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Qui est Pierre-Henri Chuet, l’ex pilote de chasse mis en examen pour intelligence avec une puissance étrangère ?

Pierre-Henri Chuet, ancien pilote de chasse de l'aéronavale devenu youtubeur suivi par 500 000 abonnés, a été mis en examen le 23 juillet 2026 et placé sous contrôle judiciaire.

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Il a posé un Rafale Marine sur le pont du Charles-de-Gaulle, puis raconté ce métier à plus de 500 000 abonnés sur YouTube. Entre septembre 2018 et août 2019, Pierre-Henri Chuet a animé deux séminaires devant des officiers de l’armée chinoise, alors qu’il portait encore l’uniforme et détenait une habilitation « Très secret ». Une société sud-africaine lui aurait versé 80 000 euros pour ces six jours de formation. Il affirme n’avoir transmis que ce qui était « déjà librement accessible au public ».

Le parquet de Paris a indiqué que Pierre-Henri Chuet, 39 ans, ancien pilote de chasse de l’aéronavale française, avait été interpellé le 21 juillet 2026 et placé en garde à vue au siège de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le service de renseignement chargé du contre-espionnage sur le territoire national. Deux jours plus tard, il comparaissait devant un juge d’instruction, qui l’a mis en examen et placé sous contrôle judiciaire.

Le magistrat a retenu quatre qualifications. L’intelligence avec une puissance étrangère, prévue par l’article 411-5 du code pénal. La collecte d’informations portant sur les intérêts fondamentaux de la nation. La livraison de ces informations à une puissance étrangère, réprimée par l’article 411-6. Enfin, la divulgation de secret de la défense nationale par son dépositaire, un chef qui ne peut viser que des personnes autorisées à connaître ces secrets.

Aucune de ces quatre qualifications ne nomme un pays. Les investigations conduites par la DGSI portent sur les liens de Pierre-Henri Chuet avec la Chine, et sur ce qu’il a pu transmettre des opérations menées depuis les porte-avions français.

Un juge d’instruction ne peut mettre quelqu’un en examen qu’en présence d’indices graves ou concordants rendant vraisemblable sa participation aux faits. Sa décision du 23 juillet ouvre une enquête approfondie ; elle ne tranche rien sur le fond. Pierre-Henri Chuet est présumé innocent.

Jusqu’à cette date, le procureur dirigeait les investigations et pouvait décider seul de les abandonner. Un magistrat indépendant du parquet en a désormais la charge, avec le pouvoir de perquisitionner, de confier des actes d’enquête à la police et, le cas échéant, de renvoyer l’ancien officier devant une cour d’assises. Le parquet a communiqué sur les faits et les qualifications retenues, mais aucun document de la procédure n’a été rendu public.

Du Charles-de-Gaulle à 500 000 abonnés

Né en septembre 1986, franco-canadien, Pierre-Henri Chuet a grandi dans l’Eure avant de rejoindre l’aéronavale, où il devient pilote de chasse sur Rafale Marine, embarqué à bord du porte-avions Charles de Gaulle.

Se poser sur un porte-avions, ce que les militaires appellent un appontage, reste l’exercice le plus exigeant de l’aviation embarquée. L’avion vise une piste de moins de 200 mètres, en mouvement, et un câble tendu en travers du pont l’arrête en deux secondes. La France est, avec les États-Unis, l’un des deux seuls pays à catapulter ses avions au décollage, là où les marines britannique, indienne ou russe utilisent un simple tremplin. Quelques dizaines de pilotes français maîtrisent cette technique. C’est ce savoir-faire que le juge d’instruction examine aujourd’hui.

Fin 2019, Pierre-Henri Chuet quitte l’institution. Dassault Aviation, constructeur du Rafale, l’engage comme instructeur. Il se reconvertit ensuite dans le conseil en entreprise et l’aéronautique.

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Sous le pseudonyme « Até Chuet », il a par ailleurs construit une chaîne YouTube de vulgarisation aéronautique qui rassemble aujourd’hui plus de 500 000 abonnés. Un ancien détenteur du secret de la défense y commente publiquement les matériels et les procédures qu’il a pratiqués sous l’uniforme.

Six jours de formation, 80 000 euros

Les enquêteurs de la DGSI ont concentré leurs vérifications sur deux déplacements en Chine, effectués en septembre 2018 puis en août 2019. Le Canard enchaîné, qui a le premier fait état de l’enquête, situe dans ces deux voyages le centre de gravité du dossier.

À ces dates, Pierre-Henri Chuet était encore militaire d’active. Une source proche du dossier a indiqué à l’AFP qu’il n’en avait pas informé sa hiérarchie, alors que les Armées imposent cette déclaration à tout militaire se rendant à l’étranger dans un cadre professionnel.

Les deux séminaires étaient destinés à des officiers de l’armée chinoise. Le premier a porté sur les systèmes d’atterrissage sur porte-avions et sur les avions radars. Le second traitait plus spécifiquement du Grumman E-2 Hawkeye, un appareil américain qui vole en altitude au-dessus de la flotte et détecte les menaces à plusieurs centaines de kilomètres avant de guider les chasseurs vers leur cible. L’aéronavale française en met en œuvre trois exemplaires depuis le Charles de Gaulle, les seuls en service hors de la marine américaine.

Les versements n’ont pas emprunté un canal chinois. Selon les informations de Mediapart reprises par Ouest-France, une société sud-africaine a rémunéré l’ancien pilote à hauteur de 20 000 euros pour le premier séjour, puis 60 000 euros pour le second. Rapportés aux trois jours qu’aurait duré chaque séminaire, ces montants représentent environ 6 600 euros par jour en 2018, puis 20 000 euros par jour en 2019.

Selon 20 Minutes, la Chine chercherait en priorité, par ce canal, à obtenir des informations stratégiques sur les porte-avions français. La marine chinoise a mis en service le Fujian, son premier bâtiment équipé de catapultes, après plus d’une décennie de développement. Poser un avion de nuit sur un pont mobile, organiser les mouvements d’appareils sur ce pont, coordonner la défense aérienne autour de la flotte, autant de gestes qu’aucun manuel ne transmet et qui s’apprennent auprès de ceux qui les ont exécutés.

Les éléments publiés à ce jour ne font état de la remise d’aucun document classifié. Pierre-Henri Chuet a parlé devant des officiers chinois de procédures qu’il pratiquait quelques semaines plus tôt en Méditerranée.

« Déjà librement accessible au public »

Interrogé par Le Canard enchaîné, Pierre-Henri Chuet a déclaré s’être « contenté d’animer deux séminaires de trois jours chacun ». Il assure n’être jamais retourné en Chine après ce second voyage qui, dit-il, s’est mal passé.

Dans un droit de réponse adressé à Ouest-France en avril 2025, il a déclaré n’avoir « jamais divulgué quelconque donnée ou information confidentielle […] qui ne soit pas déjà librement accessible au public, en source ouverte ». L’expression désigne les informations que n’importe qui peut consulter, dans une revue spécialisée ou sur internet. Le juge d’instruction devra déterminer si les procédures d’appontage et les caractéristiques du E-2 Hawkeye évoquées lors des deux séminaires entrent dans cette catégorie.

Son entourage, cité par Le Parisien, dément les soupçons et rappelle qu’aucune condamnation n’a été prononcée à ce jour.

Xavier Tytelman, journaliste et expert en aviation, avait détaillé publiquement dès janvier 2025 les éléments recueillis par la Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD), le service chargé de protéger les armées françaises contre l’espionnage. Selon Intelligence Online, Pierre-Henri Chuet a déposé contre lui une plainte en diffamation.

Un signalement parti du ministère

L’interpellation du 21 juillet 2026 est l’aboutissement d’une procédure engagée dix-sept mois plus tôt par les armées elles-mêmes.

Le ministère des Armées a saisi la justice au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, qui oblige toute administration ayant connaissance d’un crime ou d’un délit à en informer le procureur de la République, sans pouvoir apprécier l’opportunité de le faire. Le parquet de Paris a reçu ce signalement le 19 février 2025 ; le document visait « un de leurs anciens effectifs ».

Les armées y énuméraient un éventail de soupçons plus large que les chefs finalement retenus. Outre l’intelligence avec une puissance étrangère et la divulgation de secret de la défense nationale, elles mentionnaient une violation de consignes, un cumul d’activités et un blanchiment de fraude fiscale. Ces trois dernières qualifications n’apparaissent pas dans la mise en examen du 23 juillet 2026.

Le parquet a ouvert une enquête préliminaire et l’a confiée à la DGSI. Pendant cette période, Le Canard enchaîné, Mediapart et Intelligence Online ont publié plusieurs volets du dossier, avant un reportage du magazine « Enquête exclusive », sur M6, intitulé « France-Chine : la guerre secrète ».

Trois ans avec le plus haut niveau d’accès

L’habilitation « Très secret » que détenait Pierre-Henri Chuet fonde le quatrième chef de sa mise en examen : on ne peut divulguer un secret de la défense en tant que dépositaire que si l’on a été autorisé à le connaître. Selon Intelligence Online, le ministère des Armées ne lui a retiré cette autorisation qu’environ trois ans après les voyages en Chine, une fois sa vulnérabilité identifiée par les services.

Le niveau « Très secret » est le plus élevé de la classification française. Il couvre les informations dont la divulgation causerait un dommage exceptionnellement grave à la défense nationale. Pour l’obtenir, un militaire fait l’objet d’une enquête administrative approfondie, puis d’un suivi continu portant notamment sur ses déplacements à l’étranger et ses relations avec des ressortissants étrangers.

Cet accès a donc été maintenu à l’ancien pilote après son départ de l’aéronavale et pendant tout ou partie de son passage chez Dassault Aviation.

Ce suivi repose pour partie sur les déclarations des intéressés eux-mêmes. Pierre-Henri Chuet n’a pas signalé ses déplacements à sa hiérarchie, selon la source citée par l’AFP. Trois ans se sont écoulés avant que les services ne s’en aperçoivent.

Le circuit sud-africain de Pékin

Depuis 2019, plusieurs services de renseignement occidentaux ont documenté le recrutement par la Chine d’anciens pilotes militaires britanniques, australiens, allemands, sud-africains et français, par l’intermédiaire de sociétés servant de paravent. Les opérations depuis porte-avions figurent au premier rang des compétences recherchées, celles-là mêmes que Pierre-Henri Chuet exerçait sur Rafale Marine.

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Plusieurs enquêtes ont identifié la Test Flying Academy of South Africa (TFASA), école d’essais en vol basée en Afrique du Sud, associée au groupe aéronautique public chinois AVIC au sein d’une société commune. Aucun élément public ne permet à ce stade d’établir un lien entre la TFASA et la société sud-africaine qui aurait rémunéré l’ancien officier français.

Berlin a confirmé que des pilotes de la Luftwaffe avaient été approchés et rémunérés par l’intermédiaire de sociétés domiciliées aux Seychelles ; Londres a envisagé de légiférer pour interdire ces engagements. Des députés français ont déposé en octobre 2022 une proposition de loi soumettant à l’avis préalable de la DRSD tout engagement d’un ancien militaire au service d’une entité étrangère, dont l’adoption définitive n’a pu être vérifiée à ce jour.

Le Figaro avait recueilli en 2022 le témoignage d’un pilote français directement approché par ce réseau. Quatre ans séparent cette publication de l’interpellation du 21 juillet 2026.

Trente ans encourus, décorations comprises

L’article 411-5 du code pénal punit de dix ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende l’intelligence avec une puissance étrangère portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. L’article 411-6, qui vise la livraison de renseignements de nature à porter atteinte à ces mêmes intérêts, prévoit quinze ans de détention criminelle, une peine relevant de la cour d’assises, et 225 000 euros d’amende.

En droit français, les peines encourues pour plusieurs infractions distinctes peuvent s’additionner. Les quatre chefs retenus le 23 juillet 2026 exposeraient ainsi Pierre-Henri Chuet à un maximum théorique de trente ans de réclusion. Une telle peine ne serait prononcée qu’en cas de condamnation pour l’ensemble des faits, et aucune juridiction n’a été saisie du fond à ce jour.

L’article L.4137-5 du code de la défense prévoit par ailleurs la suspension immédiate des fonctions d’un militaire mis en cause pour ce type d’infraction, avec réduction de sa rémunération à la solde de base.

En cas de condamnation, l’article 131-26-2 du code pénal impose une peine complémentaire d’inéligibilité. S’y ajoutent la perte automatique de la qualité de militaire et l’exclusion des ordres nationaux, assortie de l’interdiction de porter ses décorations.

Des militaires français ont été condamnés pour des faits comparables en juillet 2020. Aucune décision de ce type n’est intervenue depuis.

Le parquet de Paris n’a pas précisé les obligations du contrôle judiciaire auquel l’ancien pilote de l’aéronavale a été astreint le 23 juillet 2026.



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