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Un accord de 8,3 milliards d’euros conclu le 30 juillet entre l’État et le groupe Aéroports de Paris ouvre la voie à une hausse de 38 % du nombre de passagers du premier aéroport français d’ici 2050, par rapport à 2019. Transport & Environment, le Réseau Action Climat et Rester sur Terre demandent au gouvernement d’y renoncer, au nom de la trajectoire carbone que la France s’est elle-même fixée et d’un bilan touristique qu’ils estiment défavorable.
Un accord signé au cœur de l’été le plus chaud jamais enregistré
L’annonce est tombée le 30 juillet 2026, dans un été marqué par un nombre inédit de jours de vague de chaleur — 53 — et par des incendies extrêmes. L’État et le groupe ADP se sont entendus sur un plan d’investissement courant de 2027 à 2034, doté de 8,3 milliards d’euros, dont 6 milliards pour le seul aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle.
Cette enveloppe constitue la première phase d’un projet de réaménagement qui court jusqu’en 2050. À cette échéance, l’aéroport enregistrerait 19 % de mouvements supplémentaires, c’est-à-dire de décollages et d’atterrissages, et accueillerait 38 % de passagers de plus qu’en 2019, soit 29 millions de voyageurs supplémentaires chaque année.
Le calendrier tranche avec la décision prise cinq ans plus tôt. En 2021, le gouvernement avait renoncé à la construction du terminal T4, que la ministre de la Transition écologique d’alors, Barbara Pompili, avait qualifié de « projet obsolète, qui ne correspondait plus à la politique environnementale du gouvernement et aux exigences d’un secteur en pleine mutation ».
Des émissions très supérieures au plafond que l’État s’est fixé
Une analyse de Transport & Environment chiffre à plus de 6 millions de tonnes par an les émissions de CO2 de la plateforme en 2050 si le projet aboutit, soit 28 % de plus que dans un scénario sans extension. Ce calcul porte sur les vols nationaux et internationaux, chaque vol n’étant compté qu’à moitié pour éviter de comptabiliser deux fois les mêmes émissions, une fois au départ et une fois à l’arrivée.
Ce volume est sans commune mesure avec le plafond retenu par la Stratégie nationale bas-carbone, le document qui fixe la trajectoire de réduction des émissions françaises. Celui-ci prévoit que l’ensemble du transport aérien n’émette pas plus de 2,4 millions de tonnes de CO2 en 2050, dont 1,3 million de tonnes pour Charles-de-Gaulle, qui concentre un peu plus de la moitié des émissions du secteur. L’aéroport dépasserait donc à lui seul le plafond assigné à toute l’aviation française.
À lireRafale : une commande syrienne fabriquée de toutes piècesLe Haut Conseil pour le Climat avait de son côté averti, dans son avis sur ce même document, que les carburants d’aviation durable ne suffiraient pas à absorber une croissance du trafic : « L’ampleur des besoins en biomasse pour produire des carburants d’aviation durable (Sustainable Aviation Fuel (SAF)) nécessaires à la décarbonation du transport aérien nécessite de stabiliser ce secteur plutôt que d’envisager sa croissance en créant de nouvelles infrastructures aéroportuaires. »
Le pari touristique fragilisé par le sens des flux
L’argument économique est également contesté. Un récent rapport du Réseau Action Climat rappelle que les aéroports français font partir davantage de Français à l’étranger (62 %) qu’ils ne font venir d’étrangers en France (38 %), et que l’écart se creuse. Entre 2024 et 2025, le trafic dit « émetteur », celui des Français qui quittent le pays, a progressé de 4,1 %, contre 3 % pour le trafic « récepteur », celui des étrangers qui arrivent en France.
Augmenter les capacités reviendrait donc, pour l’association, à dégrader le solde du tourisme international, c’est-à-dire l’écart entre les dépenses des visiteurs étrangers en France et celles des Français à l’étranger. Le risque est jugé particulièrement élevé si l’offre supplémentaire se porte sur l’Europe du Sud, le Maghreb, l’Afrique subsaharienne, l’Asie ou l’Océanie, destinations vers lesquelles le trafic est majoritairement émetteur.
À ce calcul s’ajoutent des effets de bord. La montée en gamme de l’offre destinée aux clientèles internationales écarte une partie des résidents du marché domestique. Les retombées se concentrent sur quelques territoires, Île-de-France et Côte d’Azur, et profitent d’abord à des groupes hôteliers et à certains restaurateurs, tout en exerçant une pression sur le foncier qui pousse les loyers à la hausse pour les habitants de ces zones. Le Réseau Action Climat plaide à l’inverse pour le développement des vacances des résidents français dans l’Hexagone et pour des clientèles étrangères de proximité, au moyen notamment de connexions ferroviaires renforcées entre la France et l’Europe.
Les trois associations demandent une annulation immédiate
Transport & Environment, le Réseau Action Climat et Rester sur Terre appellent le gouvernement à renoncer sans délai à l’extension et à bâtir une stratégie touristique orientée vers le marché national et européen.
« Autoriser ce projet d’extension aéroportuaire revient à appuyer sur l’accélérateur alors que la vitesse du réchauffement climatique nous fait déjà vivre les premières secousses destructrices. À rebours de toute logique climatique et économique, cette autorisation au milieu de la canicule est un pied de nez cruel aux français qui voient leurs maisons brûler », déclare Jérôme du Boucher, responsable aviation France de Transport & Environment.
« Les aéroports français font partir beaucoup plus de touristes à l’étranger qu’ils n’en font venir. On ne comprend donc pas bien l’intérêt d’ajouter des millions de tonnes CO2 dans l’atmosphère pour un solde touristique probablement négatif ! », résume Alexis Chailloux, responsable transports du Réseau Action Climat.
À lireLa Marine reçoit ses deux premiers avions AlbatrosSacha Ruello-Jossic, chargée de campagne contre l’extension de Roissy pour Rester sur Terre, met en avant la situation des riverains, qui « subissent de plein fouet les impacts du trafic aérien sur leur santé », et estime que le mégaprojet « viendrait ajouter l’équivalent des émissions de l’aéroport de Marseille dans l’atmosphère ». Elle demande que le gouvernement fasse annuler le projet, « comme il l’a déjà fait en 2021 pour le projet de Terminal 4 ».
Dans le détail, la première tranche de travaux permettrait à 14 millions de passagers supplémentaires d’utiliser Charles-de-Gaulle chaque année en 2035. Elle prévoit la création nette de 15 postes de stationnement reliés directement aux terminaux pour les gros porteurs et de 7 postes pour les moyens porteurs, tandis que 8 postes destinés aux petits porteurs seraient supprimés. Cette recomposition revient à remplacer des vols court-courriers par des vols long-courriers, et donc à relever les émissions moyennes de chaque décollage et de chaque atterrissage.
