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Derrière Blédina, le contrôle total de Danone

Danone détient toutes les actions de Blédina. Les comptes de la filiale, ses ventes en recul en France et le transfert prévu vers la Pologne éclairent le contrôle exercé par le groupe.

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Blédina a réalisé 685,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, quand sa maison mère, Danone, a porté sa division de nutrition spécialisée à 9,277 milliards d’euros de ventes en 2025. Le groupe prépare, dans le même temps, la fermeture à l’horizon de 2027 de l’usine de Villefranche-sur-Saône, berceau de la Blédine. Cette histoire de marque française se lit désormais dans les comptes et les décisions d’un groupe coté. Danone contrôle Blédina ; ses actionnaires en détiennent collectivement la maison mère.

Danone, l’unique propriétaire

Danone a annoncé, le 4 novembre 2025, son projet de fermer à l’horizon de la fin de 2027 l’usine Blédina de Villefranche-sur-Saône, dans le Rhône. Le gouvernement a confirmé, en septembre 2026, que le groupe prévoyait de transférer provisoirement la fabrication des céréales infantiles vers son site d’Opole, en Pologne, tout en étudiant une solution industrielle locale destinée, à terme, au marché africain.

Cette décision relève d’un propriétaire parfaitement identifié. Danone SA détient 100% du capital de Blédina SAS, une société par actions simplifiée, selon les comptes annuels de la filiale et le document d’enregistrement universel du groupe. La société qui commercialise les petits pots, les plats infantiles et la Blédine relève donc directement du contrôle de Danone.

Les documents comptables décrivent Blédina comme une SAS à associé unique. Le commissaire aux comptes, Ernst & Young Audit, a adressé son rapport sur les comptes de l’exercice 2024 à « l’associé unique de la société Blédina ». Cette mention confirme que Danone ne partage pas le capital avec un fonds d’investissement, un industriel partenaire ou une famille héritière.

La maison mère détient les 1 602 357 actions ordinaires de Blédina. Chacune porte une valeur nominale de 15,25 euros ; le capital social atteint 24 435 944,25 euros. Le lien capitalistique ne comporte donc aucune zone grise : Danone possède toutes les actions de sa filiale et exerce seul les droits attachés à ces titres.

Blédina a établi son siège social au 81, rue de Sans-Souci, à Limonest, dans la métropole de Lyon. Son histoire industrielle ramène pourtant à Villefranche-sur-Saône, à une trentaine de kilomètres plus au nord. Les pharmaciens Léon Jacquemaire et Maurice Miguet y ont lancé la Blédine en 1906. Ce produit à base de farine de blé devait nourrir des enfants qui supportaient mal le lait de vache.

La marque a changé d’échelle avec son entrée, en 1972, dans le périmètre du futur Danone. La société a conservé son nom, ses produits et une part de son implantation française. Danone a toutefois réuni, dans ses propres comptes, les actifs, les dettes et les résultats de la filiale.

Cette intégration donne au groupe la maîtrise des choix industriels. Le conseil d’administration de Danone fixe la stratégie générale ; la direction générale arbitre ensuite les investissements, les productions et les implantations. Lorsque Danone concentre une fabrication dans une autre usine européenne, Blédina ne compte aucun actionnaire susceptible de s’y opposer en assemblée générale.

La fermeture projetée de Villefranche le montre. Danone conserve la marque, mais réorganise ses capacités de production. La propriété de Blédina se traduit ainsi dans l’organisation de ses usines.

Un capital dispersé chez Danone

Le contrôle de Blédina conduit à remonter vers la maison mère. Danone possède la filiale, mais le groupe coté ne relève pas lui-même d’un propriétaire individuel ou familial unique.

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Danone est une société anonyme cotée sur Euronext Paris. Au 31 août 2026, son capital comptait 683 337 177 actions. Ses actionnaires pouvaient exercer 684 019 394 droits de vote en assemblée générale. Danone déclarait aussi 723 261 077 droits de vote théoriques, c’est-à-dire le chiffre réglementaire incluant les actions privées de droit de vote et utilisé pour calculer les franchissements de seuil, ces passages au-dessus ou au-dessous de seuils de détention qui doivent être déclarés au marché.

Ces chiffres évoluent avec les émissions ou rachats de titres, les plans d’actionnariat salarié et les achats ou ventes des investisseurs institutionnels. Les informations publiques consultées ne font pas apparaître d’actionnaire détenant à lui seul une majorité de contrôle.

Cette absence de majorité ne retire pas tout pouvoir aux investisseurs. Les actionnaires désignent les administrateurs et votent les résolutions présentées en assemblée générale. Le conseil d’administration et la direction générale conduisent ensuite la stratégie du groupe. Danone SA détient, elle, l’intégralité du capital de Blédina SAS.

La répartition des droits de vote éclaire ce mécanisme. Les 723,3 millions de droits théoriques servent à mesurer les seuils de participation dans une entreprise cotée. Les 684,0 millions de droits exerçables correspondent aux voix qui peuvent effectivement prendre part aux votes. Cette différence provient principalement des actions détenues par Danone lui-même, auxquelles le droit de vote reste suspendu tant que le groupe les conserve.

Chez Blédina, cette répartition n’existe pas. Danone détient chaque action de la filiale et concentre tous les droits de vote. Ses propres actionnaires n’administrent donc pas directement l’entreprise lyonnaise ; ils élisent les instances qui fixent la stratégie du groupe.

Les ventes françaises sous pression

Ce contrôle porte sur une entreprise dont les ventes atteignent près de 686 millions d’euros. Les comptes sociaux de Blédina, arrêtés au 31 décembre 2024, donnent la dernière photographie complète de cette activité.

Blédina a enregistré 685,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, contre 703,9 millions d’euros en 2023. Le recul atteint 2,6%, soit près de 18,4 millions d’euros en douze mois.

La France concentre l’essentiel de cette baisse. Blédina y a réalisé 465,7 millions d’euros de chiffre d’affaires, après 508,1 millions d’euros un an plus tôt. Les ventes françaises ont diminué de 8,3%, ou de près de 42,4 millions d’euros.

Les exportations ont amorti ce mouvement. Elles sont passées de 195,8 millions d’euros en 2023 à 219,9 millions d’euros en 2024, soit une hausse de 12,3%. Elles ont apporté 32,1% du chiffre d’affaires de Blédina, calculé à partir des comptes publiés. Le groupe trouve ainsi hors de France une part croissante de ses débouchés.

Indicateur20232024Évolution
Chiffre d’affaires total703,9 M€685,5 M€-2,6%
Ventes en France508,1 M€465,7 M€-8,3%
Exportations195,8 M€219,9 M€+12,3%
Résultat d’exploitation70,4 M€55,7 M€-20,9%
Résultat net40,9 M€22,7 M€-44,6%

Les résultats suivent cette contraction. Le résultat d’exploitation a reculé de 70,4 millions d’euros à 55,7 millions d’euros. Le bénéfice net a diminué de 40,9 millions d’euros à 22,7 millions d’euros.

Blédina a comptabilisé 8,2 millions d’euros de charges liées aux programmes de restructuration et de transformation « Local First », « Zebra » et « IPC », sans en détailler publiquement le contenu dans ses comptes. La société a aussi enregistré 2,1 millions d’euros de pénalités commerciales, 1,8 million d’euros de compensation après la perte d’un marché au Maghreb et 1,3 million d’euros de provision liée à un contrôle fiscal.

Ces comptes décrivent une filiale qui reste bénéficiaire tout en perdant des ventes en France. Ils donnent à Danone des repères pour comparer Blédina aux autres activités du groupe et répartir ses investissements entre marchés et usines.

La nutrition médicale comme relais

Les investissements de Danone ne se limitent plus aux produits pour nourrissons. Le groupe réunit Blédina dans sa division de nutrition spécialisée, qui comprend les préparations infantiles, l’alimentation pédiatrique et la nutrition médicale destinée aux personnes âgées, malades ou dénutries.

En 2025, cette division a réalisé 9,277 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur les 27,283 milliards d’euros de ventes du groupe. Danone a publié une croissance de 7,4% à données comparables, c’est-à-dire calculée à périmètre et taux de change constants. Sa marge opérationnelle récurrente, qui mesure le résultat généré par l’activité courante avant les éléments exceptionnels, a atteint 21,7%, après 20,6% en 2024.

Ces résultats couvrent un ensemble international de marques et de marchés. Ils ne décrivent pas la performance de Blédina seule, dont les ventes ont reculé en 2024. Ils montrent toutefois le poids acquis par une activité dont Danone a fait un relais de croissance.

Danone a renforcé ce pôle en 2007 en rachetant Numico, le groupe néerlandais de nutrition infantile et médicale, pour 12,3 milliards d’euros. L’opération a apporté au groupe les marques Aptamil et Nutricia, ainsi que des réseaux de distribution et de production à l’étranger.

Blédina a déjà élargi ses propres activités. Le 1er octobre 2024, la filiale a activé une ligne de production dénommée STARK, destinée notamment à fabriquer Fortimel Crème, un produit de nutrition médicale. Cette ligne apparaît dans ses comptes avec une base amortissable, c’est-à-dire la valeur sur laquelle l’entreprise calcule l’amortissement de son investissement, de 23,539 millions d’euros.

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Fortimel Crème s’adresse à des personnes dont l’état de santé impose une surveillance des apports nutritionnels. Son arrivée dans une filiale associée aux produits pour jeunes enfants traduit un élargissement de l’outil industriel. Danone peut ainsi affecter des capacités liées à Blédina à des catégories qui répondent à d’autres besoins et à d’autres marchés.

Villefranche, l’usine historique

Cette stratégie industrielle se lit à Villefranche-sur-Saône. Danone a annoncé le 4 novembre 2025 son projet de fermer à l’horizon de la fin de 2027 l’usine où la Blédine a été mise au point.

Le gouvernement a repris plusieurs chiffres avancés dans le cadre de cette réorganisation. Le volume d’activité du site a diminué de 50% en dix ans. Les volumes de céréales infantiles commercialisés en Europe ont reculé de 35%. Danone utilise désormais moins de 50% des capacités de l’usine, selon la réponse ministérielle publiée en septembre 2026.

Le groupe a indiqué avoir investi 134 millions d’euros sur le site au cours des dernières années, sans retrouver une rentabilité durable. Ces dépenses ont précédé la décision de concentrer provisoirement la production sur le site d’Opole, en Pologne. Danone examine également une solution industrielle locale qui pourrait, à terme, alimenter le marché africain.

Cette production doit donc quitter provisoirement le lieu où la Blédine a été mise au point. Danone transfère la fabrication au sein de son appareil industriel européen, tout en conservant la filiale et la marque.

À l’annonce du projet, 117 salariés travaillaient sur le site concerné. La réponse du gouvernement mentionne ensuite 118 salariés couverts par l’accord social négocié entre Danone et les organisations syndicales représentatives. Les informations publiques ne précisent pas l’origine de cet écart entre les deux périmètres.

Les syndicats et la direction ont signé cet accord à l’unanimité en avril 2026. La direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités d’Auvergne-Rhône-Alpes l’a ensuite validé. Danone doit proposer un emploi en France à chacun des salariés concernés.

Le groupe a aussi gelé 400 postes à l’échelle nationale, dont 150 en Auvergne-Rhône-Alpes, afin de créer des possibilités de mobilité. L’accord prévoit 1 000 jours de formation mutualisés, des aides à la mobilité, à la reconversion, à la création d’entreprise et à la préparation de la fin de carrière. Danone a mandaté le cabinet Alixio Revitalia et travaille avec les services de l’État pour rechercher un repreneur. Cette recherche se poursuit alors que le groupe organise le transfert de la fabrication vers Opole.



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