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- Un tir à 100 km, radar éteint
- Quand le missile part avant le premier écho
- Aucun revêtement n’annule la chaleur
- Le 1er juin, un missile tiré en supersonique
- L’infrarouge du Rafale a déjà été supprimé
- Plusieurs Rafale regardent, aucun n’émet
- Par temps couvert, l’IRST décroche
- Le capteur attendra que Safran ait fini
- Le retrait émirati que Dassault a encaissé
Les industriels français préparent un chasseur capable de détruire sa cible sans avoir allumé son radar une seule fois. L’appareil doit repérer et poursuivre des avions conçus pour rester invisibles, en n’exploitant que la chaleur de leurs réacteurs. Ceux qui conçoivent le capteur lui ont trouvé un surnom d’assassin. Les documents publics disent ce qu’il devra faire, beaucoup moins ce qu’il sait déjà faire.
Un tir à 100 km, radar éteint
Au standard F5, le télémètre laser de l’Optronique Secteur Frontal devra porter au-delà de 100 kilomètres. Ce bloc optique logé sous le nez de l’appareil, que les équipes désignent par son sigle, l’OSF, doit permettre l’engagement d’une cible aérienne avec le MICA-NG, missile air-air de nouvelle génération, sans que le radar de bord ait été activé. Le capteur devra offrir une résolution suffisante pour poursuivre un Su-57 russe ou un J-20 chinois, et pour distinguer une cible réelle d’un leurre thermique.
Un responsable du programme Rafale chez Dassault Aviation a décrit ce système, dans un entretien accordé à la revue Areion24, comme un capteur de « très longue portée » capable de repérer des cibles « potentiellement furtives » en infrarouge avant de déclencher le tir. Il lui a donné un nom : « silent killer ».
Le 26 août 2026, sur BFM Business, le PDG de Dassault Aviation Éric Trappier a déclaré viser une entrée en service du F5 « au rendez-vous de 2033, 2035 ». Il a ajouté qu’« il n’y a pas aujourd’hui de codéveloppement avec des pays étrangers ». L’appareil ne sera proposé à l’exportation qu’à partir de 2035.
Le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, a indiqué que le F5 constituait « un nouvel avion, et non pas une évolution du F4 ».
Quand le missile part avant le premier écho
Le combat aérien obéit depuis des décennies à une séquence stable. Le radar détecte, le missile engage. Au standard F5, c’est le capteur infrarouge qui détecte, qui suit, qui classe et qui alimente la solution de tir, sans que l’avion produise le moindre signal radio exploitable par l’adversaire.
Les concepteurs du F-22 et du F-35 américains, du Su-57 russe et du J-20 chinois ont travaillé à rendre cette première étape inopérante. Ils ont sculpté la cellule pour dévier les ondes radar et l’ont recouverte de matériaux qui les absorbent. Les armements sont logés à l’intérieur du fuselage, où ils ne renvoient plus rien. Le résultat s’appelle la surface équivalente radar, mesure de ce qu’un radar perçoit d’un avion, exprimée comme la surface d’un objet qui renverrait autant d’ondes. Assez basse, elle laisse l’appareil quasi indétectable jusqu’à ce qu’il soit lui-même à portée de tir.
Un radar actif cherche sa cible en envoyant des ondes. Des récepteurs adverses, embarqués sur des appareils de guerre électronique ou installés au sol, peuvent intercepter cette émission, en localiser la source et déclencher une réaction avant même que le radar ait identifié quoi que ce soit. Allumer son radar, dans un duel aérien, revient parfois à se signaler avant de voir. Le F5 doit permettre au pilote de garder le sien éteint jusqu’au tir du MICA-NG.
Aucun revêtement n’annule la chaleur
Un avion furtif brûle du kérosène. Ses réacteurs chauffent, et sa cellule, soumise aux frictions de l’air, produit des contrastes thermiques mesurables. Un revêtement atténue cette signature infrarouge et la déplace dans le spectre, sans jamais la faire disparaître.
À lireRafale F5 : la réponse française aux chasseurs du futurUn capteur infrarouge passif exploite cet écart sans rien émettre, en accumulant la chaleur que la cible dégage malgré elle. Dans un environnement saturé de brouillage et de leurres actifs, où le radar est de toute façon dégradé, un capteur qui n’émet rien conserve son rendement. Pour un système IRST, pour Infrared Search and Track, recherche et poursuite par infrarouge, correctement calibré, un Su-57 en postcombustion à haute altitude devient une source identifiable à des dizaines de kilomètres, quelle que soit sa discrétion radar.
Le 1er juin, un missile tiré en supersonique
Le 1er juin 2026, la Direction générale de l’armement a annoncé avoir réalisé le premier tir du MICA-NG depuis un Rafale en configuration de vol supersonique, avec le concours de MBDA, de Dassault Aviation et de l’armée de l’air et de l’espace. L’essai a permis d’évaluer les performances de l’autodirecteur infrarouge dans des conditions très exigeantes. C’est le maillon aval de la chaîne « silent killer » qui était en jeu.
Le maillon amont est testé depuis plus longtemps. En mars 2024, la DGA a annoncé des essais portant sur une nouvelle optique infrarouge destinée au système IRST du Rafale F4.2. Selon la DGA, cette optique doit améliorer la qualité d’image pour l’identification nocturne et la distance à laquelle l’avion verrouille une cible. Elle doit aussi affiner le suivi d’un appareil en manœuvre.
Une cible à faible signature thermique n’offre qu’un signal réduit et fugace, difficile à maintenir dans la durée sans basculer sur le radar, c’est-à-dire sans renoncer au principe même du dispositif. Le F4.2 sert de banc d’essai au standard suivant, les composants et les algorithmes validés par la DGA devant être intégrés au F5 selon une logique incrémentale documentée publiquement.
L’infrarouge du Rafale a déjà été supprimé
L’OSF associait à l’origine une caméra télévisuelle haute résolution et un télémètre laser à une voie infrarouge, qui permettait d’identifier des objectifs à plus de 50 kilomètres et d’assurer une veille longue distance sans émission radar.
Le standard F3-O4T a supprimé cette voie infrarouge au profit d’un capteur TV amélioré. Le Rafale a volé plusieurs années sans détection infrarouge. Ni Dassault ni la DGA n’en ont donné publiquement une explication détaillée.
Le standard F4 a réintroduit un IRST au sein de l’OSF, avec pour objectif affiché le renforcement de la détection passive des cibles aériennes. Entre-temps, les programmes de chasseurs furtifs de cinquième génération avaient franchi des seuils de maturité opérationnelle qui rendaient leur détection sans radar concrète et urgente. Le F4 a rendu au Rafale la capacité de voir sans émettre. Le F5 doit lui rendre celle de tirer.
Plusieurs Rafale regardent, aucun n’émet
Le dispositif porte un nom, TRAGEDAC, et figure parmi les travaux préparatoires du standard F5. Plusieurs Rafale d’une même patrouille observent une cible commune et fournissent chacun leur angle de visée. L’intersection de ces angles donne une position dans l’espace. Aucun des appareils n’a émis.
Un Su-57 ou un J-20 dont la faible surface équivalente radar dégrade ou annule la détection individuelle redevient localisable dès que plusieurs lignes de visée infrarouges convergent vers lui.
La transmission de ces données entre équipiers repose sur la radio CONTACT, système de communication sécurisé et résistant au brouillage intégré depuis le standard F4. SPECTRA, le système de guerre électronique du Rafale dont le F5 doit embarquer une version améliorée, identifie et localise les émissions adverses sans en produire lui-même, et verse ses détections dans la même image.
La séquence visée par le F5 comporte quatre temps. Détecter une anomalie thermique, construire une piste stable dans le temps, classifier la menace par fusion de sources, alimenter le tir MICA-NG. L’infrarouge seul ne permet pas de distinguer formellement un chasseur furtif d’un appareil civil évoluant à haute altitude. La troisième étape conditionne le tir.
Par temps couvert, l’IRST décroche
Les nuages bas, une humidité élevée ou une inversion de température dégradent significativement les performances d’un IRST. Une cible volant à basse altitude dans un environnement thermique chargé se confond plus facilement avec le fond ambiant. Un appareil en régime réduit, sans postcombustion, offre moins de signal exploitable, autrement dit un adversaire averti peut choisir de se rendre plus discret.
Les ingénieurs qui travaillent sur le Su-57 et le J-20 connaissent ces contraintes. La réduction de signature infrarouge figure parmi les chantiers actifs de tous les programmes de cinquième génération, avec l’optimisation des tuyères pour refroidir les gaz d’échappement, la gestion des flux d’air chaud, l’emploi de leurres thermiques et des revêtements limitant le rayonnement de la cellule. Ces contre-mesures progressent au même rythme que les capteurs qu’elles cherchent à tromper. Les spécifications du F5 mentionnent explicitement la capacité à « mieux résister aux leurres ».
Aucune source officielle accessible ne publie de tableau de distances de détection infrarouge par type d’appareil furtif, selon l’altitude, la météo ou le régime moteur. Les données publiques permettent d’établir une capacité de détection passive à plusieurs dizaines de kilomètres, davantage en conditions optimales. Les chiffres plus précis qui circulent dans la presse spécialisée relèvent de l’analyse d’experts, pas de documents officiels.
Le capteur attendra que Safran ait fini
Safran a précisé que la qualification du M88 T-REX serait alignée sur le calendrier d’entrée en service du F5. Le tir radar éteint dépend donc d’un turboréacteur, dévoilé au Salon du Bourget en juin 2025, qui vise une poussée maximale avec postcombustion de 90 kilonewtons, environ 9 tonnes, contre 75 kilonewtons pour le M88 actuel. Les 20 % de gain proviennent d’un compresseur basse pression revu, de nouveaux matériaux, de circuits de refroidissement modifiés dans la turbine haute pression et d’une tuyère à l’aérodynamique optimisée, sans changement de taille, de modularité ni de coût d’exploitation.
Le coût total de développement de ce moteur au titre du programme est estimé entre 600 et 650 millions d’euros. La première tranche des travaux de levée de risques, notifiée à Safran par la DGA sous l’appellation PEA Turenne 2, représente 115 millions d’euros sur une enveloppe globale de 318 millions dédiée à ce volet. Le capteur infrarouge n’est qu’une pièce d’un standard qui embarque aussi un nouveau radar et une architecture de calcul renforcée.
À lireAirbus A380, l’icône que les compagnies aériennes ne veulent pas lâcherUn drone de combat furtif dérivé du démonstrateur nEUROn, doté d’une soute interne, doit voler en éclaireur du Rafale dès 2033 sur des missions de reconnaissance et de pénétration.
Le retrait émirati que Dassault a encaissé
Le 8 juin 2026, l’Élysée a confirmé, dans un communiqué relayé par les agences de presse, qu’Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz avaient constaté l’impossibilité pour Dassault et Airbus de s’entendre sur la construction d’un avion de combat commun dans le cadre du SCAF, le Système de combat aérien du futur. Lancé en juillet 2017 et évalué à près de 100 milliards d’euros, le projet n’a produit aucun prototype en neuf ans, en raison de désaccords industriels persistants sur la répartition de la maîtrise d’œuvre. La réponse française aux chasseurs furtifs adverses repose désormais sur le seul F5.
Éric Trappier a déclaré fin juillet 2026 au Figaro que ce chapitre était « fini » et « derrière nous ». Le Rafale F5 et son grand drone de combat associé sont devenus la priorité affichée de Dassault Aviation.
Les Émirats arabes unis avaient proposé de financer jusqu’à 3,5 milliards d’euros sur les quelque 5 milliards que coûterait le développement de ce standard. Ils ont quitté le projet fin décembre 2025, faute d’obtenir en contrepartie un accès aux technologies sensibles du programme, au premier rang desquelles figure la capacité de tir passif. La France paie seule depuis cette date.
Le Parlement a voté à leur place. La loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030, définitivement adoptée le 1er juillet 2026, déclarée conforme à la Constitution par le Conseil constitutionnel le 6 août, promulguée le 16 août et publiée au Journal officiel le 18 août, ajoute selon le ministère des Armées 36 milliards d’euros de crédits supplémentaires d’ici 2030, portant l’enveloppe globale à 436 milliards.
Un premier escadron chargé de la mission nucléaire aéroportée doit être constitué en 2035, avec le missile hypersonique ASN4G appelé à remplacer l’ASMPA-R. La base aérienne 116 de Luxeuil-Saint-Sauveur accueillera deux escadrons totalisant jusqu’à 50 appareils, après des travaux estimés à 1,5 milliard d’euros. Le même texte budgétaire décale de 2031-2032 à 2033-2034 la livraison d’une vingtaine de Rafale, afin qu’ils sortent d’usine au standard F5 : ce seront les premiers appareils français livrés avec un OSF censé tirer à 100 kilomètres, radar éteint.
