inclut notamment les ventes d’équipements, a atteint 10,35 milliards d’euros.
L’EBITDAaL a progressé de 3,843 milliards d’euros en 2024 à 4,042 milliards d’euros en 2025. L’OFCF, le free cash-flow opérationnel calculé par Iliad, a atteint 2,25 milliards d’euros, soit une hausse de 23%.
Ces 2,25 milliards d’euros ne sont ni le bénéfice net ni l’argent versé au fondateur. Ils correspondent à une mesure interne de la trésorerie générée par l’activité après les dépenses d’investissement retenues par le groupe.
L’Italie apporte la croissance
Iliad exploite Free en France, Iliad Italia depuis 2018 et Play en Pologne depuis l’acquisition de l’opérateur en 2020. Les trois activités sont réunies dans les comptes du groupe.
Entre janvier et juin 2026, Iliad a réalisé 5,241 milliards d’euros de chiffre d’affaires consolidé, soit 3% de plus qu’au premier semestre 2025. Son EBITDAaL s’est élevé à 2,091 milliards d’euros, en hausse de 2,2%.
La France a apporté 3,324 milliards d’euros de chiffre d’affaires au premier semestre 2026. La Pologne a produit 1,257 milliard d’euros et l’Italie 665 millions d’euros.
Les ventes ont progressé de 1,5% en France, de 3,5% en Pologne et de 10,2% en Italie. Le groupe a tiré 1,287 milliard d’euros de free cash-flow opérationnel durant les six premiers mois de 2026, contre 1,168 milliard d’euros un an plus tôt.
Iliad a annoncé plus de 3 milliards d’euros d’investissements dans les centres de données au cours des cinq à six prochaines années. Ces dépenses doivent financer des bâtiments, des serveurs et des services de cloud, de stockage et de calcul à destination des entreprises européennes.
Ces investissements représentent un pari sur des revenus futurs. Ils ne constituent pas un actif immédiatement disponible pour Xavier Niel.
Salt, Eir et Vodafone
En 2014, Xavier Niel rachète Orange Suisse pour 2,8 milliards de francs suisses. L’opérateur devient Salt et relève de holdings liées au groupe familial, distinctes d’Iliad.
NJJ Capital achète 55% de Monaco Telecom en 2014 pour 321,7 millions d’euros. Le groupe de Xavier Niel prend également le contrôle d’Eir, l’opérateur irlandais, en 2018.
À lireMulliez : d’où vient vraiment la fortune familiale ?Le 10 juillet 2026, Vega, véhicule détenu par le groupe familial Niel, signe avec l’émirati e& un accord pour acheter une participation dans Vodafone. L’accord porte sur 3 944 743 685 actions, soit 16,21% du capital et 17,13% des droits de vote de l’opérateur britannique.
Le prix annoncé approche 4,4 milliards de livres sterling, soit environ 5,1 milliards d’euros. Vega prévoit d’acquérir les actions au moyen d’instruments financiers conclus avec plusieurs banques, avant leur livraison physique après les autorisations réglementaires prévues.
Le 26 août 2026, un document transmis à la Securities and Exchange Commission américaine fait apparaître une position bénéficiaire de 9,9% détenue par Vega et la famille Niel dans Vodafone. Cette position repose surtout sur des contrats dérivés, qui donnent droit à acheter ou à recevoir des actions à une date ultérieure.
Les autorisations disponibles au 26 août limitaient la livraison physique à 9,9% du capital. Vega prévoyait alors de finaliser la livraison des actions avant la fin de 2026, sous réserve des autorisations nécessaires.
La somme engagée dans Vodafone prolonge les investissements menés dans les opérateurs de télécommunications. Salt, Monaco Telecom, Eir et Vodafone possèdent chacun des réseaux et facturent des abonnements à leurs clients.
Les médias restent secondaires
Xavier Niel a investi dans Nice-Matin, France-Antilles et Paris-Turf. Les actifs médiatiques figurent dans le périmètre de ses holdings, mais aucun chiffre public récent ne permet de les comparer à la valeur d’Iliad, de Salt ou de la participation annoncée dans Vodafone.
Le Groupe Le Monde a modifié son actionnariat en 2026. Le 11 juin, il a indiqué que NJJ Strategy ne détenait plus qu’une action, après le transfert au Fonds pour l’indépendance de la presse, pour 1 euro, des autres titres acquis depuis 2010.
Le Fonds pour l’indépendance de la presse dispose d’un siège réservé au conseil d’administration du Groupe Le Monde. Les statuts encadrent la revente des titres transférés.
Xavier Niel crée l’école 42 à Paris en 2013. En 2017, il ouvre Station F dans l’ancienne Halle Freyssinet, à Paris, pour accueillir des jeunes entreprises.
Avec Jérémie Berrebi, il fonde Kima Ventures en 2010. Le fonds a investi dans plusieurs centaines d’entreprises, dont Zenly, Wise, anciennement TransferWise, et PayFit.
